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La Guinée demeure un Etat miné par la corruption. Et les différentes tentatives de freiner cette pratique se sont toujours avérées infructueuses. La promotion de la Bonne gouvernance gage d’un Etat de droit fut l’une des priorités du gouvernement Lansana Kouyaté. Pour relever ce défi, un ministère du Contrôle Economique avait été créé avec à sa tête M. Saïdou Diallo, un cadre réputé imperméable aux dessous de table et autre bakchichs. Les travaux d’audit engagés par ses soins, au niveau des différents ministères, ont permis de mettre à nu un réseau de grilleurs d’arachides qui s’en sont mis plein les poches. Dans la foulée, les résultats des audits qui ont été publiés au compte-gouttes ont révélé un trou de plus de 200 milliards de francs guinéens dans nos finances. Ce rapport dont la publication d’un extrait dans l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique avait donné des sueurs froides à certains proches du président de la République, aurait semble-t-il contribué à la chute de Lansana Kouyaté. C’est dire que ces résultats seront sans effet. D’ailleurs à ce jour, aucune poursuite n’a été engagée contre les personnes épinglées par les auditeurs, après ce grand déballage. Et dire que ces 200 milliards de FG ne sont en fait que la partie visible de l’iceberg. Face à cette culture de l’impunité, nombreux sont les observateurs qui émettent des réserves sur la capacité du nouveau Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré à promouvoir efficacement la bonne gouvernance. Va-t-il s’attaquer à la corruption, un mal dont souffre terriblement notre administration ? Telle est la question que se posent ces observateurs, qui demeurent sceptiques sur l’avenir de notre pays qui, à leurs yeux, n’a fait qu’un retour à la case départ, suite à ce remue-ménage intervenu au sein du gouvernement. Ils vont jusqu’à insinuer que Souaré ne pourrait entreprendre une action dans le cadre de la lutte contre la corruption sans l’aval du chef de l’Etat. De peur de heurter la sensibilité de certains cadres de l’entourage présidentiel qui se sentiraient visés par une telle mesure. Quoiqu’il en soit la Guinée ne peut amorcer un décollage en matière de développement économique sans faire prévaloir une certaine orthodoxie dans la gestion de ses ressources. Une telle démarche comporte toutefois des risques quand on sait que ceux qui traînent des casseroles useront de tous les moyens pour freiner la machine. Conscient de l’ampleur de sa tâche, le Dr Souaré avait fait mention dans son discours programme, qui a précédé la nomination des membres du gouvernement le 19 juin dernier, de la nécessité d’instaurer « une bonne gouvernance économique par la conduite à son terme de notre Programme formel, conditionné par la stabilisation de cadre macroéconomique, la maîtrise de l’inflation avec au final l’amélioration du pouvoir d’achat, la lutte contre la corruption, la création d’un climat favorable aux investissements dans les secteurs de l’eau, de l’électricité, de la santé, de l’éducation, des routes. Tout en accordant entre autres, une attention exceptionnelle au développement de l’agriculture, principale source de bien-être pour les vaillantes populations paysannes de Guinée ». En Côté d’Ivoire, Laurent Gbagbo vient d’engager la lutte contre ceux qui confondent l’argent du contribuable avec des biens privés. Pour avoir englouti 600 milliards de FCFA, issus de la filière café cacao, une vingtaine de cadre croupissent en ce moment en prison. Des proches du président ivoirien figurent dans le lot. Même si les détracteurs de Gbagbo parlent d’une opération de campagne en prélude aux prochaines élections présidentielles qui pointent à l’horizon, cette interpellation de ces fossoyeurs de l’économie ivoirienne est à saluer. Plus loin de nous, au Cameroun, Paul Biya qui veut coûte que coûte s’accrocher au pouvoir, malgré la grande hostilité de ces compatriotes, a aussi intenté des poursuites contre de hautes personnalités de l’Etat camerounais, soupçonnées d’avoir puisé dans les caisses. Le Cameroun et la Guinée sont les deux pays qui figurent en tête de liste des pays les plus corrompus du continent. Cela devrait donc inspirer nos dirigeants… Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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