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Bâtie en 1933, la Maison Centrale de Conakry sise au quartier Coronthie dans la Commune de Kaloum n’a pas encore fait l’objet d’une rénovation ou d’une reconstruction. Avec une capacité d’accueil de trois cent (300) personnes, cette prison abrite actuellement huit cent trente (830) détenus environ. C’est dire que la Maison centrale ne répond plus aux normes des droits de l’homme. Nos reporters ont tenté d’en savoir plus sur la plus grande prison de Conakry. Les épidémies font la loi… et des morts A cause de la surpopulation, la Maison centrale de Conakry ne répond plus aux normes des droits de l’homme. D’après les renseignements recueillis au près de gardes pénitenciers ayant requis l’anonymat, ce trop plein de pensionnaires est d’une part due au taux très élevé des détentions préventives. A peu près la moitié des détenus seraient dans cette situation. Pire, certains détenus attendent leur jugement depuis plus de 11 ans. D’autre part, la Maison centrale a recueilli les détenus de l’intérieur du pays dont les prisons ont été détruites après les événements de juin 2007. La Maison centrale loge hommes, femmes et enfants. Ainsi, sur les 830 détenus, on dénombre 19 femmes, 91 enfants et 28 étrangers pour 33 dortoirs au total. Selon un autre garde, cette surpopulation est à l’origine de la fréquence et l’aggravation des épidémies consécutives au manque d’hygiène au sein de cette prison. En somme, les conditions de détention y sont très déplorables. Face à cette situation condamnable, l’Etat n’est pas en mesure de couvrir tous les besoins en nourriture et autres des prisonniers. Des conditions de détention à améliorer Notre curiosité auprès de nos interlocuteurs a également porté sur les conditions de détention. Celui accepte de délier sa langue sur cette question, nous a certifié que les dirigeants de la Maison Centrale fournissaient des efforts selon leur faible moyen, afin de garantir aux détenus des conditions de vie acceptables. Ou du moins, des conditions à peu près conformes aux normes des droits de l’homme. « C’est quelque chose qu’on assure aux détenus pour leur montrer que leur citoyenneté ne se limite pas qu’à l’extérieur. Au sein de la maison pénitentiaire, ils sont en rééducation pendant leur période de détention parce qu’ils sont appelés à réintégrer la société. La plupart des détenus pratiquent la menuiserie, la chaudronnerie et la couture pour les femmes. » Nous confie-t-il. Par ailleurs, apprend-on, grâce à la nouvelle politique pénitentiaire, il y a l’intégration au niveau de la Maison centrale de différentes ONGs qui viennent secourir les prisonniers. Ces ONG et quelques institutions sont très souvent au chevet des détenus en leur apportant de la nourriture, des médicaments, des habits et des lits. Dans le même sillage, la Maison centrale est dotée d’une mosquée, de deux classes franco-arabes dont la construction a été financée par l’Arabie Saoudite. On y trouve également une chapelle en chantier financée par l’Organisation catholique pour la promotion humaine (OCPH). Le Directeur des droits de l’homme déballe… De la Maison centrale où nos interlocuteurs parlent avec la peur au ventre, nous nous rendons à la Direction nationale des droits de l’homme et de la liberté fondamentale. M. Mohamed Aly Thiam en est le chargé de section. En effet, cette direction a été mise en place en 2005 par un décret. Mais c’est seulement cette année qu’elle a fonctionné. C’est une direction qui sert d’interface entre le gouvernement et les ONG de la place, mais aussi les organisations intergouvernementales. Elle est chargée chaque année d’élaborer et de présenter le rapport de la Guinée aux organes de surveillance des droits de l’homme du Système des Nations Unies, de l’Union Africaine et de la CEDEAO. L’objectif de cette direction est d’établir le dialogue entre les ONG nationales en vue de créer un espace de concertation permettant d’assurer la promotion et la protection des droits de l’homme, d’une part. D’autre part, elle reçoit et étudie les plaintes de ceux qui sont victimes des violations des droits de l’homme et auxquels on a refusé des droits de recours. « La détention est une réponse au problème social. » affirme M. Thiam. Avant d’ajouter : « C’est l’enquête qui doit aboutir à l’arrestation et non l’inverse ». Et de préciser que ceci est une erreur très fréquente dans le système judiciaire guinéen. D’après le Directeur national des droits de l’homme et de la liberté fondamentale, la Maison centrale de Conakry ne respecte pas les normes des droits de l’homme. Tous les faits sont là, a-t-il admis. La surpopulation, le manque d’hygiène et des possibilités de maladie. Vivement la Cour d’assises ! « Les détentions prolongées sont dues à un problème financier. La tenue de la Cour d’assises qui doit remédier à cela, nécessite un budget qui assure le payement des avocats commis d’office ; le payement des prestations des interprètes ; les frais d’entretien du jury civil ; le transport des détenus et le déplacement des témoins. » Souligne-t-il. Il faut toutefois rappeler que la dernière session de la Cour d’assises s’est tenue il y a un peu plus de deux ans alors qu’elle est censée semestrielle c’est-à-dire une fois tous les quatre mois. La nouvelle politique, explique M. Thiam, voudrait qu’il y ait un respect des dimensions des lieux de détention (une superficie conforme au nombre de détenus) et une répartition des détenus par catégorie. Autrement dit faire une distinction entre les détentions préventives et les personnes condamnées ; les délinquants primaires et les récidivistes ; les détenus ayant commis des crimes et ceux ayant commis des infractions, les femmes et les hommes et enfin les mineurs et les adultes. « Il serait indispensable de créer un réel cloisonnement », fait-il remarqué. M. Mohamed Aly Thiam a aussi fait savoir lors de notre entretien, que la reconstruction de la Maison centrale n’est pas impossible. Néanmoins, elle semble absolument difficile. Car, nécessitant l’acquisition d’un important financement. Mais il se trouve, justifiera-t-il, que la Justice dans tout son ensemble a moins de 0,1% du Budget national. Scandale ! Et la plus grande partie du budget de ce ministère va dans la nourriture des détenus. « Le constat est que les bailleurs de fonds ne déboursent pas de financement dans ce domaine », regrette-t-il par ailleurs. Avant de révéler que l’Union Européenne fait actuellement une étude de reconstruction des Palais de justice et des maisons de détention. Pour sa part, le Directeur national des droits de l’homme et de la liberté fondamentale, estime que les établissements pénitentiaires devraient avoir une adjonction des centres de formation allant de la simple alphabétisation à la pratique d’un métier. Dossier à suivre. Aminata Touré et Hadji Koulibaly L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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