|
Monsieur le Président,
Votre avènement à la tête de l’Etat en Décembre 2008 a été une occasion pour mettre toute la Guinée et les Guinéens sous la même bannière. Cette union sacrée devrait nous amener tous ensemble à vivre une transition apaisée si l’on tenait compte de vos promesses des premières heures. Force est de reconnaître aujourd’hui que face á la tournure des événements, vous n’êtes plus que l’ombre de vous-même.
Monsieur le Président de la république, vous devez savoir que votre présidence est un accident de l’histoire qui ne doit pas se répéter. Elle s’apparente á s’y méprendre á une victoire écrasante en football face à une équipe très faible, voire inexistante. Votre ascension au pouvoir est le résultat de la faiblesse extrême du système Conté auquel vous avez contribué, en laissant faire et mieux en permettant á des personnes nébuleuses de former une carapace dure autour du Président pour confisquer le vrai pouvoir et prolonger l’agonie du peuple.
Pour avoir entamé la lutte contre les narcotrafiquants, vous avez eu le soutien de toute la nation. Ce fait majeur ne fait pas de vous un messie même si vos intentions étaient nobles. Vous avez certes eu le courage immense de vous attaquer à cette affaire sérieuse, mais par votre ambition démesurée et votre théâtralisation de la gestion de l’affaire, le résultat a été catastrophique. De pauvres gens croupissent en prison et parmi eux, des innocents, alors que des complices muets sont tapis dans l’ombre.
Maintenant que nous sommes engagés vers des consultations électorales pour le retour á une vie constitutionnelle et démocratique normale susceptible de garantir un développement durable, tous vos gestes et paroles vont dans le sens de compromettre l’espoir de tout un peuple.
Par votre ambigüité affichée Monsieur le Président, vous violez délibérément les règles de jeu et discréditez à l’avance la sincérité et la crédibilité du prochain scrutin en tentant de manipuler le soi-disant peuple pour nier la volonté populaire. Quelle que soit votre décision finale suite à ce nouveau revirement spectaculaire et honteux, vous venez de troubler la marche normale de notre pays qui espérait sortir d’un cauchemar de plus de 50 ans. Candidat ou pas, par vos paroles et gestes vous venez de donner un coup d’arrêt au chronogramme en sapant le climat de confiance qui s’était installé entre vous et les forces vives, avec comme conséquence la prolongation possible de la durée de la transition.
Monsieur le président, cessez également de jeter l’anathème sur les gens ; jetez plutôt un regard sur votre propre parcours qui n’est pas du tout limpide comme vous le prétendez.
A vous entendre, vous auriez pu mettre fin au carnage du régime Conté á trois reprises.
1. Vous êtes allez jusqu'à assister á distance à des malversations et tractations de narcotrafiquants sans broncher (c’est vous-même qui le dites). On peut vous accuser pour dissimulation d’information de nature à mettre le système et le pays tout entier en danger.
2. Vous étiez au pont du 8 Novembre en Janvier 2007 et vous n’aviez pu empêcher les tueries et aujourd’hui vous faites de la délation et une fausse interprétation d’une position sage des forces vives. Les tenants du pouvoir sont les auteurs de ces exactions (secret de polichinelle). Dans votre gouvernement vous avez le chef de file de ces grands bandits. Parlez-en si vous en êtes fiers.
3. Vous avez aussi préféré ne pas humilier le feu Président Conté en prolongeant la misère du peuple guinéen. Pour cette simple raison, vous avez fait plus de tort à la Guinée que n’importe qui d’autre. Tout le monde sait comment les réseaux mafieux se sont développés autour du président (incapable d’assurer ses fonctions) et au sein de l’armée (y compris votre clan) pour finir par gangrener le système tout entier.
Monsieur le Président, c’est trop facile de parler de démission, pourquoi ne démissionnez-vous pas aujourd’hui parce que récusé par les forces vives et incapable d’organiser une simple élection ? Même la Guinée Bissau voisine, dans la douleur, a pu organiser des élections crédibles qui ont connu un succès éclatant alors que tout le monde pariait sur l’éclatement de la nation. Que vaut réellement une démission devant un pouvoir aveugle, soutenu par une armée qui a toujours été à côté de la plaque ? A titre d’exemple qu’est-ce que la démission de M. Fall à bien pu apporter à la Guinée même s’il a eu le courage de jeter l’éponge ? Certains peuvent être tentés de dire qu’il a vite fait de jeter l’éponge, car il connaissait bien le système dans lequel il était. N’insistons pas trop sur cet argument de démission que vous avancez. Reconnaissez simplement que vous êtes paniqué et inquiété par la capacité de mobilisation impressionnante de vos potentielles cibles que vous ne voulez pas individuellement nommer.
Vous parlez également de partis ethniques. Le grand défi que je vous lance est de prouver cette affirmation gratuite et de tenter de confondre les éventuels responsables si vous disposez d’arguments irréfutables.
Monsieur le président, pas besoin d’être un expert, votre seule ambition était le pouvoir, et c’est pour cela que vous l’avez planifié et exécuté avec le moindre de risque possible pour vous - en attendant que le Général Président soit dans une caisse pour sortir la tête de l’eau. Depuis, vous n’avez raté aucune occasion pour asseoir votre pouvoir en refusant délibérément de vous inscrire dans la logique de la préparation des élections. Mieux, vous proliférez dans l’imagination en ouvrant des chantiers colossaux que même un pouvoir élu démocratiquement ne peut accomplir le temps d’un mandat, á plus forte raison au cours d’une transition. N’est-ce pas là une démonstration preuve á l’appui que vous ne voulez pas quitter le pouvoir et même de votre vison déformée de la réalité des choses ?
S’il y a un coupable dans la gestion de Lansana Conté, c’est bien l’Armée qui a laissé faire et soutenu un Président malade et inapte à assurer la plus haute fonction de l’Etat. Bien entendu, l’autre coupable de demain sera également cette Armée qui soutient aveuglement un président manifestement fou pour un pouvoir qu’il ne gardera pas.
Pour finir, Monsieur le président, vous devez savoir qu’un arbitre responsable ne joue pas avec le sifflet et qu’un dirigeant ne doit pas être orgueilleux comme vous l’êtes. Votre orgueil est démesuré, alors s’il vous plait, mettez de l’eau dans votre vin ou bien ôter vous de là pour permettre au navire Guinée d’avancer. Ressaisissez-vous et remettez les pendules à l’heure s’il vous reste encore un brin de patriotisme.
Nous vous tenons â l’œil et votre pilule amère ne passera pas.
Dr M. Alimou Barry, depuis Abidjan, RCI
www.guineeactu.com
|