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Mr. Alahassane Bassiri Kaba, ancien syndicaliste, actuellement professeur de Psychopédagogie à la DCE de Matam, nous a rendu visite à notre siège, pour nous accorder une interview dans laquelle, il fait le procès du syndicalisme dans sa version actuelle, non sans faire l’historique de ce mouvement depuis les années 50. Nous vous en livrons la substance. Le Démocrate : Qu’est- ce qui nous vaut votre visite au sein de notre rédaction ? Alahassane Bassiri Kaba: J’ai décidé de vous rencontrer ce matin, parce que j’ai vu que les camarades, les poulains du syndicat ont outrepassé leurs prérogatives. Le syndicat n’est pas un instrument de parti politique. Il est l’arbitre entre la classe ouvrière et le patronat. Il ne lutte que pour, essentiellement, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Le syndicat à sa création, est apolitique. Et au jour d’aujourd’hui, nous voyons que les syndicalistes, notamment Dr Fofana, parce que je n’aime pas tourner au tour du pot, est apparu comme un pionnier de l’opposition politique. Toutes ses revendications n’ont aucun rapport avec une revendication syndicale. C’est plutôt politique tel le départ d’un gouvernement. Pouvez-vous nous dire d’abord si vous avez occupé par le passé, des fonctions syndicales ? Depuis 1958, j’ai été membre du syndicat national de l’Education en Guinée (SNEG), ensuite, membre de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Après, membre du Comité national du syndicat professionnel de l’Education. En 1991, précisément le 2 mai, nous avons vu que le syndicalisme, était récupéré, il s’agit de mon ami Ousmane Diaye, de Moustapha Diaye, Amadou Camara de Dixinn, Korè Bah, Louis Bemba Soumah, l’actuel Dr Oumane Savané, Dr Sy Savané, madame Niépou Kourouma, Boubacar Bangoura de l’Union régionale des travailleurs de Coyah, feu Batoumolaye Camara, nous avons alors décidé de nous marginaliser de la CNTG. Et de mettre en place un comité de grève. C’est le comité de grève qui a déclenché la grève de 1991 et qui a contribué à l’amélioration du traitement des travailleurs. Le gouvernement a augmenté de 100% le salaire des travailleurs et a révisé l’allocation familiale allant de un an à dix huit ans pour les enfants et le nombre aussi a augmenté. L’enseignant a obtenu le statut particulier. C’est ainsi que monsieur Fofana a récupéré cette grève à ses fins. Il était membre du bureau exécutif de la CNTG. Quand le comité de grève siégeait à l’institut polytechnique de Conakry actuelle université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC), il est venu en compagnie d’un commissaire de police du nom de monsieur Bah et d’un certain monsieur Keita qui était du syndicat des mines. Ils nous ont trouvé à poly et ont demandé à nous rencontrer, afin qu’ensemble, nous acceptions de rencontrer le chef de l’Etat . Nous avons dit que nous ne voulons plus marcher avec eux parce qu’ils ne défendent pas la cause des travailleurs. Dr Fofana a prêté serment de respecter scrupuleusement tout ce que nous aurons demandé et qu’il suivra le comité de grève. Ainsi nous avons accepté d’aller avec monsieur Fofana à la bourse du travail, et de là au palais du peuple par ce qu’on a signifié à la CNTG d’alors qu’on ne pouvait pas négocier avec elle puisqu’elle n’était pas, à l’époque, pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Et nous avons écarté lors des négociations leur premier responsable, en la personne de Samba Kébé. Monsieur Fofana a profité de cette occasion, quand il a vu que le comité de grève a eu la victoire, il avait un dessein très machiavélique (…) Quel était son dessein ? Que vous qualifiez de machiavélique ? Son dessein ? il savait qu’en Genève, la CSLI la centrale syndicale libre qui a pour vocation de déstabiliser les pays du tiers monde avait demandé à Dr Samba Kébé, d’accepter qu’on ouvre à chacun des délégués un compte bancaire à Genève. Cela a été une aubaine pour monsieur Fofana. Samba Kébé, c’est maintenant qu’il faut saluer son patriotisme, lui a refusé. Mais monsieur Fofana ne voulait pas perdre cette opportunité. L’objectif de votre visite chez nous est de dénoncer les revendications qui ne sont pas d’ordre syndicales. Alors revenons-en à ses revendications contraires à la mission du syndicat. Ces revendications qui ne sont pas d’ordre syndical sont d’abord dans les deux préavis de grève, nous avons été étonnés de constater qu’une affaire judiciaire intéressent le syndicat. Non, ce n’est pas l’affaire du syndicat. Qu’on mette un citoyen en prison ou qu’on l’en