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Jusque-là, le Premier ministre résiste aux annonces répétées de son limogeage. Le général Lansana Conté serait-il satisfait de lui ? Pour autant, rien ne laisse dire qu’Ahmed Tidiane Souaré passera des années à la Primature. C’est dire qu’il lui sera difficile voire impossible de battre le record de l’ancien Premier ministre Lamine Sidimé. Voilà que la prédiction des oracles politiques tarde à se réaliser encore. L’actuel Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré était donné partant avant le début de la célébration du Cinquantenaire dont la tempête a plutôt emporté, entre autres, son ministre de l’Economie et des Finances Ousmane Doré. Déjà, à quelques semaines de la fête du 02 octobre 2008, une rumeur puissante faisant état de son remplacement par l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Ibrahima Kassory Fofana a secoué le pays tout en entier. C’est un signe avant-coureur d’un limogeage imminent, ont conclu certains observateurs. Pire, ce 02 octobre même, pendant que le Premier ministre était aux petits soins pour les sept chefs d’Etat présents à la cérémonie de lancement des festivités du Cinquantenaire, la capitale guinéenne croule encore sous le poids d’une rumeur. « Il paraît que le décret limogeant Souaré sera lu ce soir au journal télévisé de 20 h 30 », entend-on à travers Conakry. Rien n’en a été. Ce qui n’est pas pour décourager les porteurs et colporteurs de cette rumeur. Même lorsqu’Ousmane Doré, Mohamed Damba de la Sécurité et Siafa Béavogui gouverneur de Boké étaient sur le point d’être éjectés de leurs postes, on annonça également la chute d’Ahmed Tidiane Souaré. Et après, on prétend que le limogeage du Premier ministre n’est plus qu’une question d’heures étant donné que qu’il n’est pas blanc comme neige dans le fiasco du Cinquantenaire notamment dans la gestion jugée scandaleuse des fonds décaissés pour cette fête. Mais voilà que jusqu’au moment où nous mettions sous presse, Ahmed Tidiane Souaré continuait à officier à la Primature guinéenne. Rentré fraîchement du Canada où il a participé au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation internationale de la Francophonie, le chef du gouvernement tente de donner le change qu’il garde sa sérénité. Et certains diront que le jeu en vaut bien la chandelle pour un homme qui a résisté à tant d’annonces de limogeage. Alors, faudrait-il se poser la question de savoir si le renvoi de l’actuel Premier ministre figure actuellement sur la table du chef de l’Etat. Du moins, tel que ce limogeage est annoncé être imminent. Au regard de nombreux faits et paramètres actuels et passés, des réserves sont à observer sur cette question. En effet, plusieurs faits ayant déjà plaidé pour ses prédécesseurs, pourraient prolonger le séjour de Souaré à la Primature. Il faut dire que l’actuel Premier ministre a beau être présenté par une frange de l’opinion comme un prédateur économique, le chef de l’Etat guinéen ne semble guère en faire un élément déterminant. D’autant que le général Lansana Conté a eu tout le loisir de connaître de la gestion antérieure de Souaré avant de le nommer à ce poste. C’est dire que les malversations financières dont le locataire de la Primature est accusé par rapport au budget du Cinquantenaire ne pourraient décider le président de la République de le limoger. Souaré multiplie les signes de soumission pour rassurer le général Lansana Conté. Ainsi, on le voit régulièrement sur les pas de la Première Dame Mme Henriette Conté à laquelle il s’accroche comme à une bouée de sauvetage. Pas même l’incapacité manifeste du Premier ministre à faire face aux problèmes du pays ne pourrait persuader le chef de l’Etat. D’autant qu’Ahmed Tidiane Souare ne parvient pas à donner des résultats probants en matière de gestion des préoccupations majeures des populations : eau, électricité, denrées de première nécessité, etc. Un retour en arrière pour se rappeler l’ère Lamine Sidimé dont la Primature a été des plus négatives sinon la plus négative durant tout le règne de Lansana Conté. Les spécialistes de la chose économique et financière situent les origines de la crise actuelle à son temps. Pour autant, l’actuel Président de la Cour Suprême a battu le corps de longévité au poste de Premier ministre, soit cinq bonnes années (1999-2004). Le secret de Sidimé ? En effet, il est connu pour être le Premier ministre le plus soumis voire le plus obséquieux vis-à-vis du chef de l’Etat. C’est l’homme qui n’a jamais porté la plus petite contradiction au général Lansana Conté et qui a su jouer son jeu pour rester le plus longtemps possible. Ahmed Tdiane Souaré va-t-il s’en inspirer ? Ce n’est pas à exclure. Car, tout porte à croire que le Premier ministre satisfait bien le président de la République. Il est loin d’être un François Loncény Fall ou un Lansana Kouyaté qui tentent parfois de tirer sur la corde avec le vieux général. Qui applique à la gestion du gouvernement les recettes de la gestion d’un camp militaire où l’obéissance au chef hiérarchique semble être la vertu première. Certains diront que cette démarche de Souaré tient à la logique pour laquelle il a été nommé. Face à son prédécesseur Lansana Kouyaté qui a été imposé par la rue, Ahmed Tidiane Souaré sait bien que son sort dépend entièrement du regard que le chef de l’Etat porte sur lui. Vu la tournure des événements, le Premier ministre semble tirer les marrons du feu. Le limogeage de Doré pourrait en être une preuve même si on ne saurait d’emblée le mettre au seul compte de Souaré. Car nul doute qu'Ousmane Dore avait réussi à s’inscrire dans les bonnes grâces du chef de l’Etat. Cependant, l’actuel Premier ministre a beau jouer d’astuces et de manœuvres, il ne saurait battre le record de Sidimé encore s’y rapprocher. En réalité, le contexte a littéralement changé. Il faut dire que 1999 diffère de 2008. Sous une bonne partie de l’ère Sidimé, le général Lansana Conté était en possession de toutes ses aptitudes physiques. On pourrait même dire qu’il jouissait d’une bonne santé. Il gardait de ce fait une haute main sur les affaires de l’Etat. Cette disponibilité entière le mettait nettement à l’abri de l’influence nocive de son entourage. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même. Le président de la République est malade depuis plus de six ans ce qui l’éloigne davantage de la gestion courante des dossiers importants de l’Etat. Mieux ou pire, il est fortement influencé par les clans qui gravitent autour de la Présidence. Lesquels clans ont souvent été à l’origine de plusieurs actes controversés qui ont contribué à saper l’autorité du chef de l’Etat. Si certains estiment que ces intérêts antagonistes pourraient être à l’ origine de la longévité de Souare, d’autres pensent le contraire. Estimant que c’est cet antagonisme exacerbé qui pourrait sceller le sort déjà critique du Premier ministre. Un autre enjeu très peu favorable à un long séjour d’Ahmed Tidiane Souare à la Primature. La course effrénée à la succession du général Lansana Conté. Sauf surprise de dernière minute, l’actuel chef de l’Etat ne devrait pas se présenter à la Présidentielle de 2010. Ce qui fait du poste de Premier ministre une marche importante de l’escalier qui mène vers la Présidence. Et dire que trop de poids lourds du régime sont en embuscade. De ce qui précède, il apparaît qu’on ne pourrait dire avec certitude combien de temps Souaré passera à la Primature. Une fois de plus, rein ne compte mieux que la volonté du chef de l’Etat qui a pourtant le malin plaisir de garder ses collaborateurs les plus décriés. Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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