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Il avait dû écourter sa visite libyenne pour venir mettre en garde « les ennemis » de la transition entamée au lendemain de la signature des Accords de Ouagadougou. Déterminé à sceller le retour définitif de la Guinée sur la scène internationale dans la veine des futures élections présidentielles, l’actuel n°1 guinéen, le général Sékouba Konaté a repris hier mercredi son bâton de pèlerin en direction de Paris, la capitale française. L’homme est sans doute serein, alors que certains de ses compatriotes se font des soucis quant à ses absences répétées du pays.
Au moment où nous mettions sous presse, le président de la Transition guinéenne le général Sékouba Konaté était sur le point d’effectuer un voyage à Paris, la capitale française. Mais, son départ prévu pour 11 heures ce mercredi 31 mars, avait été reporté à 15 heures pour des raisons non encore avouées.
Toujours est-il que cet autre voyage du président de la République par intérim alimente le débat sur les déplacements quasi hebdomadaires de l’homme fort de Conakry. On se rappelle qu’il y a moins de dix jours, le général Sékouba Konaté était du côté de Dakar au Sénégal pour une visite de 72 heures, qu’il a mise à profit pour s’entretenir avec le président Abdoulaye Wade. Celui-là même que le Capitaine Moussa Dadis Camara, alors chef de la junte qui s’est emparée du pouvoir le 23 décembre 2008, appelait affectueusement « mon père ».
Avant de rentrer à Conakry au terme de sa visite sénégalaise, le général Konaté a fait une escale éclair à Banjul en Gambie pour y échanger avec son frère Yahaya Jammeh. Il en était en effet à sa deuxième rencontre avec le président gambien à qui il avait rendu une visite de plus de 48 heures moins d’un mois auparavant.
Autre pays limitrophe visité par le président de la République par intérim, le Mali. Cette visite était sans doute la plus appréciée pour le Général Sékouba Konaté, qui se fixe un pari semblable à celui qu’avait réussi l’actuel président malien Amadou Touré Touré (ATT). Il était donc de bon aloi que le président de la Transition guinéenne aille s’inspirer des recettes qui avaient permis en 1992 au général ATT de rendre le pouvoir aux civils un an après son coup d’Etat.
Quelques jours après son séjour malien, voilà le général Konaté chez le Guide libyen Mouammar Khadafi. Ce voyage-ci lui aura donc réussi, contrairement à celui qu’il devait effectuer au premier semestre de l’année 2009, en compagnie du Capitaine Moussa Dadis Camara. La raison invoquée pour justifier l’annulation de ce déplacement était que des militaires voulaient mettre à profit l’absence du chef de la junte pour déstabiliser son régime.
Et comme si l’histoire se répétait, le général Sékouba Konaté a été « obligé » d’écourter sa visite libyenne pour rentrer en « catastrophe » à Conakry. Il a non seulement anticipé d’un jour sur son départ de Tripoli, mais aussi, il a dû reporter à plus tard les visites qu’il devait enchaîner sur Abuja (Nigéria) et Dakar. Cette dernière étape a été donc évacuée une dizaine de jours après.
Seulement, le général Sékouba Konaté a dû en quelque sorte remettre à l’heure les pendules de son pouvoir suite à des soupçons de menées subversives que certains lobbies militaro-civils étaient en train de planifier. On se rappelle que quelques jours après son voyage libyen, le président de la Transition avait dénoncé, au cours d’un rassemblement militaire au Camp Alpha Yaya Diallo, des réunions nocturnes qui se tenaient dans certains quartiers de la haute banlieue de Conakry. Visiblement porté sur ses grands chevaux par ces pratiques, il a menacé « d’offenser » et de « détruire » les animateurs de ces rencontres à partir de leurs lieux de retrouvailles.
Mieux, le président de la République par intérim a mis en garde tous ceux qui pourraient avoir à l’idée de remettre en cause la transition en cours. Une transition qu’il a estimé être sur les rails de la réussite, et dont les retombées commençaient déjà à se faire sentir à travers le retour progressif de la Guinée dans le giron de la Communauté internationale. Le général Konaté a indiqué qu’en attendant la tenue des élections programmées pour le 27 juin prochain, la partie civile des Accords de sortie de crise signés à Ouagadougou le 15 janvier dernier était terminée.
Mais, comme si plus rien n’inquiétait le président de la Transition, il a repris les airs pour la capitale sénégalaise où il a tenu un discours destiné à marquer davantage sa volonté de mener à terme le processus transitoire enclenché sous son autorité.
Pour autant, l’annonce de son voyage à Paris a eu le don de générer une certaine inquiétude chez bon nombre de ses compatriotes. Depuis l’alerte qu’il a donnée sur ces réunions nocturnes dites subversives, l’on se demande jusqu’où les ennemis de la Transition sont prêts à aller. Le communiqué de la présidence de la République annonçant la visite en France du général Sékouba Konaté a d’ailleurs quelque peu titillé une certaine peur chez des observateurs. Car, il n’y a pas été précisé la durée de la visite. Est-ce une stratégie sécuritaire ?
Par ailleurs, pendant que d’autres sources médiatiques indiquent que le n°1 guinéen doit enchaîner pour se rendre en Arabie Saoudite, ce communiqué n’en fait pas état.
Toutefois, ceux qui n’entendent pas se laisser angoisser par les absences répétées du général Konaté assurent que son pouvoir est suffisamment bien implanté aujourd’hui pour qu’il s’inquiète outre mesure.
Au-delà, le soutien populaire et l’adhésion de bon nombre des membres des forces de défense et de sécurité du pays au bien-fondé de la transition, seraient de nature à le rassurer d’avantage. Autre gage de sérénité pour le président par intérim, le soutien quasi unanime de la Communauté internationale, qui souhaiterait voir arriver à bon port le navire de la transition. Dans le lot, le soutien des USA et de la France compte beaucoup. En attendant, l’on souhaite un bon séjour parisien au général Sékouba Konaté.
Talibé Barry Konaté à Paris L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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