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 | Ibrahima Sampiring DIALLO |
La tentative du coup de force de la faction du Bureau Exécutif National de l'UPR, la nuit du 18 avril 2008, contre le parti et contre son Président en mission à l'intérieur du pays, continue de faire couler beaucoup d'encre et de salive. Ce débat, objectif dans son essence et courtois dans sa forme, même s'il se déroule sur un fond de colère, d'indignation, d'amertume et d'inquiétudes, suscite néanmoins quelques réactions. D'abord, dans la mesure où nous sommes tous les jours témoins de ce que la vie ne nous montre que des faits et des gestes, et qu'elle nous dérobe l'essentiel, les motifs et mobiles, n'y a-t-il pas lieu de se demander, après la prétendue décision de destitution de l'actuel Président du Parti, si le cérémonial d'intronisation du lundi 21 avril 2008 de Mme Assiatou Bah, Vice-Présidente de l'UPR, n'obéissait pas à d'autres visées non moins machiavéliques, préalablement définies par les auteurs du coup raté ? Et puis, avec cette crise provoquée par le groupuscule dissident, existe-t-il réellement un risque d'implosion et de démobilisation du Parti, à un moment où les élections législatives sont pour bientôt? Il est vraiment tentant de se livrer à un exercice de réflexion allant dans les deux axes précités. S'agissant de la première préoccupation, l'examen de la liste des frondeurs montre que cette faction n'est composée, pour la plupart, que de vieux cadres aguerris dans la pratique de la politique politicienne et porteurs du titre peu élogieux d'experts en matière d'intrigues. Ces hommes possèdent chacun un parcours politique bien connu de l'opinion nationale. Ceux dont il s'agit, à quelques rares exceptions, ont toujours manoeuvré pour mettre Siradiou en minorité. Ils ont toujours cherché à torpiller Siradiou aussi bien au PRP qu'à l'UPR. N'ayant pas réussi à le déstabiliser, certains d'entre ces hommes avaient fini par cesser depuis 2000 de fréquenter le siège de Lanséboundji ou de participer aux activités du Parti, mais tout en continuant leurs manoeuvres de déstabilisation. Le décès de Siradiou à Paris a surpris tout le monde, amis comme adversaires. Siradiou a eu une fin enviable, difficile à obtenir. Ses détracteurs ont fini par réaliser leur bêtise politique, celle d'avoir persisté à garder une réelle distance avec Siradiou. Et malgré les larmes et les témoignages de compassion, malgré les tractations, personne d'entre eux ne sera proposé pour occuper le poste de Président ou de Vice-Président de l'UPR, le parti ayant décidé d'investir dans ces fonctions Elhadj Ousmane Bah et Mme Assiatou Bah, respectivement homme de confiance et épouse du grand homme disparu. Mme Assiatou Bah a été du côté de son mari durant tout le parcours de ce dernier, et ce, depuis le début de son engagement en politique. Journaliste à la plume alerte, entièrement préoccupée par des questions d'émancipation féminine dont la revue Amina fait largement écho, Mme Assiatou Bah ne s'est pas intéressée à la politique, quand bien même elle fut l'épouse d'un grand homme politique. Et c'est très certainement par le poste de Vice-Présidente (qu'elle n'a jamais en personne sollicité) qu'elle a pris contact avec l'univers politique et ses problèmes. Malheureusement une petite brouille avec le Président du Parti a permis aux canailles de récupérer ce mousse, le prédisposer à l'esprit de la fronde, en jouant probablement sur différents aspects de la personnalité féminine. Sinon comment expliquer que les ennemis d'hier de son mari, et ses adversaires d'aujourd'hui, ceux-là même qui la discréditaient dans l'exercice de sa fonction pouvaient-ils s'allier pour fragiliser le parti de son défunt mari et déstabiliser celui-là même qu'il a confié au parti, et auquel il a confié le parti avant de quitter ce monde? Les frondeurs ne l'ont certainement pas intronisé en raison de leur attachement à