extrait, c’est l’affaire du judiciaire et de l’exécutif. Ça ne relève pas du syndicat. Deuxièmement, le changement d’un gouvernement n’est pas l’affaire d’un syndicat. Le syndicat c’est une classe ouvrière qui est là qui travaille, qui a un patronat qui offre du travail aux gens, régularise la situation des travailleurs, mais ne revendique pas le départ d’un gouvernement. Cela n’est nulle part. Vous pouvez consulter tous les documents du Bureau International du travail (BIT), du code de travail de la Guinée, vous ne verrez pas ça dedans. Le syndicat n’a pas cette prérogatives politiques. Nullement pas. La légitimité d’une assemblée nationale, ce n’est pas syndical. Les pouvoirs sont distincts en Guinée, il y a le l’exécutif, le législatif, le judiciaire, chacun à part. le législatif ne cite même pas le syndicat comme une force de pouvoir. Donc, c’est pourquoi, j’ai dit que la jeunesse mérite actuellement d’être informée sur le rôle essentiel du syndicat et sur les attributions du syndicat. Le rôle du syndicat est de veiller à la régularité de l’avancement des travailleurs, de la condition de vie des travailleurs, de la façon dont les travailleurs peuvent être mis à la retraite, du conflit qui oppose les travailleurs au Patronat, il arbitre pour ne pas que les travailleurs soient brimés dans leurs droits. Voilà essentiellement ce que le syndicat à faire. Vous nous disiez tantôt que monsieur Fofana a récupéré le mouvement syndical. Selon vous, comment l’a-t-il récupéré et pourquoi ? Je dis qu’il a récupéré le mouvement syndical par ce que nous, on était le 5 mai 1991, on était à la marge de toute centrale syndicale, on était les dissidents de la CNTG. Il y avait donc aucun organisme syndical. On a mis donc en place un comité de grève dont j’assumais la présidence et Louis Bamba Soumah la vice présidence. Un comité qui n’avait aucune forme. C’est par ce que la CNTG à l’époque, notre représentant, était plutôt du comité du pouvoir. Donc, ne permettait pas l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Monsieur Fofana qui était membre du bureau exécutif de la centrale CNTG a dit qu’il pouvait contacter le comité de grève. C’est ainsi qu’il est venu à Poly en compagnie du vieux Ibrahima Keïta, il nous a trouvé avec tout notre staff, le comité de grève et l’ensemble des enseignants. Il nous a dit, qu’il faut que nous acceptions de rencontrer le gouvernement. On lui a dit non, on ne rencontre pas le gouvernement. Mais il a pris des engagements. Nous avons dit, ceci « Jean Marie Doré est venu, on l’a chassé, Bâ Mamadou, Siradiou Diallo on les a tous chassés. Le syndicat n’a aucune action politique à mener. Celui qui veut nous mettre dans la politique, on ne le veut pas ici. » Il nous a dit qu’il n’est pas venu pour un parti politique, il est venu par ce qu’il est notre frère, que le comité de grève à raison de revendiquer l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Vous voyez que c’est une récupération psychologique qu’il a eu à faire. Maintenant, quand le comité de grève des enseignants à triomphé fixant le doublement des salaires des travailleurs à 100% et l’obtention su statut particulier de l’Education, monsieur Fofana a pris l’aile dure du comité de grève. L’aile dure de ce comité était composée de Louis Bemba Soumah, de Dr Ousmane Savané de Dr Sy Savané, Diallo Amadou. J’étais chargé de rédiger les statuts du comité de grève en tant que président du comité pour le mettre en syndicat. C’est ce syndicat qu’on a appelé syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG). Quand moi j’étais sur la rédaction des statuts, il a fait un congrès fantôme à l’école de Camayenne et a récupéré les membres du SLEGG pour faire sa centrale et l’appuyer. Ainsi il a mis en place l’USTG (l’Union syndicale des Travailleurs de Guinée). Il a voulu mesurer sa force de mobilisation en 1997. Sans nous, la fédération syndicale de l’Education, aucun mouvement de grève n’est possible en Guinée. Il a tenté de faire une grève, mais elle n’a pas eu lieu. Et comme dans le protocole d’accords de 1991, il y avait des choses que le gouvernement n’avait pas respectées, nous avons relancé la grève en 1998. Cette fois-ci, nous avons dit au SLEGG, venez avec nous au lieu d’aller en rangs dispersés. On a fait front commun et on a fait l’inter syndical CNTG. Ainsi, avec la grève de 1998, nous avons réussi à obtenir l’augmentation des salaires et à ouvrir le concours d’intégration des enseignants aux hiérarchies supérieures. Monsieur Fofana a vu qu’il serait très bon qu’il soit là. Et comme il était une centrale