dimanche 7 juin 2009
Lettre ouverte au peuple de Guinée

  Peuple de Guinée, si tu oublies ton passé, tu seras condamné à le revivre. Aucune société ne s’est construite sur la fuite de ses responsabilités.

 

Depuis ton indépendance, les gouvernements successifs ont tous prétendu vouloir ton bonheur, mais ils n’ont réussi qu’une chose : te plonger dans la misère. Mais de tels dirigeants irresponsables ne désarment pas.  Le gâteau est trop bon pour le laisser à d’autres.

 

Comment les reconnaît-on ? Qui sont-ils ?

 

On assiste à une sorte de reproduction des situations antérieures où les élites qui avaient été exclues du système se servent de la démocratie pour réclamer leur place au soleil ; c’est-à-dire une redistribution du gâteau national à leur profit. Le défilé incessant de certains membres de la diaspora, les partis politiques qui se mettent à pousser, et à germer comme des champignons, des partis avec ou sans véritable projet de société, des partis satellites ou sous-marins (on a même des partis d’un seul individu), toute cette meute d’individus est attirée par ce pouvoir guinéen. Pour eux, le pouvoir est le seul moyen d’accès à l’opulence. C’est donc, l’appât du gain qui pousse ces individus à embrasser une carrière politique. Une certaine analyse du comportement s’impose pour les reconnaître.

     

Aucune société ne s’est construite en tournant le dos au bon sens. Je crains que, en dehors des cercles politiques où son usage est galvaudé pour ne plus rien vouloir dire, le terme de responsabilité ait perdu son poids et son sens en Guinée. De cette Guinée où les dirigeants inscrivent leur action dans la logique de prédation et d’exploitation, qui avait pourtant nourri leur contestation du régime colonial.

 

Tout en la condamnant de bouche, ces dirigeants politiques reproduisent l’idéologie coloniale d’exploitation  cynique, tant ils sont fascinés par l’économie consumériste. Progressivement, ces dirigeants profiteurs se sont détournés de leur patrimoine culturel dans lequel ils devraient pourtant puiser et trouver des solutions à bon nombre de maux qui assaillent la société guinéenne. Ils singent le modèle occidental, quitte à s’en détourner avec horreur dès que ce modèle parle de devoir de conscience, de rigueur et montre l’effort individuel et collectif comme base du progrès de l’humanité et des nations.

 Le défaut d’éthique citoyenne chez ces dirigeants guinéens explique qu’ils vivent éjectés, en quelque sorte, hors d’eux-mêmes et vivent loin des préoccupations des populations qu’ils prétendent être les dignes représentants. Des populations pourtant pas si sottes, qui sont passées maîtres dans la débrouillardise et l’économie informelle, démontrant ainsi jusqu’où elles n’iraient pas si elles avaient des dirigeants honnêtes et attentionnés.

 

Ces pseudos dirigeants ne s’intéressent à toi, peuple de Guinée, qu’ils arrosent en permanence de leur mensonge, de leur arrogance méprisante, qu’en période électorale où la voix de chaque femme, de chaque homme vaut son pesant d’or. Ces dirigeants extravertis, déconnectés des soucis des populations qu’ils sont sensés représenter, expatrient en Europe leurs enfants, tout le produit de leurs rapines, sans souci de la Guinée à bâtir. Et parce que le développement de la Guinée est le cadet de leurs soucis, c’est sans vergogne qu’ils la pillent avec la même fureur que les colons ou les grosses multinationales à leur époque. De par leur mauvaise gouvernance, ils sont conscients des haines tenaces que nourrissent les populations contre eux. C’est pourquoi ils s’interdisent d’investir en Guinée l’argent qu’ils lui ont volé. Stratégie compréhensible, car à tout instant, le produit inespéré de leurs rapines peut aller en fumée. Ils sont encore parmi nous, pensant se purifier en formant des partis, prêts à voler et à mentir de plus belle.

