dimanche 26 avril 2009
Ligue guinéenne des Droits de l’Homme – Fédération France au Président de l’OIF, M. Abdou Diouf

Monsieur,

Depuis le 23 décembre 2008, de jeunes militaires des forces armées nationales ont pris le pouvoir en Guinée. Leur intervention fait suite au décès du Président Lansana Conté qui est resté à la tête de ce pays pendant 24 ans (3 avril 1984 – 22 décembre 2008).

 

Son héritage est une catastrophe économique, humaine et culturelle. Aujourd’hui, les Guinéens et la Communauté internationale découvrent la profondeur du mal. L’on s’aperçoit que l’Etat était gangrené par les narcotrafiquants; que la haute Administration était, à majorité, des prédateurs de deniers publics. C’est la composition de ces éléments qui a favorisé la paupérisation de la Guinée, en dépit de son immense richesse du sol et du sous-sol. Les populations mouraient de maladie la plus bénigne. Tous les indicateurs de développement d’un pays affichaient le néant.

 

La vie politique était affectée par la tricherie et la mascarade à chacune des échéances électorales (le document ci-joint traduit la méthode). Toutes les institutions républicaines battaient de l’aile parce qu’elles étaient devenues, pour la plupart, illégitimes. Par exemple, le mandat de l’Assemblée Nationale était expiré depuis plus d’une année, sans que cela ne pose un problème de conscience à l’Etat, et aussi à la Communauté internationale. La Constitution avait été tripatouillée sans qu’aucun démocrate ne dédaigne élever la voix.

 

Lansana Conté était ainsi intronisé, de facto, Président à vie, sous le règne duquel, l’inflation réduisait chaque Guinéen en proie à la misère.

 

Dans l’entourage de ce Président, s’étaient érigés des groupes qui se livraient à une guerre clanique sans merci, oubliant l’intérêt supérieur de la Nation guinéenne. Ils aiguisaient la tension ethnique afin de s’accaparer du pouvoir, tôt ou tard. Alors, chaque groupuscule amassait son trésor de guerre au détriment des Guinéens.

 

Face à cette situation, les populations s’étaient révoltées sur toute l’étendue du territoire national lors d’une grève généralisée en janvier et février 2007. La réponse forte de l’Etat fut la tuerie barbare de plus de deux cents personnes (chiffre officiel). Toutes, des manifestants pacifistes aux mains nues. Les assassins seraient venus de la Guinée Bissau pour épauler une partie de l’armée nationale obéissant aux ordres de la haute hiérarchie de l’armée.

 

La Guinée était sujette à des sauts d’humeur de groupes militaires, montés de toute pièce, par la hiérarchie des forces armées. L’insécurité s’installa. Dans les quartiers de la capitale, Conakry, à l’intérieur du pays, le banditisme prospéra. Tous les jours, l’on enregistrait, ici et là, des abominables crimes, des assassinats d’une cruauté rare. Le pays allait mal.

 

Au plan économique, les activités n’étaient qu’artificielles, car soutenue par la mafiaguinée qui se reposait sur les narcotrafiquants et les fabricants de planches à billets, essaimés dans la sphère des opérateurs économiques. Chaque ministre transforma, en ferme très lucrative, son domaine d’intervention. Des marchés de gré à gré étaient la clef de la captation des richesses nationales par les membres du gouvernement. Il n’y avait plus d’Etat.

 

Sur le plan social, l’ethnicisme avait pris de l’envol à travers les partis politiques à constituante ethnique. Le tissu social était dangereusement exposé à la guerre civile. Tous les ingrédients étaient prêts. Les Guinéens se regardaient désormais en chien de faïence.

 

C’est dans ce climat de haute tension sociale explosive que la mort de Lansana Conté est intervenue, le 22 décembre 2008.

 

Des jeunes militaires, patriotes, qui avaient observé tous ces dérapages, n’ont pas marqué le temps pour s’accaparer du pouvoir, dès l’annonce du décès du Président Lansana Conté. S’ils ne le faisaient pas, la Guinée aurait sombré dans la guerre tribale et civile. C’était le scénario le plus attendu des Guinéens avertis et aimant leur pays.

 

A présent, des signes prometteurs donnent de l’espoir aux populations guinéennes. Le processus de la rupture avec les pratiques du système Lansana Conté, qui trouve son enracinement dans celui de Sékou Touré, est mis en route. Il produit actuellement des effets positifs et est entrain de débarrasser la Guinée d’un mal qui dure depuis cinquante ans de mal gouvernance. S’il aboutit, la démocratie peut embrasser la Guinée. S’il échoue, la sous région ouest africaine risque d’en prendra un sérieux coup.

 

Certes, la civilisation démocratique récuse tout pouvoir militaire. Mais il y a parfois des exceptions. Le cas guinéen peut en être une, au regard de sa douloureuse et triste histoire. En cela, la Communauté internationale doit écouter l’appel à l’aide des Guinéens, sans que cela ne contredise ses principes.

 

Aujourd’hui la Guinée a besoin du soutien de la Communauté internationale dans sa lutte contre les narcotrafiquants, groupes aux multiples ramifications également internationales. Les jeunes militaires ne pourront réussir cette réelle guerre, s’ils n’ont pas l’appui des institutions internationales.

 

Le soutien des démocrates est également impérieux en cette phase de l’histoire guinéenne. Il permettra à la Guinée et ses populations de restaurer l’autorité de l’Etat, en mettant en place des structures capables de générer une vie démocratique saine.

 

Pour faire entrer la culture démocratique en Guinée, il faut l’aider à se défaire justement de tout ce qui l’a empêchée de prendre le train universel des Etats respectueux des Droits de l’Homme. Sans ce préalable nécessaire, les élections que réclament la Communauté internationale ne seront qu’un coup d’épée dans la mer de misère et de pratiques anti-démocratiques qui irrigue la sphère politique de ce pays.

 

Monsieur le Président, les Guinéens sont très attentifs à la marche inaugurée par les jeunes militaires. Ils sollicitent votre aide pour les appuyer pour qu’à la fin du parcours, plus jamais, rien ne soit comme le vécu de cinquante ans. Aider les nouvelles autorités, c’est justement semer les graines de la démocratie en Guinée. Elles pousseront si merveilleusement, que la Communauté internationale se mettra du côté de ce peuple martyr qui commence à respirer l’air du renouveau de son pays.

 

Nous vous remercions, Monsieur le Président, pour cet entretien accordé à la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme - Fédération de France.

 

Paris, le 24 mars 2009

 

 

Jacques KOUROUMA

Secrétaire à l’Information et la Communication

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Me LAMAH Dakar, lundi 27 avril 2009
Merci à M.Jacques une autre façon de contribuer à sa manière à la réussite de la transition et à l`édification des bases solide d`une démocratie en Guinée. En cette phase de transition, chacun peut un peu.
Touré Ousmane, lundi 27 avril 2009
Grand merci a Mr Jacques pour cette heureuse initiative et nous prions la communauté internationale de comprendre le cri de coeur des Guinéens en accordant un sursi au peuple de Guinée qui ne demande que cela.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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