mercredi 26 mai 2010
Maadiou Diallo, coordinateur général de MPP : « La CENI et le MATAP ont été corrompus »
Maadiou Diallo

Maadiou Diallo est le Coordinateur général du Mouvement pour le pouvoir du peuple (MPP). Dans cette interview, il fait l’autopsie de la transition en cours et nous parle des présidentielles en vue, dont le premier tour est prévu le 27 juin prochain. Lisez…

Le Démocrate : Monsieur le président, pouvez- vous nous rappeler les objectifs de votre parti, tout en nous indiquant à quel courant politique le MPP appartient ?

Maadiou Diallo : Je vous remercie très sincèrement pour l’opportunité que vous me donnez pour m’exprimer sur les colonnes de votre journal. En fait notre mouvement, le Mouvement pour le Pouvoir du Peuple (MPP) est une organisation des jeunes. On est parti de la formation d’une ONG qu’on appelle à l’époque l’association pour le développement de la culture africaine. Et cette ONG regroupait les jeunes pour les conscientiser sur les rôles qu’ils doivent jouer dans leur participation active à l’échiquier politique national de notre pays. Nous avons constaté que généralement, la jeunesse a laissé une distance vis-à-vis de la politique. Et cela est une erreur, parce que c’est elle qui est la relève. Nous avons estimé donc qu’il fallait les conscientiser en faisant des débats, des conférences sur des thèmes portant sur la démocratie, la bonne gouvernance etc. Cela a débordé et l’ONG s’est développée, on a eu assez d’adhérents dans le groupe. Nous avions eu des difficultés à l’époque avec le pouvoir, qui nous taxait de politiciens. Parce que tout simplement les thèmes développés au niveau de l’ONG avaient trait à la politique. Or, selon le statut qui le régit, l’ONG est apolitique. Donc nous avons finalement décidé de faire la politique pour cultiver cette politique à la jeunesse guinéenne qui était naturellement néophyte au départ. Ainsi, on a décidé d’encourager cette jeunesse à s’impliquer activement dans la politique. C’est l’objectif qu’on s’est assignés pour amener la jeunesse guinéenne à s’impliquer activement dans le processus de démocratisation de la Guinée. Pour qu’elle ne pense pas que la politique est faite pour les autres. Non, la politique c’est pour tout le monde. Surtout la jeunesse, elle qui constitue l’avenir du pays. Donc, c’est dans cette logique que nous avons initié ce mouvement pour aller vers cette jeunesse là, pour la ramener sur la raison et la sensibiliser à participer à la lutte politique pour le pays. Pour ce qui est du courant politique, il faut dire que notre mouvement fait partie de l’Alliance Nationale pour le Renouveau (ANR). C’est une alliance qui a été créé de façon très libre. On nous a fait appeler et nous sommes allés, parce qu’au départ, on était des forces vives. Nous avons été membres fondateurs des forces vives à la naissance à la Bourse du travail sous l’égide de Hadja Rabiatou Serah Diallo et feu Ibrahima Fofana. Pour pouvoir organiser la classe politique afin qu’elle puisse quand même harmoniser les positions en son sein. Afin de restaurer la démocratie en Guinée. Mais depuis les évènements du 28 septembre 2009 dont nous avons d’ailleurs été victimes, parce que nous y étions nous aussi au stade du même nom. J’ai été blessé, et depuis la donne a changé. Certains qui se disent grands leaders ont voulu récupérer le mouvement pour le parrainer. Ils ont crée la division au sein du forum et instauré la zizanie en appelant certains, de petits partis politiques. Qui avaient désormais du mal à se faire écouter. C’est cette dissension que le forum a étalée à Ouaga et à Abuja, où ils ont semé la pagaille en excluant des gens. Nous avons donc presque tous mis à la touche. Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir discuter des problèmes de la Guinée. Alors que nous sommes tous conscients, que nous étions un acteur principal pour réussir ce changement. Parce que, si nous n’étions pas mobilisés pour aller au stade, peut- être que nous n’allions pas être là aujourd’hui. Malgré notre marginalisation nous avons accepté. Parce qu’on s’est dit que toute chose qui va dans le cadre à aider le changement dans le pays, nous accédons. Mais il faut reconnaître aussi qu’on ne vient pas en politique pour amuser la galerie, mais plutôt pour prendre une part active dans le développement du pays. C’est ainsi que lorsque nous avons été invités par nos camarades de l’ANR nous avons répondu à l’appel. Et depuis que nous y sommes, ça marche très bien. On arrive à s’affirmer, c’est une nouvelle classe politique où nous nous faisons entendre sans violence, pour participer au processus de démocratisation dans notre pays. Et nous avons été reconnus par le groupe international de contact sur la Guinée, les institutions internationales. Et même à Ouaga, on a été reconnus, souvent on nous consulte pour qu’on donne nos points de vue. Nous avons même fait un document de sortie de crise qui a été déposé à Ouaga et au GCI-G. Donc, vous avez vu même tout récemment au CNT lorsqu’on a marginalisé l’ANR, on a dit qu’on ne participe pas. Parce qu’en fait les forces vives n’ont pas le droit de se partager ce qui appartient à toute la classe politique. Donc pour cette violation, nous avions refusé de siéger au CNT. Mais il y a eu l’intervention de la communauté internationale et du GCI-G, qui nous a fait fléchir sur notre position. Et nous avons fini par accepter de siéger finalement au CNT. Ce qui est quand même une fierté nationale.