      

Aujourd’hui que les choses ont pris une autre tournure, la Guinée était mal partie mais, pilotée par le Capitaine Président Moussa Dadis CAMARA, le pays est entré dans une phase délicate, celle de la transition devant conduire aux élections transparentes et démocratiques, conformément au délai prévu. Mais cela n’est possible que lorsque la bonne recette est appliquée : la bonne gouvernance.

       

En Guinée, la bonne gouvernance était bannie, pourquoi ?

 

Richement dotée de matières premières, population jeune et dynamique, des ressources naturelles abondantes donc des ressources financières, les dirigeants, n’étant pas animés de fierté et de piété, se comportaient comme des flibustiers avides de viols et de razzias. Ces pachydermes à qui le moindre effort de réflexion et d’imagination donnait la migraine. Par paresse, on ne gouvernait plus, on se contentait tel un malpropre de voler le peuple au lieu de lui apporter le minimum de bien-être : de l’eau, de l’électricité, des services sociaux et les infrastructures lui permettant de se prendre en charge et attirant des investissements étrangers. Dépourvus de capacité d’abstraction, ils avaient trouvé en l’Etat dont ils comprennent très mal les  principes, le moyen d’assouvir leur instinct de bêtes sauvages. Ces individus sont notoires pour leur incurie, autrement comment pourraient-ils dormir paisiblement autour de tant de misères ?

 

 L’argent, ce fétiche a fait tomber des hommes politiques qui ont humé son odeur ou bu à sa coupe pleine. C’est bien pour l’enrichissement que certains responsables politiques pillent les caisses, commettent des détournements, transfèrent des fonds destinés au développement de la Guinée dans les « grottes béantes » des banques européennes ou américaines, pour assurer des jours heureux pour le reste de leur vie. Cet enrichissement illicite a aussi été le fait de toute la crème des hommes d’affaires opulents et riches de notre pays. Il est donc impératif que ces pratiques prennent fin.    

 

Peuple de Guinée, ouvre bien tes yeux et ne sois  pas dupe. Le pays a-il changé ? Fini le temps des requins, mais attention, prenons garde ! Si nous n’arrivons pas à « déshonorer l’argent », à nous défaire de la fascination  devant de l’argent, il pourrait venir le temps des caïmans.

 

La question serait réglée, si des mauvais comportements n’étaient constatés chez cette classe d’hommes  politiques de mauvaise facture. On pourrait considérer qu’il s’agit d’un mauvais songe dont on se réveillera. Mais la mauvaise pratique a eu le temps de s’infiltrer dans l’imaginaire de la population, elle devient référence normative donc coutume. Ce qui est très mauvais pour une société qui veut rompre avec une tradition de la parole sans gestes, une dénonciation sans lendemain et des discours sans actions. Nous devons inculquer à toute la population guinéenne une éducation civique la préparant aux élections qui doivent sanctionner la fin de la transition et ainsi conduire le pays dans un espace démocratique, dans une paix véritable.

 

Attention ne retombons pas dans les erreurs du passé ! L’heure n’est pas encore au bilan, mais nous devons, de temps en temps, jeter un œil sur le chemin parcouru.

   

Nous aspirons tous à un Etat démocratique, nous rêvons tous d’un pays où règne la justice, nous espérons tous vivre dans l’union et la sécurité. Pour cela, il nous faut des dirigeants qui favorisent la paix et qui nous aident à vivre les valeurs de solidarité, de concertation, de coresponsabilité et de sens du bien commun ; des dirigeants honnêtes, justes, soucieux du bien commun et de tous ; des dirigeants droits et aux mœurs intègres ; des dirigeants humbles et engagés pour le peuple. Ne nous laissons donc plus tromper par des paroles de flatterie et de mensonge. Ne dit-on pas : « la lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse ? »

 

C’est pour cela que, la déclaration des biens avant et après la prise des fonctions administratives ou politiques doit être effective. Le bon exemple doit venir d’en haut si l’on veut effectivement en finir avec la corruption, l’enrichissement illicite, le népotisme.    