à la suite d’une partie de nous qui s’était affiliée à sa centrale (le SLECG), il a cherché maintenant à émerger en crème. Alors, comment est-ce que monsieur Fofana a-til réussi à créer les deux centrales CNTG et l’USTG ou à être membre du 1er et fondateur du 2ème ? Dès qu’il a senti qu’il y a une opportunité financière quelque part à l’extérieur et que le premier responsable de la CNTG qui était Dr Samba Kébé, a refusé l’offre, lui Fofana et feu Mamadou Mara de l’UGT, ont quitté volontairement la CNTG, l’un pour détournement des fonds de la CNTG, l’autre pour bénéficier des avantages de la CSLI que Samba Kébé en patriote avait refusés. Donc Dr Fofana a récupéré le SLECG qui venait de naître qu’il a fusionné avec le syndicat des Banques et assurances pour faire l’USTG. Cette création lui a ouvert l’opportunité d’être à tous les systèmes du Bureau international de travail qui siège à Genève qui invite toutes les centrales. Lors de ces sessions, ça lui a permis d’affilier sa centrale à la CSLI, pour bénéficier des avantages. Je vous dit que cela est mondialement connu. Autrement dit, que la CSLI est constituée exclusivement de lobbies pour déstabiliser les pays du tiers monde. Comment ? C’est une centrale qui est soutenue par les lobbies, les multinationaux à l’extérieur. Dès l’instant qu’on voit qu’une centrale syndicale soutient l’action d’un gouvernement, alors que les lobbies n’ont pas la main mise sur les matières premières de ces pays, cette Centrale pousse ses affiliés syndicaux à créer des troubles dans le pays. Et quand les troubles sont crées dans le pays, c’est à leur profit, eux les multinationaux. Vous avez vu le cas du Nigeria par exemple, le problème du Delta avec Total et Shell. ces multinationaux ce ne sont pas les contributions des travailleurs qui les alimentent, ce sont les fonds des lobbies. Pourquoi, selon vous, Dr Fofana a renoncé à son engagement pris le 5 mai 1991 devant le comité de grève des enseignants ? C’est maintenant que nous avons compris ce revirement. Nous avons su qu’il est plutôt politique et après, nous avons découvert que certains membres du SLECG étaient membres du Comité central de l’UNR de M. Bâ Mamadou et l’autre groupe était du RPG. C’est après que nous avions compris qu’ils appartenaient à ses organismes politiques. Car, ils ont compris qu’il faut utiliser les syndicats pour assouvir leur soif politique. Or, cela est contraire à toutes les normes syndicalistes. L’exemple en est que, quand il y a coup d’Etat dans un pays, c’est l’Assemblée Nationale qu’on dissout non les syndicats. Pour quoi ? Par- ce que le syndicat est jugé apolitique, il a pour vocation essentielle de défendre l’intérêt des travailleurs. C’est pour quoi, le 3 Avril, on a dissout tous les organismes de parti, mais on n’a pas touché à la CNTG par ce que la CNTG n’a pas une vocation politique. Donc, lors d’une réunion en 1998, rappelez-vous que Alpha Condé a dit que Dr Fofana était son leader syndical parce qu’il venait d’adhérer à son parti politique. Ça c’est dans un premier temps. Et Bâ Mamadou a dit qu’il faut demander à Louis Bemba Soumah, si ce n’est pas dans mon bureau qu’on a signé les statuts du SLECG. Mais, c’est faux, parce que c’est moi qui ai rédigé les statuts du SLECG en 1998. Le SLECG n’est pas né dans un salon d’un parti politique. Il est né à l’Institut polytechnique de Gamal Abdel Nasser de Conakry et dans la salle de l’ancienne Faculté Hadja Mafory Bangoura. C’est là-bas que la commission de rédaction a été présidée par moi Alhassane Bissiri Kaba, Koré Bah, Batoumoulaye Camara, Madame Niépou Kourouma etc. ça c’est dans un premier temps. L’une des raisons du départ de Fofana de la CNTG, c’est pour bénéficier du sponsor de la CSLI que Samba Kébé, Elhadj Abdoulaye Soumah, Mamadou Bah paix à son âme, en patriotes, ont rejeté. Parce que nous, nous savons le comportement nocif de cette centrale. Donc, nous sommes restés rattachés à l’ancienne centrale qui a parrainé depuis la période post-coloniale. C’est la fédération mondiale des syndicats qui a son siège à Genève. C’est elle qui aide les pays en voie de développement de s’organiser pour développer leur pays. Cela, nous l’avons compris comme je viens de le dire, lorsqu’en 1998, ces leaders politiques se sont adjugés la paternité de sa centrale et de son affilié du SLECG. Nous avons dit donc, ce n’est pas pour rien que ce monsieur est venu vers nous. Propos recueillis par Mamadou Siré Diallo Source : Journal Le Démocrate, Conakry, partenaire de guineeactu.com
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