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Nul n’est sans savoir que la corruption est devenue ces dernières années un phénomène qui entrave littéralement le développement socio-économique de la Guinée. Dans les discours, les autorités donnent souvent l’impression qu’elles sont résolument engagées à combattre ce que beaucoup considèrent comme l’un des fléaux des temps modernes. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Le rapport que vient de publier Transparency International sur la corruption en fait foi. Le 25 septembre dernier, l’organisation internationale de lutte contre la corruption, Transaprency International, a publié son rapport annuel. Dans ledit rapport qui concerne 180 pays, la Guinée occupe le 173e rang avec le Tchad et le Soudan. Parmi les pays qui ont fait moins que le nôtre dans la lutte contre la corruption et ses corollaires, il y a l’Afghanistan, le Haïti, l’Irak, la Birmanie et la Somalie, des pays qui sont plus ou moins dans une situation de guerre. En 2006, l’on s’en souvient, avec beaucoup d’amertume, la Guinée a été désignée comme la ‘’championne ‘’ d’Afrique en matière de corruption et le quatrième pays corrompu au monde. Une ‘’performance’’ dont le vaillant peuple du 28 septembre aurait pu se passer allègrement si ses gouvernements successifs avaient sincèrement fait de la lutte contre la corruption une de leurs priorités. Pour certains observateurs, la persistance de la corruption est intimement liée à la faiblesse du revenu des travailleurs. Depuis quelques années, les travailleurs des secteurs public et privé ont assisté, totalement impuissants, à la chute vertigineuse de leur pouvoir d’achat. D’un côté, il y a les dépenses liées à la vie familiale et sociale qui, tous les jours, augmentent de façon exponentielle. De l’autre, il y a les revenus des travailleurs qui sont notoirement insuffisants pour pouvoir couvrir entièrement lesdites dépenses. Face à ce qui s’apparente bien à un casse-tête d’ordre financier, nombreux sont ceux qui ne s’encombrent pas de scrupules pour emprunter facilement les sombres couloirs de la corruption. Le long des principaux axes routiers et au niveau des ronds-points et carrefours de la capitale, la plupart des agents de la circulation se livrent quotidiennement, au vu et au su de tout le monde, au racket des chauffeurs de taxis ou de minibus communément appelés « magbanas ». Dans certains établissements publics et privés, les notes se vendent comme des légumes au marché. A l’approche des examens nationaux (Examen d’entrée en 7e année, Baccalauréat unique, Brevet d’études du premier cycle, Examen de sortie des écoles nationales techniques et professionnelles), les Directions communales de l’éducation (DCE) et les Directions préfectorales de l’éducation (DPE) deviennent de véritables centres de négoce où parents d’élèves, fondateurs, directeurs et responsables de l’éducation, acceptent de fumer ensemble le calumet de la corruption. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, on pousse l’irresponsabilité et l’inconscience jusqu’à compromettre irrémédiablement l’éducation et l’instruction de la jeunesse qui constitue pourtant l’avenir du pays. Quid des dispensaires, des centres de santé et autres CHU (centres hospitalo-universitaires) où nos frères et sœurs en blouse blanche ont curieusement appris ces derniers temps à fouler au pied le sacro-saint serment d’Hippocrate. Les salles d’hospitalisation deviennent de plus en plus de véritables mouroirs pour tous les patients qui ne sont pas prompts à mettre la main à la poche pour donner le sourire aux médecins et aux infirmiers. Dans d’autres services de l’administration publique également, l’on constate, avec beaucoup de regret, que la corruption se porte comme un charme. L’attribution des marchés publics et l’implantation des sociétés sont entre autres des occasions que certains cadres indélicats mettent à profit pour réclamer indûment des commissions et des pots-de-vin. Au regard de ce qui précède donc, l’on ne peut nullement être surpris de retrouver la Guinée dans la cour ou le cercle peu enviable des pays les plus corrompus de la planète. Les beaux discours ne suffisent plus. Il faut désormais poser des actes concrets dans le cadre de la lutte contre la corruption pour redorer dans une certaine mesure, le blason de ce pays qui vient de célébrer son cinquantenaire. Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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