      

Dans un pays où les dirigeants sont si décriés, les pratiques sujettes aux pires pamphlets, et où encore le peuple n’a de cesse d’hurler à tout vent à la forfaiture de ses hommes politiques dotés d’une parole sans crédibilité aucune, d’un incivisme et d’une immoralité qui n’ont d’égal que leurs bassesses.

 

Comment peut-on croire un seul instant que le Capitaine Moussa Dadis CAMARA qui a à cœur de garantir une justice équitable pour tous, de promouvoir la démocratie et l’Etat de droit, peut défendre ceux-là même qui ont mis le pays à  genoux ?

 

Comment créer un environnement susceptible de rassurer les investisseurs et les bailleurs de fonds si les acteurs de leur désertion sont aujourd’hui défendus et soutenus ?

 

Où en est-on avec notre Capitaine-Président ?

 

Après toutes les belles paroles  que tu as entendues, toi, Peuple de Guinée, ta situation a-t-elle changé ? Des  mesures ont-elles été prises pour te faire miroiter une lueur d’espoir ?

 L’eau et l’électricité, le domaine du militaire guinéen (la caserne ou le civil), la rémunération de nos diplomates à l’extérieur, la thésaurisation des sommes récupérées, la mamaya qui continue sous d’autres formes, autant de domaines non résolus qui ternissent l’image de notre chère Guinée.

 

 Mais, tout espoir n’est pas perdu !

 

 A voir le paysage politique qu’affiche notre pays, le nombre de partis politiques et d’aspirants au pouvoir, une solution au problème de l’électricité serait :

 

 d’interdire à tous les membres du gouvernement et aux opérateurs économiques, l’usage de groupes électrogènes.

    

 Ainsi logés à la même enseigne que la population, le problème de l’électricité passera inéluctablement au premier plan des préoccupations, et sera rapidement résolu.

 

Pour ce qui est de la paie de nos diplomates à l’étranger :

 

 Nous savons que les syndicalistes du ministère des affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger mènent une lutte farouche pour que ses membres bénéficient d’une affectation dans nos missions diplomatiques. Pour cette raison, ils ont peur d’élever la voix auprès des autorités même pour revendiquer le droit le plus élémentaire du travailleur, celui de percevoir son  salaire. Et pourtant, ils ont en charge la tâche de défendre les intérêts de tous les travailleurs du département aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

   

On se rappelle qu’à la passation de service entre les secrétaires généraux et les chefs de cabinet de ce département, l’occasion était propice pour attirer l’attention sur le retard jamais égalé depuis notre indépendance, dans le paiement des salaires et charges salariales du personnel diplomatique. Malheureusement, le syndicat de ce département a identifié comme problème majeur, entre autres légèretés, l’installation dans la salle de conférence d’un écran géant de télévision. Oui ! Cet écran est  plus important que la paie de nos diplomates dont ils ont la charge de défendre et de protéger. Mais ils ignorent, peut-être, que le corps diplomatique est une des vitrines de notre pays, et que son personnel ne doit pas être humilié pour non-paiement de loyer. Voici maintenant neuf mois que ces braves gens sont sans salaire. C’est décevant et malsain !

 

Le gouvernement guinéen est sous le coup d’une sanction internationale : ne pouvant ni participer aux grandes rencontres internationales (même africaines), ni obtenir de prêts des institutions monétaires. Dans un tel contexte avec les élections qui se profilent à l’horizon, comment ce gouvernement peut-il rappeler au pays trente ambassadeurs et consuls généraux ? Cette décision va engendrer des dépenses énormes pour le pays  qui est déjà en grande difficulté financière d’après les propos du Président Dadis, sans oublier qu’avec ce rappel, on hypothèque la tenue des élections à l’extérieur : sans personnel diplomatique, où aller voter ?

  

Donc, de grâce, soyons cohérents. Si nous voulons des élections démocratiques et dignes de ce nom, laissons nos ambassades travailler dans ce sens, mais surtout  payons leurs salaires.

  La crédibilité d’un gouvernement passe par le respect du droit, de la loi et des règles établies.

