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Les propos du Secrétaire d’Etat chargé des services spéciaux, de la lutte antidrogue et du grand banditisme, appelant les populations à brûler vifs les criminels pris en flagrant délit, ont choqué les défenseurs des droits humains qui craignent que cela ne mène à des dérives dans la cité.
Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) n’arrive pas à relever le défi qu’il s’est fixé dans la lutte contre le grand banditisme. Face à cette impuissance, la parade trouvée par la junte est de demander aux populations de se faire justice elles mêmes. C’est en tout cas ce que le capitaine Moussa Tiegboro Camara, Secrétaire d’Etat chargé des services spéciaux, de la lutte antidrogue et du grand banditisme, a laissé entendre lors d’une réunion tenue la semaine dernière au gouvernorat de Conakry. Moussa Tiegboro Camara a exhorté les populations à mettre en place des brigades d’autodéfense au niveau des quartiers de la capitale. Rappelant que la première République avait recours à cette stratégie pour barrer le chemin à la montée de la criminalité dans le pays. Tiegboro a aussi demandé à ce que tout chef de quartier qui ne se montrerait pas à la hauteur de sa tâche dans cette opération de lutte contre le grand banditisme subisse la colère des populations. A travers la démolition de son domicile. L’infortuné pourrait même se voir banni de la cité, selon les mots du Secrétaire d’état chargé des services spéciaux, de la lutte contre le narcotrafic et le grand banditisme. Il n’a pas manqué également d’encourager le recours au supplice du collier comme châtiment contre les assassins et autres malfrats. Une pratique très récurrente en haute Guinée et en Guinée forestière. Il y a environ deux semaines, deux anciens caporaux radiés de l’armée, avaient été brûlés vifs à Gueckedou par une foule en colère. Les victimes étaient des récidivistes condamnés pour meurtre et vols à main armée qui avaient réussi à s’évader de la prison civile de Gueckedou. Avant de se faire capturer alors qu’ils tentaient de tuer un sous-préfet d’une localité avoisinante, pour lui voler sa moto. A Kouroussa, des coupeurs de route avaient subi le même sort l’année dernière. Les populations ne donneront pas le temps à la justice de se prononcer sur leur cas. A Lola, en Guinée forestière aussi, les lynchages sont fréquents. Et les victimes finissent dans la majeure partie des cas par être arrosées d’essence et brûlées vives.
Le discours musclé de Tiégboro a provoqué l’ire des défenseurs des droits de l’homme. C’est ainsi que le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) Thierno Madjou Sow a vivement réagi sur une radio étrangère, au lendemain de la rencontre du gouvernorat, en disant qu’il appartenait à la justice de trancher dans les affaires de crime et délit répréhensibles. Et que tuer les personnes qui tuent, tel que le recommande la junte est une violation des lois de la République. Certains observateurs pensent que la répression sauvage ne suffira pas à elle seule à dissuader les grands criminels. Et qu’il faudra surtout entreprendre de profondes réformes au sein de l’armée car tous les casses enregistrés ces derniers temps ont été le fait d’hommes en uniforme. Qui mènent des opérations à bord de véhicules non immatriculés. Sachant que dans notre pays le gros du parc automobile des forces armées est dépourvu de plaques minéralogiques, il y a de quoi accuser les militaires d’être les vrais responsables de l’insécurité. Occulter la question ne ferait que laisser perdurer le mal, soutiennent ces observateurs. Pourquoi n’interdirait-on pas par exemple le port d’armes aux militaires en dehors des casernes ?
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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