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Leader politique, jusqu’ici peu connu du grand public, Me Fodé Mamadou Kéïra préside aux destinées du parti national de Guinée (PNG, membre de l’alliance Arc-en-ciel). Nous l’avons rencontré pour évoquer certains sujets brûlants de l’actualité nationale.
Le Démocrate : Monsieur le président, à quelques mois de la tenue des législatives, il y a le camp de l’UFDG qui conditionne sa participation par le départ de Louceny Camara de la présidence de la CENI. En tant qu’acteur politique, quel est votre point de vue ?
Me Fodé Mamadou Keira : S’agissant de cette observation de l’UDFG, je pense qu’à la vérité, cette commission nationale électorale doit être reconstituée. Ils ont raison de dire qu’ils ne peuvent pas partir aux législatives avec comme président Louceny Camara qu’ils ont contesté depuis le 2e tour de la présidentielle. Et pour résoudre le problème du 2e tour, afin qu’il se fasse effectivement, il a fallu nommer un autre président qui est malien, qui a dirigé les travaux. Heureusement, jusqu’à ce que nous ayons passé ce cap. Et je pense qu’à la vérité, ce n’est même pas le cas de Louceny Camara qui me préoccupe, mais c’est la CENI elle-même, parce que si nous faisons l’historique de cette CENI, nous nous rendons compte qu’elle n’était pas en adéquation avec la réalité politique de notre pays, au moment où les élections présidentielles se faisaient. Donc s’il y a lieu de continuer, il faut une correction par rapport à cela, et que le consensus arrive afin que notre CENI soit une CENI nationale et digne de ce nom. Je pense que c’est ça la vérité, dire autre chose c’est tourner autour de la vérité ; et moi je ne suis pas de ce genre d’hommes.
Avant le cap des premiers 100 jours du professeur Alpha Condé, on parle de querelles dans son entourage. Ne craignez-vous pas qu’on ne replonge dans les dernières heures du régime Conté ?
A mon sens, c’est des informations de presse, qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant. Moi personnellement, je n’ai pas entendu parler de ces contradictions au niveau de la présidence, mais je pense que cette situation peut arriver ; elle peut être corrigée, compte-tenu de la personnalité des individus sans doute ; mais avec le temps, je suis sûr que la compréhension va s’imposer afin que le tout marche autour du professeur Alpha Condé, parce qu’il ne faut pas oublier que la lutte a été très ardue et qu’il serait très malheureux d’avoir une situation encore désuète qui prévale sur l’action présidentielle.
Le changement que nous attendions tous se profile aujourd’hui avec la cherté de la vie. Votre commentaire.
Oui ! Pour un rappel, par rapport à cette situation, nous avons écouté beaucoup de citoyens et citoyennes à la Radio Nationale et dans les Radios privées, donnant leurs points de vue, sur les différentes priorités du nouveau régime. Parmi toutes ces priorités, que je retiens, et je le dis en toute connaissance de cause, la plus urgente est de faire face à la cherté de la vie. C’est au-dessus de toute autre priorité. Parce que c’est toujours ça le vrai problème de la République de Guinée. Il faut recommander au professeur Alpha Condé de commencer par mettre sa priorité par rapport à la cherté de la vie. Il est vrai que toutes les autres actions, bien qu’elles soient bénéfiques, peuvent attendre. Le ventre n’attend pas. Le ventre n’attend point.
Que proposez-vous ?
Je propose donc que le professeur Alpha Condé mette en avant le problème de la cherté de vie. Parce que c’est le problème que nous avons aujourd’hui dans le Maghreb et bientôt en Afrique, au Proche-Orient, c’est la même chose. En faite, c’est la cherté de la vie. Ce n’est pas l’action politique elle-même. C’est vrai que dans ce pays-là, des partis politiques se sont acquittés, mais la réalité de la vie, c’est la société civile qui s’est insurgée par rapport à la cherté de la vie. C’est pour cela que les analystes disent que c’est une situation sociale. Donc certains politiciens veulent profiter, et je ne souhaite pas que cela soit en République de Guinée, parce que toutes les conditions ont été faites pour faire un changement politique qui va dans le sens du bonheur du peuple, car l’élection du professeur Alpha Condé a été une chose extrêmement heureuse ; et cela sur la base d’un consensus politique à partir des leaders politiques qui se sont rassemblés au sein d’un groupement politique qu’on appelle Arc-en-ciel, une base solide pour toutes les actions du président Alpha Condé. Il faut qu’il s’en informe profondément, qu’il demande l’avis de ces co-leaders, qui l’ont porté au pouvoir, car il avait 18% au premier tour. Donc les autres 32% ont été apportés par l’Arc-en-ciel ; il faut que cela soit une base d’analyse qui impose la consultation quotidienne des leaders de l’Arc-en-ciel. Nous-mêmes faisons partie de l’Arc-en-ciel ; et ça nous pensons que nous devons être consultés par rapport à ces situations, déjà vécues dans notre pays. Et que nous vivons encore. Parce que nous avons des propositions de solutions, mais encore faudrait-il qu’il y ait un espace de dialogue pour en discuter au-delà de l’action gouvernementale. Cela est extrêmement important, surtout que nous sommes encore dans la turbulence des élections législatives. C’est un gros lot. Pour moi, il est encore plus important que la présidence de la République. Car l’assemblée nationale, dans un régime présidentiel, où il y a la séparation des pouvoirs, consacrée par la constitution, est le véritable contrepoids de l’action gouvernementale. Par conséquent, une des raisons fondamentales de la pratique démocratique dans notre pays. Et cela je le recommande vivement au professeur Alpha Condé.
Que dites-vous de l’opération de recouvrement des créances de l’Etat qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ?
L’opération de recouvrement de créance est une opération qui a trop duré. L’ancien régime n’a pas pu résoudre ce problème. Et l’Etat est une continuité, comme on le dit en droit public, donc je pense que l’action est heureuse mais encore faudrait-il que les services qui sont commis à cette tâche le fassent avec intelligence et délicatesse, car c’est un vieux problème. Donc pour l’aborder, il faut par conséquent beaucoup de délicatesse et d’intelligence. Il ne s’agit pas de se jeter sur le problème pour provoquer des réactions qui n’en valent pas la peine. Je dis donc à la structure étatique qui est chargée de recouvrer ces créances que c’est une excellente action du professeur Alpha Condé. Une dette à l’Etat doit être remboursée quelle que soit la personne créancière. Mais il faudrait que cela soit fondé sur la justice et l’ordre public établis ; ça ne doit pas créer un désordre public. Toute action publique de l’Etat qui crée un désordre doit être suspendue.
Propos recueillis par Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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