Le Démocrate : Avec cette prolifération des partis politiques en Guinée, quelle réaction cela provoque-t-il chez vous ?
M. Fodé Mamadou Keïra : Moi je pense que la prolifération des partis politiques n'est pas un mal en soit. Mais il s’agira pour chaque parti politique d'avoir une attitude patriotique et surtout avoir un programme, un projet de société à soumettre aux citoyens. Évidemment avec la situation politique actuelle qui appelle à des élections transparentes et démocratiques, ceci invite certaines personnes à créer pour la circonstance des partis politiques pour participer au débat politique. Nous souhaitons que la multiplication des partis politiques serve plutôt de levain à un processus démocratique.
Avec la reprise des opérations d'enrôlement pensez-vous que la CENI pourra atteindre ses objectifs à savoir enrouler 5 millions d’électeurs ?
Je pense que la reprise de l'enrôlement des citoyens est une bonne chose. Cette opération est un préalable à tout processus d'élection. Nous savons que l'interruption de l'enrôlement était due aux conditions financières et techniques. Maintenant que l'Etat a débloqué un montant, la CENI doit pouvoir faire le sérieux pour poursuivre les opérations. Je vais dire une chose, si nous ratons l'occasion d'avoir un fichier propre, et bien je vous dis que les résultats des élections seront l'objet de contestation. Choses que nous ne souhaitons pas en Guinée. Il est donc temps pour le CNDD d'avoir un oeil vigilent sur la CENI.
Votre commentaire sur le dernier séjour du Groupe de contact international sur la Guinée à Conakry ?
Je dirais que cette rencontre n'a été de trop en ce sens que le groupe s'est concerté avec tous les acteurs pour pouvoir trouver une solution aux problèmes que nous avons ici. Le Groupe international de contact travaille sur la base d'un programme. Chaque fois que le groupe a des informations préoccupantes, il se rend à Conakry pour avoir des éclaircissements. Au cours de son dernier séjour les membres du groupe ont indiqué des préoccupations sérieuses et ont dit aussi leur satisfaction. La rencontre a permis de mettre les acteurs politiques et le gouvernement sur une brèche pour pouvoir rapporter des réponses à la communauté internationale en rapport avec la poursuite normale du processus de transition. Nous souhaitons que la communauté internationale comprenne la situation économique de la Guinée.
L'Union Européenne vient de mettre la Guinée en sursis. Et ce pour une période de deux ans. Avez-vous un commentaire là-dessus ?
Le gel économique de L’UE à l’encontre de la Guinée est une situation qui répond aux principes de droit international. Il fait suite à la situation anticonstitutionnelle que la Guinée a connue depuis le 23 décembre 2008. C'est une manière pour l'UE de discipliner la vie politique de nos Etats où le processus démocratique n'est pas totalement sur la route. Nous pensons aussi que c'est un signal qui est donné aux Etats, comme pour dire qu'il faut respecter les engagements pris par le passé dans le cadre du respect de la démocratie. C’est une alerte. L'UE a précisé dans son communiqué que les apports humanitaires continuent. Il faut comprendre que c'est une simple suspension et non une rupture en tant que telle.
La mise en place du CNT traîne, n’est ce pas une source de retard dans l’application du chronogramme ?
Je ne pense pas que cela soit un facteur de retard. Il y a eu du retard certes, mais nous pensons que nous avons avancé parce que les deux dernières rencontres du président Dadis avec les forces vives ont tracé cette perspective. L'avant dernière rencontre, le chef de l'Etat a mis les partis politiques face à leur responsabilité. Il nous a dit d'aller faire des propositions pour que nous puissions aller aux élections en 2009. Les forces vives ont répondu que dans ces conditions, il faut créer un comité ad hoc. Ce comité ad hoc donc est chargé de réfléchir objectivement sur un chronogramme réaliste et réalisable. Le monde entier a entendu donc que la première réunion s'est tenue au ministère de l'Administration du territoire que nous avons tous suivie. Le comité a des termes de référence très clairs. Il s'agit de proposer à la classe politique guinéenne un chronogramme réaliste et réalisable dans le souci d'une transition apaisée. Je pense que le comité a été propose par les différents partis politiques concernés, la CENI, le gouvernement et les autres composantes de la nation. Le mandat du comité est de 10 jours. Après les 10 jours, le comité doit présenter un projet de chronogramme qui sera soumis à l'ensemble des forces politiques de la Guinée. Mais encore mieux, la dernière rencontre du président Dadis avec les forces vives a été l'occasion de parler d'une action accélératrice. Il s'agissait de la proposition concrète par le gouvernement de la création du CNT et des missions qui lui sont confiés pour réaliser le toilettage de la constitution et certaines autres missions d'ordre national. Le document a été officiellement remis aux forces vives. La rencontre a été aussi une occasion du rétablissement effectif du dialogue entre les forces vives et le gouvernement. Le travail du comité ad hoc doit être une balise pour le CNT.
Propos recueillis par Aly Badara Condé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com