 

   Le président Moussa Dadis CAMARA après les élections, rendra le pouvoir aux civils. Mais à quatre mois de cet événement tant attendu, il y a lieu de se demander si toutes les conditions sont réunies pour des élections démocratiques, sans oublier qu’il existe une problématique du contenu social de la démocratie.

 

Est-il possible de parler de la démocratie et de l’Etat de droit sans se soucier des besoins de la population ?

 

Une magistrature à genoux serait un rempart pour ceux qui se servent de l’Etat pour s’enrichir. Cette situation est moralement inacceptable, car il risque d’y avoir des zones ou des domaines de non-droit alors que cette pauvre population guinéenne a besoin de justice.

             

Une mesure phare de son gouvernement serait de tracer les lignes qui conduiront en fin de transition, le retour de l’armée dans les casernes. Des militaires armés faisant leurs courses au marché, ou prenant un taxi avec des civils, dans une ville en paix, est un spectacle surréaliste relevant de la science-fiction.

         

Comme le disait mon cher oncle, feu Colonel Sény BANGOURA (Paix à son Ame !) : «Nous appelons militaire tout ce qui n’est pas civil ; car le propre du militaire, c’est le sale du civil. Donc, le civil en ville, le militaire à la caserne ». Mais, n’était « Armée Gauche » que lui. 

    

Ne désespérons pas, un jour viendra, les militaires seront au camp, délaissant la politique aux civils. Porter la tenue, révélera toute son importance.

 

  Peuple de Guinée, quelle est ta politique sanitaire ?

 

S’il y en a une, ce serait de prendre l’avion pour Dakar, le Maroc, la Côte d’ivoire ou l’Europe pour tes soins. Avec tes dirigeants qui se sont succédé, la politique sanitaire te concernant s’est bornée au stade de vœu pieu. Pourquoi pour se soigner en Guinée, il faut être riche ou membre du gouvernement ? Pourquoi des ponts aériens pour les soins ? Toutes ces dépenses folles ne peuvent-elles pas être investies dans le domaine sanitaire en Guinée pour que la population y soit soignée ?

 

 L’orientation générale d’une politique de santé publique doit avoir pour principes : la priorité du milieu rural sur le milieu urbain, de la médecine de masse sur la médecine de l’élite, des soins préventifs sur les soins curatifs, et l’accent porté sur la communication et l’éducation sanitaire afin de rompre le cercle vicieux « ignorance-misère-maladie ». Ce n’est que par ce biais qu’on peut assurer le droit à la santé de chaque citoyen.

    

Si les sommes récoltées au cours de cette transition ne servent qu’à l’organisation de mamayas ou à faire des dons pour mieux asseoir son autorité, le bonnet blanc aura été remplacé par un blanc bonnet, plus blanc que blanc.

     

Peuple de Guinée, le Président Moussa Dadis CAMARA, avec la fougue qu’on lui connaît a tellement à cœur de montrer son intégrité, sa loyauté, son patriotisme, qu’il passe pour un maladroit. Mais, de tous les dirigeants qui se sont succédés, qui a fait quelque chose de mieux que lui en si peu de temps ? Où sont passés les dealers de drogue, les spécialistes des détournements de fonds ? Il serait très profitable que la période de transition se termine avec l’apurement de la classe politique pour nous éviter un autre chaos. Evitons l’assainissement inachevé pour ne pas avoir à voter pour des politiciens véreux.

     

Il  convient surtout de se convaincre que seule la détermination des patriotes sortira le pays de la crise. Travail, effort personnel, mais aussi esprit de sacrifice seront nécessaires si la Guinée veut s’extraire de son état de délabrement économique.  Il ne faut pas s’attendre à un miracle. L’état de  désespoir économique dans lequel est plongé notre pays ne pourra avoir un début de solution que si les autorités de la transition, en accord avec les forces vives de la nation, prennent des mesures douloureuses mais nécessaires. Pourvu que la passion, l’intolérance, la violence ne viennent se greffer à la volonté de conquête du pouvoir.

 

 A bon entendeur, salut ! ! !

Couderc  SOUMA
pour www.guineeactu.com


 

 

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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