sa personne, encore moins en raison d'une confiance en sa capacité d'exercer la fonction de Vice-Présidente, un poste que chacun d'eux convoitait discrètement. Les frondeurs savaient bien que leur coup n'avait aucune chance de réussir. Mais l'implication de la veuve de Siradiou Diallo allait donner un grand retentissement à leur dissidence et démobiliser ainsi l'UPR. Mme Assiatou Bah leur a servi de barricade derrière laquelle ils pouvaient se retrancher, ou de fusible devant sauter seul si la charge électrique devenait excessive. Mme Assiatou Bah est assez intelligente pour réaliser la mauvaise situation dans laquelle elle se retrouve. Son abandon d'un débat radiodiffusé en direct sur les antennes de Familia FM, dans la matinée du 8 mai dernier, témoigne de sa fatigue. Que Dieu l'aide à retrouver bien vite le chemin de Damas. A propos du risque d'implosion du parti, beaucoup de militants et sympathisants en sont inquiets et souhaitent ardemment que les protagonistes acceptent de siéger ensemble autour d'une table, de discuter franchement de l'objet de leurs différents en vue d'une réconciliation effective, sincère, et cela pour sauver, disent-ils le parti. Face à cette préoccupation qui mérite qu'on s'y attarde, l'analyse de toutes les réactions enregistrées dans les fédérations UPR de l'intérieur et de l'étranger, ajoutées aux commentaires des amis et sympathisants, au jugement d'observateurs avertis nous donne une raison de penser et d'espérer que le risque d'implosion ou de démobilisation du parti n'est pas réel, et qu'il n'y a pas à s'en inquiéter. Au contraire, la tentative du coup de force a permis de renforcer la mobilisation et de resserrer davantage les rangs autour du parti et de Elhadj Ousmane Bah, Président de l'UPR. C'est dire que la secousse provoquée par l'acte immoral des frondeurs n'a été que de très faible magnitude. L'onde de choc, de courte durée, a laissé au sein de l'opinion une traînée d'amertume certes, mais elle n'a causé aucune fissure du système, à en juger seulement par la grande mobilisation et la qualité de l'accueil qui ont marqué le retour triomphal du Président Ousmane Bah à Conakry et au siège de la Minière, le 3 mai 2008, après une mission de 2 mois à l'intérieur du pays. Il est certain que l'UPR, parti d'ouverture et de dialogue, prônant la paix et la tolérance ne rejettera jamais dans sa démarche le style de la négociation pragmatique pour résoudre des équations d'une certaine complexité, lorsque les circonstances le rendent nécessaire. Mais tout le monde sera d'accord que pour ce cas de figure qui nous interpelle, la tentative de noyautage et de déstabilisation est d'une telle gravité que seules les dispositions des textes du parti peuvent apporter une solution démocratique à cette contradiction fondamentale opposant cette faction aux autres membres du Bureau Exécutif National, à l'ensemble du parti. Dans cette perspective, il importe dores et déjà que le parti traduise en décisions et en actes les nombreuses déclarations des fédérations de l'intérieur et de l'étranger en vue de répondre efficacement et à temps à l'impulsion de l'environnement politique et social. Naturellement, imposer la ligne du parti dans des circonstances particulières comme celle-ci, ne signifie pas faire prévaloir en son sein un rationalisme rigide au point de refuser aveuglément de compromettre des principes pour accommoder des intérêts collectifs. Toutefois, ce ne sera pas en toute circonstance que l'accommodation et le compromis devront l'emporter sur le contenu des Statuts et du règlement intérieur du parti. Sinon, on devient naïf, faible, inconstant et peu sûr dans la conduite d'un grand parti national se réclamant de l'opposition. Elhadj Ibrahima Sampiring DIALLO, ancien Maire UPR de LABE Pour www.guineeactu.com et La Lance (article publié dans le N° 590, du 14 mai 2008 page 9)
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