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Lamine Kaba est Expert comptable, membre de l’ADRA des Experts Comptables de Guinée, gérant du Cabinet Audit, de Contrôle Comptable et fiduciaire (ACCF), sis à Kouléwondy (Commune de Kaloum) face à la Pédiatrie du CHU d’Ignace Deen. Dans cette interview, il apporte des éclairages sur les enjeux d’un audit. Ce, quelques jours seulement après l’annonce faite par le CNDD de faire auditer les 24 ans de gestion du régime précédent.
L’Indépendant : Comment définissez-vous l’audit ?
Lamine Kaba : Un audit est en contrôle approfondi d’une situation. C’est dans ce cadre qu’on peut trouver un audit industriel, un audit informatique et un audit comptable et financier. Ce dernier volet qui nous intéresse qui consiste à vérifier les états comptables et financiers d’une entreprise ou d’une institution pendant une période donnée. Selon les règles de procédure de la profession comptable, on peut distingue l’audit interne de l’audit externe. L’audit interne est exécuté par un service spécialisé d’une entreprise ou d’une institution. Quant à l’audit externe, il est l’œuvre de professionnels extérieurs à l’entité à auditer. Dans le système français, l’audit légal des entreprises s’appelle le Commissariat aux comptes.
Y a-t-il des règles standard pour toute opération d’audit ?
Pour tout type d’audit, on peut énumérer quelques règles standard c’est-à-dire des règles communes à tout système de vérification à posteriori que sont : le travail sur pièce c’est-à-dire sur document, la vérification des documents en se référant à des faits et donner en conséquence un avis motivé.
En Guinée, les audits réalisés dans l’administration donnent souvent lieu à des polémiques. Alors, que faut-il pour que l’audit soit qualifié d’irréprochable ?
Pour que l’audit soit irréprochable, il faut qu’il soit fait par des professionnels qualifiés et qu’il se fasse dans les temps impartis et que ses conclusions reposent sur des faits ou des pièces authentiques.
Avez-vous une idée de comment l’audit des 24 ans de gestion du régime précédent pourrait-il être possible techniquement ?
Tout audit est possible tant que le matériel nécessaire existe (les pièces justificatives et les faits). Mais légalement, une période peut tomber sous le coup de la prescription. Alors l’audit devient impossible parce que les pièces n’existent plus ou ont été détruites. Ainsi, le droit commercial impose aux entreprises la conservation des documents pendant dix ans.
Cela devrait mobiliser combien en termes de ressources humaines, financières et matérielles ?
Un audit est fonction de son étendue, de la durée impartie à l’auditeur et de la mobilisation de moyens matériels et humains nécessaires à cette audit. A titre d’exemple, à supposer que tous les documents soient disponibles et que pendant 24 ans il y ait en moyenne 25 Ministres, on se trouve devant 600 dossiers d’audit annuel. Et si chaque dossier mobilise une dizaine de femmes toute qualification confondue, il faut théoriquement 6000 professionnels travaillant à temps complet pendant 3 mois. Ce qui nous fait 18.000 hommes par mois. Et si l’homme est facturé à 5 millions de GNF, cela coûtera beaucoup d’argent.
Peut-on à travers un audit savoir comment des moyens financiers ont été utilisés ?
C’est le contrôle interne et le respect des procédures établies qui permettent de savoir qui a fait quoi ou qui n’a pas assumé ses responsabilités. Alors, il appartiendra à la justice, le cas échéant de dire qui est comptable.
Votre dernier mot.
Un audit ne doit par être fait après les dégâts. Instituer un audit annuel systématique de la gestion des deniers publics par des professionnels indépendants est un gage de bonne gestion. Et l’Etat doit pouvoir budgétiser les frais y afférents tous les ans.
Interview réalisée par Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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