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Respectée Hadja,
Contrairement aux messages que vous et moi échangeons presque tous les jours, sur des sujets personnels ou sur la vie de notre nation, je voudrais, par souci de transparence, que nous partagions ce message-ci avec les autres Guinéens, étant donné que vous venez d’être nommée à un poste pour lequel j’avais postulé publiquement : la présidence du Conseil National de Transition (CNT).
Je commence par vous féliciter pour cette nomination, que vous méritez non seulement à cause des services que vous avez rendus à la Guinée, surtout depuis 2006, mais aussi à cause de votre souci d’impartialité pendant cette période cruciale de la transition. Dieu, qui est au courant de tous nos secrets, sait que c’est le même souci d’impartialité qui m’avait incité à faire acte de candidature au poste.
Ensuite, je vous encourage dans la mission, convaincu que vous tiendrez compte des différents échecs enregistrés ça et là dans le processus du changement depuis 2006 et surtout des lourds sacrifices déjà payés par notre peuple dans ce processus, y compris les tragédies du 22 janvier 2007 et du 28 septembre 2009. Je prie Dieu de vous aider à accomplir la mission dans l’impartialité que vous prônez déjà, et cela non seulement vis-à-vis de votre propre personne et des autres membres de l’organe que vous dirigez, mais aussi vis-à-vis de tous les autres acteurs de la transition, y compris les leaders politiques et membres du gouvernement. Sachant que cette voie n’est pas toujours partagée par certains, je prie le Tout-Puissant Allah de vous protéger contre toutes les forces du mal et de guider vos pas vers le succès.
Je voudrais aussi solennellement rappeler tout le peuple de Guinée qu’il est de notre devoir de vous aider dans cette tâche. Vos proches, parents et amis, dont moi-même, devons fournir un double effort pour vous soutenir. Notre soutien consistera à vous encourager et à vous communiquer les idées que nous croyons bonnes, mais surtout à éviter de vous induire en erreur en cherchant à profiter de votre poste. Le slogan ne doit pas être la recherche d’intérêts individuels au détriment du peuple, mais les sacrifices individuels pour l’intérêt de tout le peuple.
Permettez-moi, Hadja, de saisir l’occasion pour remercier tous ceux qui ont soutenu ma candidature. Je remercie particulièrement un de nos frères aux États-Unis, qui, inlassable, est allé jusqu’à initier une pétition sur le net pour recueillir des signatures en ma faveur, et un autre en France, qui a créé des pages de soutien sur Facebook. Mes vifs remerciements s’en vont également aux administrateurs des sites internet qui ont bien voulu publier les nombreux écrits sur ma candidature. Je prie le Bon Dieu de donner à chacun la meilleure récompense. Je les encourage tous à ne pas baisser les bras dans le combat pour l’émancipation de notre peuple ; nous sommes désormais ensemble et le resterons.
Mais l’ultime gratitude revient au Tout-Puissant pour la sage tournure, particulièrement favorable à mon égard, qu’Il a décrétée pour résoudre cette affaire. Si j’avais été retenu pour le poste, les sacrifices auraient été trop lourds pour ma famille et mon entreprise. Lorsque j’ai parlé de ma candidature à mon épouse, elle fut si émue, pensant aux conséquences, qu’elle n’a pas pu placer un seul mot. En fait je connaissais, moi-même, ces conséquences mais je me suis dit que Dieu peut à tout moment reprendre mon âme, laissant derrière elle et ma famille et mon entreprise. C’est ainsi que j’ai pris la décision de me porter volontaire, quelles que soient les conséquences, en mettant toutes mes affaires dans les mains du Tout-Puissant. Et voilà que, sans avoir à quitter ces affaires, je vois mes soucis se résorber car une autre personne à qui je fais entière confiance est désormais chargée d’exécuter la tâche que je voulais faire, avec tant de risques. En vérité, le pouvoir de Dieu est infini : gloire à Lui !
Oui, le pouvoir d’Allah est infini et Sa volonté insondable. Cette occasion nous en a apporté une belle preuve, à vous et moi, n’est-ce pas, Hadja ? Souvenez-vous : lorsque je vous demandais expressément d’accompagner mon dossier de candidature, lorsque vous m’indiquiez à qui adresser la demande, lorsque vous instruisiez vos collaborateurs d’imprimer le dossier et vous l’apprêter, ni moi ni vous ne pensions à vous pour le poste. La notion de « personnalité religieuse » et les tractations en cours à Conakry nous avaient fait penser à un imam ou à un prêtre, et, tous les deux, nous craignions que le poste ne tombe dans les mains d’un de ces « Imams infâmes » ou « Prêtres traîtres », comme les ont surnommés certains, ou, d’une vraie personnalité religieuse mais ignorant la situation et incapable de diriger.
Non, ni vous ni moi n’avions pensé à vous pour le poste : si nous avions pensé à vous, nous n’aurions pas pensé à moi. Puis-je me considérer plus religieux que vous ? N’avons-nous pas, tous les deux motivés pas la même crainte révérencielle d’Allah, vu la Kaaba – j’emprunte votre expression quand vous jurez –, et par coïncidence la même année ? Et de loin plus important que le hadj, n’avons-nous pas, chacun de son côté, publiquement juré notre impartialité ? Par ailleurs, puis-je prétendre connaître cette situation plus que vous ? Si mon ouvrage « La Guinée en marche » prouve que je suis le changement de près, on sait tout de même que je le suis, en bonne partie, à travers un ordinateur dans une salle climatisée, en Extrême-Orient. Quant à vous, les meilleures preuves que vous le suivez de plus près sont les cicatrices laissées, sur votre corps vénéré, par les balles qui vous ont atteinte pendant que vous étiez sur la première ligne de ladite marche en janvier 2007. À propos de capacités de leadership, je n’ai pas besoin de dire un seul mot pour démontrer les vôtres.
Bref, respectée Hadja Rabiatou Sérah Diallo, je conviens, sans ambages, que vous êtes mieux placée que moi à ce poste. Dieu qui le sait plus que nous, nous a guidés sur le droit chemin en décidant, pendant que nous n’y pensions même pas, de vous y mettre. La balle est maintenant dans votre camp. Vous avez certes traversé de nombreuses épreuves, mais celle-ci peut s’avérer déterminante dans votre carrière de leader d’hommes : la Guinée entière vous observe et compte sur vous. Je suis convaincu qu’elle ne sera pas déçue.
Acceptez, Hadja, mes sincères salutations et l’assurance mon soutien. Comme vous le savez déjà, je ne vous soutiens pas à cause des liens amicaux et matrimoniaux – aussi sacrés les uns que les autres – qui unissenr à jamais nos deux familles, mais à cause de vos mérites : ce que vous avez déjà fait et continuez de faire pour notre pays.
Matsue, Japon, le 10 février 2010
El hadj Alpha Mahmoud « Ben Saïd » Bah
Note au sujet de l’image : Décembre 2007 : La syndicaliste Hadja Rabiatou Sérah Diallo en entretien, dans son bureau, à la CNTG, avec l’écrivain Mahmoud Ben Saïd.
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