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Cher Soldat, A l'instar de la plupart de nos compatriotes, je viens de lire l'interview qu'un des tiens, l'Adjudant-Chef Claude Pivi a bien voulu accorder à Guineenews. Je dois dire que c'est un sentiment de révolte, d'indignation et surtout d'inquiétude qui m'anime au moment où je me mets à t'écrire ces quelques lignes. A travers et au delà de ce qui apparait comme un balbutiement d'un soldat qui n'a "étudié que jusqu'en 9è Année", ils sont nombreux, nos compatriotes qui découvrent avec frayeur la face cachée de ce qu'ils ont toujours considéré comme leur nid de sécurité, leur dernier refuge: l'armée. A travers cet entretien, nos compatriotes ont découvert avec effroi et inquiétude, l'état de décomposition avancé dans lequel se trouve leur Armée, et partant, leur pays. C'est donc en tant que fils du pays, choqué, effrayé et inquiet des tournures dangereuses qu'a pris le destin de notre armée aujourd'hui, que je m'adresse à toi soldat. Je m'adresse à toi car tu avais juré fidélité à ta Patrie; tu avais juré de la défendre lorsqu'elle est en danger; lorsque sa sécurité et sa stabilité sont menacées, aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur. Lorsqu’un matin des 2 et 3 février 1996, tu te révoltas contre l'injustice de tes supérieurs, tout le peuple de Guinée était avec toi. Tout ce peuple que tu méprises, pilles et tues aujourd'hui, avait approuvé ton acte et applaudi ton courage. Ce peuple était convaincu que c'était ton droit de réclamer ce qui t'ai dû, de t'insurger quand on te l'a refusé et de l'arracher par la force, lorsqu'il l'a fallu! Et pourtant, depuis quelque temps, ce peuple à qui tu avais juré fidélité, ne te reconnait plus. Il ne te reconnait plus, depuis qu'il t'a été ordonné, une fois de plus, en Janvier-février 2007, de réprimer son légitime soulèvement. Ce peuple ne comprend plus que pour revendiquer, ce que tu crois être ton droit, tu t'en prennes à lui ! Mon peuple est révolté du fait que non seulement, tu le massacres à chaque fois qu'il revendique ce qui lui est pourtant dû, mais que tu le massacres aussi quand tu estimes que tes chefs ne te traitent pas suffisamment bien ! Il suffit d'un mouvement d'humeur, et alors, mais avec un instinct criminel qu'on ne te connaissait pas encore, tu ouvres le feu sur ceux dont tu as pourtant la charge majeure de défendre ; ceux sans lesquels ton existence en tant que soldat n'a aucune justification. Qui es-tu donc, pour t'arroger le droit de piller, terroriser et tuer nos compatriotes ? Le Guinéen que je suis, ne comprend pas non plus que toi qui avais qualitativement contribué à la lutte pour l'indépendance de certains peuples frères et au maintien de la paix dans certains pays de la sous-région, que toi dis-je, tu te sois laissé dépouiller de ton rôle initial qu’est la défense du territoire national, pour devenir une impitoyable force de répression au service d’une dictature. Pire encore, c'est avec la mort dans l'âme, que les Guinéens doivent se résoudre à l'idée que, non seulement le régime actuel s’accroche au pouvoir grâce à l’instrument de terreur que tu es devenu, mais que tu as franchi une étape supplémentaire dans ta contribution à "l'effondrement de la Guinée", en t'attaquant aux biens et aux vies de populations meurtries par des décennies de pillage et de dictature. Sache que, par ton manque de discernement entre les revendications légitimes de la population et « atteinte à l’ordre public », par le grand banditisme qu'est devenu ton métier, les Guinéens n’osent non seulement plus, crier leur famine lorsqu’ils ont faim ou leur soif lorsqu’ils ont soif, leur ras-le-bol, quand ils n'en peuvent plus avec un régime prédateur et rétrograde, mais ne peuvent plus dormir tranquillement, sachant que dehors, celui qui devait assurer sa sécurité, est devenu un loubard, prêt à tout moment à lui tomber dessus, piller ses biens avant de le liquider physiquement. Pour beaucoup, ceci n'est nullement étonnant d'ailleurs, quand on sait que, dans notre pays, l'unique critère de recrutement dans l'armée a toujours consisté et consiste encore en ceci : avoir arrêté les études très tôt ou ne pas étudier, être délinquant et drogué. Bref, être un raté ! Et crois-moi, il n'y a rien de plus effrayant que de savoir la sécurité de sa vie et de ses bien entre les mains de bandits de grand chemin ! Et dire que le 3 avril 1984, tu étais un héros ! C'est effarant de voir que 24 ans de régime corrompu aient pu arriver à bout de toi, en ternissant ton image, en souillant ton honneur et en réduisant ta fonction à un simple gardien d'une dynastie de voleurs, de tortionnaires et de menteurs! En rédigeant ces quelques lignes, je ne puis m'empêcher en effet, de penser à ce qui adviendra de mon pays, au cas où il arriverait que le seul prédateur-tyran que vous écoutez encore, meure subitement. Tu comprendras mon inquiétude à ce niveau, lorsque tu prendras en compte l'exposé fait par l'Adjudant-Chef Pivi, sur l'indiscipline et l'anarchie qui règnent dans vos garnisons ; sur les rapports entres officiers supérieurs et hommes de troupe. Nous en sommes surpris, profondément indignés et inquiets ! Surpris et indignés, parce qu'ayant découvert que des soldats d'un niveau de formation intellectuelle et civique aussi bas que celui de Pivi, puissent décider du devenir de quelques 10 à 11 Millions d'âmes; que des gens d'un tel niveau de formation et de civisme puissent se lever à tout moment, piétinant les souffrances qu'endure ce peuple depuis bientôt cinquante ans, piller, terroriser et tuer sans être inquiété! Nous sommes également surpris de constater que le principe sacro-saint qui veut que l'efficacité et la force d’une Armée soit garantie par l’ordre et la discipline, le respect de la hiérarchie, que ce principe dis-je, n'existe plus dans nos garnisons militaires. Ou tout au plus, s'il devait exister, ce sera alors uniquement pour servir un régime ou une cause injuste, corrompue et irresponsable. Sache néanmoins que l’histoire retiendra le rôle que tu auras joué dans ces moments difficiles de notre pays ! Le moment venu, aucun délinquant n'échappera à la sentence du peuple. Toutefois, il te reste encore une bouée de sauvetage: celle de la repentance, celle du retour à l'ordre républicain et au respect des droits. C'est pourquoi, quitte à me faire traiter d'utopiste, je garde encore l’espoir pour ce pays. Je garde toujours l’espoir d’un sursaut de conscience de ta part. Je reste toujours convaincu qu’il n’est pas encore trop tard pour te racheter. Il n’est pas encore tard pour retrouver le sens et le comportement patriotique et républicain qui caractérisent d'habitude une Armée moderne au service de son peuple. Alors ressaisis-toi cher soldat ! Ressaisis-toi cher ami, cher frère, cher cousin et cher compatriote ! Arrête de réprimer la légitime revendication de la population ! Cesse de la terroriser ! Favorise enfin l’avènement d’un Etat de droit en Rep. de Guinée, fondé sur la Démocratie et la justice sociale ! C’est à ce prix seulement que ton existence en tant que soldat aura un sens et que tu auras dignement servi ton peuple. Ismael Souare, Rep. Fed. d'Allemagne www.guineeactu.com
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