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Le leader du PLUS (le Parti de la Liberté pour l’Unité et la Solidarité), le Dr Ousmane Kaba, qui a marqué le baptême du feu de son parti, le jeudi 25 mars dernier, s’est montré peu loquace sur les raisons de son départ de l’UFR de Sydia Touré. Cet ancien ministre de l’Economie et des Finances du régime Conté et actuel premier vice-président du Comité d’Audit créé par le CNDD, a démissionné il y a moins de trois semaines de l’Union des Forces Républicaines.
Devant un parterre de journalistes réunis dans une salle de conférence de son université Koffi Annan, sise à Nongo, dans la Commune de Ratoma, le Dr Ousmane Kaba a d’abord cru bon de magnifier ses rapports avec l’ancien Premier ministre Sydia Touré. «Je dois dire que j’ai partagé la même vision de société que le Premier ministre, Sidya Touré, qui m’a appelé dans son gouvernement, en qualité de ministre des Finances et du Plan, puis de ministre du Plan et de la Coopération internationale. Je ne renie pas du tout cet idéal. D’ailleurs, je dois dire encore que j’ai de très bonnes relations avec Sidya Touré. Nous gardons les meilleurs rapports de confiance et d’amitié. C’est un homme extrêmement décent qui mérite le respect. En tant que son ancien collaborateur, j’ai du respect pour lui.»
Leur vision de société partagée souffre cependant de quelques ‘’divergences» sur certains dossiers d’actualité. «Il n’y a pas de difficultés extraordinaires entre l’UFR et moi, mais il s’est trouvé simplement que nous avons eu quelques différences d’appréciation sur l’importance qu’il faille accorder à la lutte contre la corruption, la gabegie financière et les audits.» A-t-il curieusement dit. Et de poursuivre en notant «Qu’à cela ne tienne, j’ai jugé qu’il est important pour ce pays qu’une fois je me prononce sur ces grandes questions. Parce que je suis arrivé à la conclusion et je ne suis pas le seul, tout le monde sait que l’un des plus grands problèmes de notre pays est la corruption. Si on ne fait pas face à ce fléau, la Guinée ne pourra pas amorcer un décollage économique.»
Pour peu que l’on pousse l’analyse sur le précédent paragraphe, des questions s’imposent sur ce que le Dr Kaba pourrait avoir sous entendu au sujet des ‘’quelques divergences d’appréciation» sur l’importance de la lutte contre la corruption en Guinée. L’on ne connaît certes pas en quoi consiste ces ‘’divergences», mais cela recouvre quelque chose de grave quelque soit l’angle d’analyse pris.
A priori, Sydia Touré a toujours exprimé sa détermination, une fois élu président, de s’attaquer à l’hydre de la corruption qui handicape tant le développement de la Guinée. Le président de l’UFR a laissé une bonne impression à la plupart de ses compatriotes lors de son passage à la Primature de 1996 à 1999. Aux dires des économistes, l’économie guinéenne ne s’est jamais autant bien portée que durant ces années.
D’où le caractère curieux des propos de Ousmane Kaba, qui relève des ‘’divergences d’appréciation» entre lui et l’UFR, dont le président Sydia Touré réputé être un bon gestionnaire défend les idéaux, notamment en ce qui concerne les questions économiques. Alors, l’ancien Premier ministre aurait-il relégué au second plan les questions de la corruption, de la gabegie financière et des audits ?
En tout cas, «J’ai jugé qu’il est important pour ce pays qu’une fois je me prononce sur ces grandes questions», martèle le Dr Ousmane Kaba. Alors, il faut se demander si le désormais leader de PLUS s’est heurté à une opposition farouche des instances de l’UFR, notamment à celle de Sydia Touré de le laisser s’exprimer librement sur ces questions sous la bannière de l’Union des Forces Républicaines? Troublante question quand on sait que le Dr Ousmane Kaba est le premier vice-président du Comité d’audits et de surveillance des secteurs stratégiques de l’économie guinéenne créé par l’actuelle junte au pouvoir en Guinée.
A ce poste, il a géré de nombreux dossiers dont certains remontent à plus d’une décennie. Touchant les années que lui et Sidya Touré ont passées au Gouvernement, ainsi que celles durant lesquelles d’autres personnalités de l’échiquier politique actuel ont servi dans d’autres Gouvernements. Dr Ousmane Kaba doit donc en savoir assez sur la gestion d’une importante palette de leaders politiques. Est-ce que ces ‘’divergences d’appréciation» qui ne se sont manifestées que maintenant portent sur le refus du l’UFR de laisser le Dr Kaba s’en servir pour exposer ces leaders politiques ?
Une chose est sure, le président du PLUS devraient être explicite sur cette partie des raisons qui ont entraîné son départ de l’UFR. Pour sûr, la connaissance des dossiers litigieux traités par le Comité d’audit pourrait faire de Ousmane Kaba la bête noire de bien des hommes politiques actuels. Il est vrai que beaucoup d’observateurs pensent que le fondateur de l’Université Koffi Annan ne peut pas prétendre être blanc comme neige. Sa nomination au poste de vice-président du Comité avait fait dire à certains qu’il aurait du mal à l’époque à passer au peigne fin la gestion de son ancien patron Sydia Touré, dont il était très proche à bien des égards. Alors, le président du PLUS va-t-il seulement tenter de disqualifier certains candidats aux élections présidentielles en ébruitant le fond des dossiers nauséeux qu’ils pourraient avoir ? Attendons de voir. D’autant que le gouvernement de l’actuel Premier ministre Jean Marie Doré a, suite à son Conseil des ministres du 25 mars dernier, annoncé la continuation du travail d’audit par le ministère du Contrôle d’Etat sous la coupole duquel est désormais placé le Comité d’audit.
T.B L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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