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Messieurs,
C’est avec beaucoup de consternation que je suis les activités politiques de notre grande nation dont vous êtes aujourd’hui les acteurs principaux au gré de vos persévérances respectives. Soit !
Cependant, il n’est un secret pour personne aujourd’hui qu’à l’allure où vous continuez vos communications incendiaires respectives, je ne donne pas cher de la stabilité de notre nation. Il vous souviendra qu’au temps du défunt président Lansana CONTE, tous les Guinéens s’étaient levés en 2007 pour dire « non » à son régime sans distinction ethnique. A sa mort, le destin a fait que le pays fut confié à un certain Moussa Dadis CAMARA. Déçus par la gestion de ce dernier tous les Guinéens se sont levés pour dire « trop c’est trop ! A bas Dadis ! » A cette époque, vous étiez apparemment unis pour mettre hors d’état de nuire celui qui avait saigné et fait saigner nos frères. Le peuple était avec vous sans distinction ethnique. Et chacun sait où cela nous a menés.
Exit Dadis ! Le pouvoir revint au Général KONATE qui s’engagea à restituer le pouvoir aux civils. Et patatras ! Tout est gâté. Les anciens frères d’hier deviennent des ennemis d’aujourd’hui. Vous qui jadis, meniez notre peuple égaré vers le salut, vous vous êtes mus en destructeurs massifs des liens séculaires qui unissaient ces paisibles citoyens du sud. Grâce à vous aujourd’hui les peuples de Guinée à l’interne se regardent en chiens de faïence. Quant à ceux de l’extérieur, ils ne sont plus fiers de leur nation et peinent à se réclamer guinéens tellement la désillusion a été grande. A cause de vous, nos institutions sont devenues aussi malléables que la pate à modeler du petit poucet de la maternelle. En Guinée, on soutient aujourd’hui tel ou tel parti parce que son leader est de telle ou telle ethnie. Quid l’éducation des populations qui devrait être le cheval de Troie de tout parti politique qui se veut citoyen ? Aucun de vous deux n’a, sauf erreur de ma part, encore fait une communication sur son possible échec au second tour. Vous dites tout sauf la défaite. Et à vous en croire chacun, si vous ne passez pas, c’est que vous avez été triché. Peut-il cependant y avoir deux présidents pour une même république ? De ce fait, vos militants surexcités et dopés par votre discours pompeux et quelquefois irréalistes sont prêts à tout pour vous. En témoignent les évènements tragiques du week-end qui a précédé celui du 19 aout 2010.
L’heure est grave aujourd’hui en Guinée car nul n’a désormais confiance en son prochain. Les citoyens s’arment en catimini en attendant l’épuration ethnique que vous êtes en train de provoquer par l’entremise de certains journalistes peu catholiques que vous n’hésitez pas un seul instant à corrompre à coup de plusieurs centaines de milliers de francs glissants pour raconter des histoires montées de toutes pièces. Pauvres de nous ! Vous oubliez cependant qu’aucune élection ne peut se réaliser dans une insécurité totale. Vous ignorez également qu’on ne peut être président que quand il y a des citoyens. Si vous les pousser à s’entretuer qui gouvernerez-vous ? Les crapauds géants du mon nimba ? Vous semblez ne pas comprendre qu’une armée fût-elle aussi patiente que celle que dirige aujourd’hui le Général KONATE pourrait en avoir assez et s’arroger de tous les pouvoirs jusqu’à nouvel ordre. Aussi, voudrais-je attirer votre attention sur le fait que l’enjeu de ces élections n’est pas que de faire un choix cornélien entre vous deux mais plutôt de complètement civiliser le gouvernement guinéen ainsi que sa gestion de la cité. Au demeurant, est-il opportun de rappeler que l’ensemble des composantes du peuple de Guinée était fatigué et n’aurait pas un seul instant hésité de choisir n’importe quel civil qui se présenterait au sortir des années « contéistes » et des massacres de Dadis pour diriger notre république et donc assouvir sa soif étanche de liberté et de démocratie.
Pourquoi alors ne feriez-vous pas des communications aussi responsables que celles que vous teniez au temps du capitaine Dadis ? Pourquoi voulez-vous mener ces enfants de pauvres à l’abattoir ? Comment voulez-vous que la Guinée aille de l’avant quand chacun se dit que le pouvoir ne peut être détenu que par son ethnie ?
Enfin pour terminer, je voudrais que chacun de vous deux se fasse une introspection sérieuse et de se demander, qu'ai-je fait pour mon pays ? Pourquoi n'avance-t-il pas ? Que pourrais-je faire pour lui afin qu'il rejoigne les autres nations?
J’ose espérer que cette lettre ouverte sera grandement publiée et comprise par chacun car ce n’est point une autre nation qui viendra faire bouger la Guinée. Ce sont les Guinéens qui feront ce travail qu’on le veuille ou pas comme pour citer l’autre qui disait que l’aide d’autrui ne devrait pas être considérée comme un complément de notre effort pour le développement de notre chère et tendre Guinée mais plutôt comme un supplément.
Patriotiquement vôtre !
La Guinée en nous, éternellement!!!
MOHAMED KOUYATE, Rouen, France Sociologue
www.guineeactu.com
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