Peut- on savoir si vous êtes postulant pour la présidentielle du 27 juin prochain ?

C’est une bonne question. Mais écoutez, pour ce qui est du 27 juin prochain, nous, nous ne sommes pas pressés. Parce qu’on s’est dit qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Vous savez nous sommes de ceux qui avaient soutenu l’avènement du CNDD au pouvoir le 23 décembre 2008. Et nous avions aussi estimé qu’il faut attendre 2010 pour organiser les élections. Parce que nous avions très tôt compris qu’il y avait des préalables indispensables pour la réussite de la transition amorcée. Et ces préalables c’était quoi ? Il fallait d’abord nettoyer la maison. Parce que nous héritons d’une situation où il y avait la corruption à haute échelle. Tout le monde savait pertinemment qu’au régime défunt nos cadres étaient corrompus. Ainsi, nous estimons que tous les anciens commis de l’Etat qui cherchent aujourd’hui le pouvoir se sont enrichis sur le dos de l’Etat. Le capitaine Dadis à son arrivée avait commencé les audits pour récupérer les dus de l’Etat. Et le MPP à l’époque avait fait une déclaration pour l’appuyer dans cette démarche. Nous avions même eu l’occasion de le rencontrer pour l’exprimer notre soutien et lui signifier qu’il n’était pas question d’organiser les élections avant la fin des audits. Pour qu’on sache qui a fait quoi et qui a pris quoi. Et c’est là où la jeunesse guinéenne avait applaudi. Mais malheureusement, ce monsieur est tombé dans une forêt de malhonnêtes et de corrompus, cela à tous les niveaux. Même dans l’armée, c’était ça. On a réussi à lui faire dévier de sa mission et l’inculquer l’idée des élections. Finalement il est tombé dans ce jeu, et il y a eu même casse entre lui et la classe politique. C’était une manière de casser son élan et d’enterrer le dossier des audits. Alors qu’on ne peut espérer se développer si on ne sait pas d’où nous sommes venus et comment repartir. Si c’est les mêmes méthodes qui doivent continuer, ce qui serait vraiment dommage. Or pour qu’il y ait la paix, il faut d’abord de la transparence. Heureusement que la jeunesse a fait un éveil de conscience. Nul n’acceptera plus qu’on nous traîne dans la boue. Nous n’accepterons plus que la Guinée tire le diable par la queue. Il faut que la Guinée connue pour l’immensité de ses potentialités, retrouve sa place dans le concert des nations et domine la sous région. Voila notre ambition en tant que parti politique. Aujourd’hui, si vous avez le moindre problème de santé vous êtes obligés d’aller à Dakar pour se faire soigner. Si fait que le taux de mortalité a augmenté en Guinée. Ce qui est vraiment une honte pour notre pays. Une situation causée par ceux- là qui tentent de briguer la présidentielle. C’est pourquoi le MPP ne s’est pas encore déterminé. Parce que nous, ce n’est pas l’argent qui nous intéresse, c’est l’engagement et le patriotisme. Il nous faut un homme intègre et patriote pour sauver notre pays du déluge.

