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Les récentes réflexions sur les élites et les intellectuels, minutieusement commentées et critiquées par Ansoumane Doré, m’amènent à suggérer la conclusion du chauffeur de magbana : « Il n’y a pas de classe intellectuelle ni d’intellectuels en Guinée ». Ils ont disparu. Une partie a été mangée crue sur place ou boutée dehors par la première république. Le reste de cette caste s’est corrompu dans le vol, les crimes économiques et l’incompétence dans la gestion publique. Je n’oublie pas ceux qui ont été terminés, effacés façon « Terminator » de la première république par cette seconde république qui a inventé Koundara, Cosa et autre Camp Boiro, qui ne sont pas des centres de loisirs. La mort ou la disparition des intellectuels ne s’explique pas seulement par ces causes matérielles et funèbres. Il y a une raison endogène, ontologique. Ou pour dire les choses plus crûment, il n’y a plus d’intellectuels en Guinée, il n’y a que des chauffeurs de magbana, des « wali-wali » ( charretiers ), des vendeurs de « pripras » ( vous savez cette bouffe faite de boyaux, d’intestins ( on pense à la vache folle ) et toute cette horde de jeunes armés de pneus brûlés, de cocktails Molotov, ennemis des briseurs de grève qui règlent la circulation à Bambéto, Hamdallaye, Cosa, Démoudoula, Dabompa, Dar Salam, etc., quand un tranfo manque, quand un match de foot fout le camp, en courant..(Sassine). J’entends déjà Madame Hadyatou, cette mère-maca qui reconnaît être plus vielle que la république, qui traite pourtant tous les diaspos de « séniles mécréants », je l’entends de sous sa moustache (I. Kylé) secouant ses balloches siliconées de vioque (du haut ou du bas, allez savoir…) : «.. Oui, il est incorrigible ou plutôt intraitable ce sénile de Bokoum, il n’est même pas d’accord avec le doyen Ansoumane Doré et cette brillante dame que ce dernier commente. Et voyez son vocabulaire, enfin le parigo sort son artillerie salace ». Langage de charretier, de charbonnier, où est le problème ? De quel vocabulaire devrais-je user avec les muletiers qui se mêlent d’écrire, de baver sur la Toile ? Je recrache fissa la bouse que m’a jetée à la face l’autre « hommelette » ( compagnon ou compagne de bas de ceinture de la virago anti-diaspos ) ramassée dans ses lieux d’aisance où j’aurais fait mon pèlerinage, et non pas à la Mecque, comme je le prétendrais faussement. A qui s’adresse donc ce papelard ? Aux wali-wali de Sandaga, Madina, Adjamé qui se fraient un chemin comme ils peuvent, aux marchés nocturnes de Porto Novo (Bénin), de Sosso Kounda (à Bissikrima Guinée), bonjour Oumar Cissé. Leurs réflexions, analyses, et pensées se ramènent à ceci : comment trouver de quoi acheter leur pitance faite de lafidi, de pripra ou de ngarba (atiéké pour ânes tirant des charrettes…). Il faut éviter les pots remplis de crottins des mamies Benz de Lomé et de Lagos, sans écraser la petite « cansinière » qui vend on ne sait trop quoi, ses nichons de nubile ou son « yaou’ fo’mé ». Il y a longtemps qu’ils ne se demandent plus qui nous gouvernent. Comment s’appellent-ils ? Et surtout comment se porte leur chef. Car enfin comment un homme sensé, un homme qui est allé à l’école (coranique ou celle de Jules Ferry) peut-il continuer à se demander pourquoi Lansana Conté a fait ceci, pourquoi il a limogé celui-là… ? Depuis « Cellou-faute lourde » en passant par Kouyaté, jusqu’à « Cellou-bis » ou « Cellou Souaré », Lansana Conté a disparu. Le Koudaïsme est physiquement, politiquement terminé, à dégager ! Comment bâtir des stratégies, faire des analyses en se donnant comme adversaire un pion fictif, dans une guerre