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Les autorités guinéennes ont convié jeudi dernier, l’ensemble du corps diplomatique accrédité dans notre pays, et les médias, à assister à l’incinération d’une quantité de drogue dure, sensée se trouver dans un camion transportant des ailerons de requins, en provenance de Boké. Cette fouille qui a été opérée devant les locaux de l’Etat major de la Gendarmerie nationale n’a finalement rien donné. Des membres du gouvernement fortement mobilisés, un camion DAF immatriculé au Ghana, débarquant sa cargaison, entouré de bérets rouges et de gendarmes visiblement nerveux. Le tout sous l’œil attentif de l’ensemble du corps diplomatique accrédité en Guinée et des journalistes. Tel est le spectacle auquel nous avons eu droit dans l’après midi du vendredi dernier, devant les locaux de l’Etat major de la Gendarmerie nationale. Cette scène insolite a été précédée d’un échange houleux entre un groupe de bérets rouges et des policiers autour de ce fameux camion que ceux-ci ont immobilisé devant le commissariat de Ratoma. Des policiers excités, qui avaient eu vent comme quoi un véhicule en provenance de Lambagny, avait à son bord une cargaison de cocaïne, qu’il devait convoyer vers le Ghana. Le pire a été finalement évité, suite à cette altercation entre les agents de la police de Ratoma et les bérets rouges qui avaient été coptés pour escorter la ‘’ marchandise ’’. Pendant ce temps, une folle rumeur avait envahi la cité, selon laquelle la saisie d’un camion bourré de drogue dans le quartier de Ratoma, avait donné lieu à des affrontements entre bérets rouges et policiers. Certains avaient même parlé de carnage. Ce qui au bout du compte était archi faux. C’est donc ce camion qui était devant tout ce beau monde, avec des douaniers commis à la fouille, afin de retrouver le moindre gramme de cocaïne enfoui dans des sacs ne contenant en réalité que des ailerons de requins. Une fouille menée de façon laborieuse, sans le concours de chiens renifleurs, spécialisés pour ce genre d’exercice. D’ailleurs la Guinée n’en a même pas, alors qu’elle prétend lutter contre le narcotrafic. Le convoyeur, de nationalité ghanéenne a laissé entendre devant le ministre de la Sécurité et de la protection civile, Mohamed Damba et son homologue de la Défense nationale, Almamy Kabèlè Camara, qu’il ne transportait pas de drogue. Et que si tel était le cas, il aurait déjà pris la clé des champs, ce, depuis Ratoma. Les fouilles ne donneront finalement rien. Les autorités guinéennes se sont contentées de dire à la presse que cette opération s’inscrivait dans le cadre de la lutte que le gouvernement compte mener contre les trafiquants de drogue. Certains observateurs parlent d’une fausse alerte ou d’une mise en scène, qui s’apparenterait à un signal fort envoyé par le gouvernement à l’endroit des partenaires au développement. Une façon de démontrer la bonne foi de Conakry dans la guerre contre les narcotrafiquants, surtout que notre pays est cité parmi les Etats qui servent de points de transit pour les Colombiens, Vénézuéliens et autres Mexicains à destination des Etats-Unis et de l’Europe. Certains observateurs font une autre lecture de ce spectacle insolite. Pour eux, soit les convoyeurs du camion suspect ont réussi à semer leurs poursuivants, ayant su dès au départ qu’ils étaient filés. Ce qui aurait mis ceux-ci finalement sur une fausse piste. Soit la marchandise a été extraite du camion avant d’arriver à l’état major de la gendarmerie nationale. Toujours est-il qu’il n’y a pas de fumée sans feu, comme le dit l’adage. Selon eux, les autorités guinéennes ont voulu marquer un grand coup médiatique à travers cette opération, qui consistait à montrer à la face du monde leur volonté à lutter contre la circulation et le trafic de drogue dans le pays. Le gouvernement Souaré ayant en effet besoin de redorer son blason, l’image de la Guinée ayant été écornée par les différentes saisies d’importantes quantités de drogue opérées sur des Sud-américains et autres Nigérians, ces dernières années, aussi bien à Conakry que le long de nos frontières avec le Mali. Que ce soit une fausse alerte ou une tentative de diversion, cette opération de fouille a mis à nu, l’amateurisme qui caractérise la gestion des affaires de l’Etat guinéen. « La vérité peut se promener nue, mais les mensonges doivent être habillés », d’après un dicton juif. A propos du vol suspect Dans la nuit du mercredi au jeudi dernier, un petit avion de type Cessna a atterri à Boké. Ce vol suspect aurait débarqué sa cargaison, qui aurait ensuite été portée à bord d’un camion. Pris en chasse par des agents des forces de sécurité, ce véhicule se serait dirigé vers Conakry. C’est sur la base de ces informations que ce fameux camion a été intercepté la semaine dernière. Des interpellations ont été opérées aussi dans les rangs des autorités administratives et militaires de la ville de Boké. Il s’agit du gouverneur, Siafa Beavogui, du maire, El hadj Ibrahima Barry et du Lieutenant Colonel Naroumba Kanté, commandant du bataillon autonome de Boké. Ces cadres sont en audition devant une Commission d’enquête qui a été constituée pour faire la lumière sur cette affaire. Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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