Vous avez sans doute trouvé un peu exorbitant la caution de 400 millions gnf, fixée par la CENI ?

Ecoutez, il n’est pas dit qu’il faut être riche pour être chef d’Etat. Nous estimons aujourd’hui que c’est la bourgeoisie qui est entrain de nous entraîner. Et ils sont entrain de prendre le pays en otage. Chacun est entrain d’exhiber ses moyens financiers, ses capacités. On achète des cars, des motos, des véhicules et on dépense des milliards par- ci par -là. Il y a même des leaders qui ont dit que 400 millions gnf c’est peu, qu’il faut aller jusqu’au-delà de 1 milliard de francs guinéens pour écarter ce qu’ils appellent les petits partis. Je me demande ce qu’ils appellent petits partis, alors que eux-mêmes, ce sont des aventuriers politiques. Il y a même des leaders politiques que moi je ne connais pas. Quelqu’un qui a fait 40 ans à l’extérieur, concrètement qu’est- ce qu’il peut apporter à la Guinée dont il ignore les réalités. C’est pourquoi, j’estime que cette caution est une insulte au peuple de Guinée. Sinon, depuis toujours c’est à la CENI et au MATAP de fixer la caution en tenant compte des réalités du pays. Ils n’avaient pas à élargir cela aux partis politiques. En tout cas ce n’est pas responsable de leur part. Lorsqu’on dit aujourd’hui qu’il y a trop de partis, mais c’est la faute à qui. A la mort de Conté il n’y avait que 50 partis. C’est effectivement l’arrivée de ces aventuriers politiques qui a fait gonfler le nombre. Et aujourd’hui, c’est eux- mêmes qui crient sur tous les toits qu’il faut éliminer des partis. Si on me demandait, le premier critère de candidature c’est l’enquête de moralité des candidats. Mais à l’allure dont évoluent les choses, c’est comme si on voulait donner le pays à un voleur potentiel. Ce que nous trouvons très dangereux, parce que ça compromet l’avenir du pays. Et tout porte à croire que la CENI et le MATAP ont été corrompus par certains protagonistes à la présidentielle.

Que pensez-vous des leaders politiques qui se sont acquittés de leur caution et dont le nombre serait une vingtaine?

Il faut d’abord dire que nous ne connaissons pas le nombre des partis qui ont versé leur caution. Nous attendons la déclaration du MATAP ou de la CENI à propos du nombre de candidats. Mais nous profitons pour lancer un avertissement aux futurs candidats, qui doivent savoir que le peuple de Guinée d’aujourd’hui, n’est pas celui de 1970 ou de 1990. C’est désormais un peuple réveillé et conscient, qui n’acceptera pas d’être dirigé par faux fuyant. Donc certains ont pris des engagements à l’extérieur pour venir être président et vendre la Guinée, qu’ils se détrompent. Plus rien ne sera comme avant, ça c’est terminé. Nous allons leur barrer la route et les attendre à la future Assemblée nationale. Et notre objectif à ce niveau est que 80% des députés doivent être des jeunes.

Comptez-vous sceller une alliance avec l’un des partis candidats ?