qui elle, n’est pas fictive, une guerre où on tue à balles réelles ? Bien sûr, les gouvernements se font, se défont, des décrets sont signés. Par qui ? J’entends encore : « Lansana est malin, il joue ses comas, c’est un stratège de la simulation… » Un colosse qui, il n’y a pas très longtemps encore, pesait ses 120 kgs, en est aujourd’hui à ne plus supporter ses difficiles et improbables 50 kgs. Ce n’est plus un zombi. C’est une victime de tortionnaires qui ont la cruauté de refuser à un malade des soins palliatifs. Disant cela, je n’accuse pas seulement les nombreuses premières dames et la famille. Les vrais félons, coupables de faillir au serment d’Hippocrate, car il n’y a pas que son médecin qui devrait y répondre, ce sont surtout ceux qui exercent une parcelle du pouvoir de la haute magistrature qui se succèdent à son chevet, l’oreille basse, qui se demandent s’il respire encore. « Rien qu’un tout petit peu ? »… Pouah ! O vous, conducteurs de magbanas, vendeurs de « pripras », « wali-walis », « wangotobè » (marchands ambulants lourdement chargés…) ! Salut de fatigue, salut de soleil ! Au secours, les intellectuels sont fatigués ! O vous, les techniciennes de surface, qui rendez Conakry proprette, même si c’est seulement en surface, par exemple quand il s’agit de parfumer cette capitale-plaie à l’occasion d’un cinquantenaire marqué par les funérailles de la Mémoire ! Quand la mémoire d’un peuple fout le camp, c’est pire que les guerres mondiaux ! L’Etat et son couvre-chef sont cadavérés Les Partis politiques sont cadavérés Les syndicats sont cadavérés Les intellectuels sont cadavérés… Eux qu’on prenait pour les forces vives de la nation, quelle méprise ! Vous, les lève-tôt et couche-tard, ne voyez-vous pas ces vautours qui font des cercles au-dessus de leurs têtes ? N’entendez-vous pas le chant de Zao qui a bien vu qu’ils étaient cadavérés depuis que le Blanc les a laissés à eux-mêmes ? La Guinée est devenue un champ de ruines, un vaste dépotoir, une décharge publique où grenouillent la vermine, des larves, mais aussi des fossoyeurs et surtout, surtout, des profanateurs de tombes qui déterrent les trésors enfouis par les esclaves qui vous ont précédés, dépossédés comme vous aujourd’hui. On les entend d’ailleurs, chantant ce qui est inscrit au fronton des morgues : « Hier nous étions comme vous Demain vous serez comme nous ». O vous, « lumpen prolétariat » (1), venez nous débarrasser des intellectuels, en nous débarrassant des décombres et des effluves nauséabonds de cet Etat-morgue. Wa salam ! Saïdou Nour Bokoum pour www.guineeactu.com (1) « umpenproletariat , cette racaille que l’on trouve même aux degrés les plus bas du développement des villes.. », Marx/Engels, in « La social démocratie allemande ». Naturellement, Ces auteurs n’imaginaient pas la malheureuse fortune sarkosyste de cette formule, ni la descente aux enfers d’un Sud surpeuplé de milliards de sous-hommes en haillons (lumpen). C’est donc avec beaucoup d’hésitation et de prudence que sur cette notion, je renvoie à Marx et Lénine, depuis l’effondrement du glacis soviétique et celui du mur de Berlin. Mais ce n’est pas parce qu’un mur est tombé qu’il faut renoncer à rechercher les causes de cette défaillance de maçonnerie. Ceci est d’autant plus actuel qu’on assiste à l’effondrement de pans entiers de l’autre muraille, celle de la Bourse, symbole de l’impérialisme financier ou… « ... Stade suprême du capitalisme » (V. O. Lénine). On peut aussi relire Samir Amin, « L’Accumulation à l’échelle mondiale », éd. Anthropos, 1970, « Les défis de la mondialisation », l’Harmattan, 1996.
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