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J’ai déjà été interpellé plusieurs fois dont 2 fois directement pour me demander pour qui je voterais le 19 septembre; comme j’adore les provocations sympathiques et que je n’ai jamais honte de mes positions sur tous les sujets, je vais donc dire tout haut ce que je pense tout bas.
Ma pire frustration, comme le dit si bien mon tonton Bokoum, c’est que je ne pourrai justement pas voter le 19 septembre parce que des Guinéens malhonnêtes et antidémocrates l’ont imposé injustement. Je vis cela très mal aujourd’hui et j’espère que cela ne se reproduira plus jamais en Guinée. Nous devons TOUS avoir le droit de donner notre avis sur les choix importants de notre pays, quels qu’ils soient.
La 1ère fois que j’ai vécu plus de 2 mois de suite en Guinée (à part un court intermède pendant ma jeunesse), j’avais presque 18 ans. Je venais tous les 2 ans pour 2 mois de vacances afin de connaitre mon pays et ma famille. Ceci est l’un des éléments dont je suis le plus fier de mes parents et aujourd’hui je l’applique également à tous mes enfants. Tous les Guinéens (et tous les Africains) étaient reçus et présentés par mes parents comme « c’est mon frère ou c’est ma sœur ». C’est en revenant vivre en 1972 que j’ai découvert que le mot guinéen n’était pas une ethnie africaine. Mais Sékou Touré et son PDG m’ont rapidement mis au bain de l’horreur locale qui a fini même par emporter une grande partie de mes parents-modèles, tous des Guinéens. Quand j’ai fui le pays en 1980, j’avais une seule certitude : je ne renierai jamais les enseignements de mes parents, en particulier sur ce sujet-là ; c’est exactement cela que souhaitait notre démon national et il ne fallait justement jamais lui faire ce plaisir. J’appelle d’ailleurs tous les Guinéens que je rencontre à l’étranger « mon frère/ma sœur ou tonton/tantie ».
Je le pensais et je l’ai écrit plusieurs fois jusqu’à la fin du 1er tour, je n’avais pas encore vraiment de candidat préféré. Je trouvais qu’ils avaient tous des qualités et de grosses suspicions qu’il serait nécessaire de vérifier, même après l’élection – cela aurait été bien mieux pour tous avant – pour ne pas « gâter » l’image de la nouvelle Guinée. Depuis cela je suis de très près tous leurs faits et gestes et ma position a sensiblement évolué. A mon avis les 2 candidats ont fait des erreurs de paroles et gestes électoraux depuis cela mais certaines sont choquantes, pour ne pas dire révoltantes.
Qu’Alpha Condé se rende immédiatement en France après le 1er tour (pour aller je pense réactiver son carnet d’adresse) en compagnie de Mamadou Sylla est une insulte grave à tous les Guinéens qui ont été tués à cause de ce monsieur!
Les larmes de crocodile sur la tombe d'AST est une insulte inacceptable aux millions de victimes directes ou indirectes de ce dictateur reconnu internationalement; c’est également une insulte pour certains de ses partisans et pour lui-même d’ailleurs.
Nous savons que tous ceux qui ont approché de près le pouvoir sous Conté ont mis les dix doigts dans le pot de confiture national. Hélas les pires, ceux qui sont justement responsables d’avoir même cassé le fond du pot afin de voler encore plus, sont aujourd'hui ceux qui parlent en son nom en public ! N’a-t-il donc pas honte de cela, les nuits dans ses rêves et le matin devant son miroir ?
De très nombreux Guinéens aujourd'hui, de nos 4 régions naturelles et de la 5e à l’étranger sont meurtris, blessés par ces gestes que l’on ne peut qualifier. Je pense qu’Alpha Condé est un vrai « requin politique » (aucune injure ici, svp) dans la veine d’A. Wade, Berlusconi et Sarkozy : ils sont prêts à tous les compromis, juste pour gagner et immédiatement après « leurs paroles ne sont pas des montagnes » et ils sont prêts à écraser ceux qui pensent avoir sauvé leur tête en le faisant élire. Demander des nouvelles à Frederik Chiluba de la Zambie! Celui qui aime la Guinée et qui peut lui permettre de guérir demain de ses plaies encore béantes ne peut pas dire à la face des Guinéens, devant la télévision et la radio nationales qu’il « va reprendre le pays là où AST l’a laissé »… L’apologie de crimes contre l’humanité ne peut être un argument de campagne politique acceptable, n’importe où dans le monde.
Tous les Guinéens devraient avoir le droit et le devoir de voter librement le 19 septembre pour le candidat et le programme de leur choix ; hélas, je ne pourrai pas voter ce jour-là ! Si je le pouvais, j’aurais mis sans plus aucune hésitation mon bulletin dans l’urne en cochant Cellou D. Diallo, pour donner au moins une chance au changement radical que nous méritons tous demain en Guinée. Il est impossible de faire cela en poursuivant l’œuvre d’AST en Guinée ! Je vois déjà ceux qui vont foncer sur leur clavier pour dire que ce choix est lié à mon nom de famille, mais l’avis et l’estime de ceux qui réfléchissent comme cela sera toujours franchement le cadet de mes soucis; en fait, c’est de leur amitié que j’aurais vraiment peur…
Le 10 Septembre 2010
Alpha Oumar Telli DIALLO Guinéen, mais Optimiste!
www.guineeactu.com
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