Vous savez, le MPP a une idéologie. Tout parti qui a un programme cohérent, qui se rapproche du nôtre et qui vient vers nous, nous ne trouvons pas d’inconvénients de marcher ensemble. Mais nous n’irons jamais vers un parti politique, parce que nous ce n’est pas l’argent qui nous intéresse. Nous voulons de quelqu’un qui nous présente un programme sur lequel nous pouvons discuter, comment faire développer notre pays, comment restaurer le chemin de fer Conakry- Kankan et autres pistes de développement, voilà ce qui nous préoccupe. Nul n’ignore que ceux qui ont arraché nos rails sont encore là parmi nous. Et le MPP considère cet acte comme un crime contre l’humanité. Si nous avons le pouvoir demain, qu’ils sachent que nous les poursuivront afin qu’ils paient de leur forfaiture. Car ces rails constituent un patrimoine national. Nos parents sont morts en construisant ces rails, et leur travail ne doit être vain par la faute des opportunistes.

Que pensez vous de l’ethno stratégie, devenue une pratique très courante en Guinée ?

Il faut rappeler que cela a été instauré par le régime défunt pour s’éterniser au pouvoir. Parce que, je me souviens qu’au temps de la révolution, cela n’existait pas. Moi je suis peulh mais de Kankan. J’ai représenté deux fois la ville de Kankan dans le forum du mouvement des pionniers. On ne connaissait pas le concept de malinké, peulh, soussou ou forestier. On était guinéen tout court et on était fier de l’être. C’est suite aux velléités du régime défunt que les guinéens sont tombés dans cette situation. Et aujourd’hui, c’est ce qui se répercute sur les leaders politiques. Si vous prenez 90% des militants d’Alpha Condé, c’est des malinkés, et on rencontre la même chose chez Cellou Dalein Diallo. C’est ce que le MPP a vu très tôt et a cherché à éviter. C’est pourquoi chez nous, il n’y a pas de leader, c’est une coordination nationale. Où tout le monde est traité au même pied d’égalité.

Votre mot de la fin ?

Il faut noter que je suis surpris de savoir que notre armée, il y a des gens sur lesquels on peut compter. Nous, au MPP on avait mis croix rouge sur l’armée guinéenne. Mais nous avons été surpris de constater qu’il y avait des hommes de la carrure d’un Général Konaté, ou de Aboubacar Sidiki Camara « Idi Amin » ou encore le ministre de la Justice Siba Lohalamou. Nous ne savions qu’au sein de notre armée qu’il y avait des cadres aussi valeureux. Donc, nous sommes aujourd’hui vraiment contents de cette armée là. Tout ce que nous demandons à cette armée, c’est d’avoir l’esprit républicain. L’armée ne doit pas être au service d’un homme mais plutôt du peuple. Nous souhaitons qu’il ne donne plus de place aux médiocres ou aux délinquants.


Propos recueillis par Samory Keita
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
OXY, vendredi 28 mai 2010
LES GUINEENS SONT TOUT SIMPLEMENT CAPRICIEUX.ILS OUBLIENT VITE ON DIRAIT DES BEBES!ON A TOUT JUSTE OUBLIE LES FAISEURS DE NOS MALHEUR D`HIER.MEMOIRE DE POULE. ELECTIONS ELECTIONS MEME MAUVAISES OU MALPREPAREES?
mohamed cherif diallo, jeudi 27 mai 2010
merci mr diallo de votre franchise chose rare chez nos predateurs qui refusent de reconnaitre leur forfaiture cqu`ils n`ont pas realise pendant 26 ans comme promesses ils veulent encore ce pouvoir en vue de mettre le pays en feu pour fermer le chapitre des audits mais la guinee a change et le peuple va leur barrer la route et vaincra cette mafia de cadres sans scrupules
mamady, jeudi 27 mai 2010
non et non monsieur madiou l´ethnostragie vient de la revolution seulement on vous a toléré parceque vous etiez voisins du MESSIE mais le phenomene vient de SEKOU TOURÉ ,si vous etiez de l´autre coté vous auriez compris davantage ,n´accusez pas conté ,il faut dire la verité mais vous dites que vous etiez partisant de el dadis pas surprenant alors je vous conseille de rejoindre votre coalition L´ANR vous reussirez ds l´avenir lorsque vous aurez remis votre patron sur les rails.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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