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Mes frères et sœurs, Citoyens de Guinée
Lettre ouverte
Excellence Monsieur le Président,
Chef du CNDD,
Commandant en chef des forces armées,
Messieurs les membres du CNDD,
Chers frères et sœurs de Guinée,
Suite à l’ignorance et au déni dont avait été objet ma dernière lettre à mes concitoyens et au CMRN, lorsque au début des années 90, la Guinée comme aujourd’hui faisait un pas dangereux vers une démocratie dictatoriale, obligée, mal à propos et sans retour, j’avais décidé de rester tranquille ; de me taire pour ne pas crier inutilement dans le désert face à des gens assoiffés de pouvoir.
Aujourd’hui, l’histoire se répète. Nous vivons dans un monde où la politique prêche l’humanisme, l’humanité, la charité, la fraternité avec de puissantes armes comme la contraception, l’avortement ou l’euthanasie. Des hommes de science font de Dieu le frein à leur recherche. Ce Bon Dieu qui a initié l’œuvre de la création serait donc devenu ennemi du progrès. La morale humanitaire prônée par la démocratie a été élevée au-dessus des doctrines religieuses qui sont des institutions séculaires à mission essentiel de paix, de justice et de vie d’amour. Nous devons y faire attention nous qui croyons encore que la Bible et le Coran ont une place de choix dans la création d’un monde de liberté, de fraternité, de paix et d’équité sociale.
Aujourd’hui aussi, la Guinée est un pays difficile à reconnaître. Le beau pays autrefois autonome et responsable qui a tant œuvré pour l’indépendance totale du continent mais que protégeait jalousement le Camarade Ahmed Sékou Touré est méconnaissable parce que le souci de ressembler aux autres l’a conduit à une dégénérescence et parfois à la négation de ses valeurs propres. Mais, je crois ferme que la recherche d’une ressemblance aux autres ne devrait jamais être un obstacle à l’identité de soi-même.
Quand le Pays a dit non au Référendum du 28 septembre 1958, le choix était sans équivoque, majeur et la légitime ambition d’être une nation heureuse et prospère fut un défi sans contour. La première République avait compris très tôt que pour y arriver, l’unité nationale était incontournable. C’est pourquoi, le racisme, l’ethnocentrisme, le tribalisme, le régionalisme, l’intégrisme religieux étaient quand ils apparaissaient sévèrement mâtés. La deuxième République a connu une influence politique extérieure beaucoup plus grande. Ce jeu politique l’a amenée à négliger l’apparition des premières formes de ségrégations internes avec les regroupements de ressortissants dans chaque ville comme si les Guinéens se sentaient expatriés en dehors de leur région natale.
Deux facteurs importants ont permis cela : d’abord les guinéens qui n’étaient pas connectés à leur pays, vivant à l’extérieur et devenus champions de la démocratie qu’ils auront expérimentée ailleurs, et ensuite les médias qui sont à la base de tous les problèmes ethniques et raciaux dans le monde.
C’est le lieu de dire à nos frères de la « diaspora » que quand on veut nettoyer sa maison, la première contrainte c’est que l’on se trouve dedans. Ce ne sont pas les causeries oiseuses dans les salons en Europe ou en Amérique qui vont aider à construire le chez nous : nenni. Tous les guinéens doivent se sentir mobilisés sans passion et agir avec les limites de leur force. Mais cette attitude passe par la confiance en soi. Sinon, il n’y a pas à se faire un état d’âme si l’on préfère demeurer dans les pays d’aisance et de high life.
Quant aux émissions à la TV ou radiophoniques, il faut dire qu’elles ne sont pas innocentes, à contrario. Elles ne sont pas faites par des gens qui ont forcément lu l’évangile et qui font acte de charité. Elles sont souvent très tendancieuses et de nature à semer la zizanie. Ce sont des formes de communication de masse qui peuvent revêtir un caractère très insidieux. Ces informations qui ne se diffusent que de manière sélective et positionnée sont un véritable opium. Le doute et l’incertitude sont les éléments clés de la panique que génère cet opium.
Témoins, les récents événements de Conakry que tout homme déplore vraiment surtout quand cela s’est passé en Guinée. La chose est presque incroyable. Mais, quoique le pays ait retrouvé son calme régulier, les événements continuent d’être présentés comme une litanie par différentes stations d’une telle manière que quand on ne vit pas à Conakry, on se sent dans une guerre civile sans merci qui embrase tout le pays. On peut même se demander où se cachent ceux qui transmettent ces messages tellement que la menace de mort semble peser sur eux. Mais nous avons suivi avec joie les récentes visites du Chef de l’Etat en Moyenne Guinée. C’était la belle image qui a toujours caractérisé le pays.
Toutefois, les douloureux événements du 28 septembre sont à mon avis, arrivés par des cautions graves qui demandent de pousser loin les recherches. Il y a ceux qui en sont morts très malheureusement et pour lesquels nous devons prier chaque jour. Il y a ceux qui ont tué, ceux qui sont à la base de leur mort. Il y a ceux qui cherchent à créer des précédents. Il y a ceux qui veulent arriver à leur fin coûte que coûte. Tout ceci demande de la circonspection et du discernement. Or, les organisations humanitaires s’agitent à mon avis de manière trop hâtive. On connaît le coupable et il faut crier haro sur le baudet. Malgré les grandes capacités policières il n’est pas question de situer la responsabilité ailleurs que là où on la veut situer. Ainsi il est facile de se débarrasser d’un homme trop gênant par son honnêteté, son intégrité et sa popularité toujours grandissante.
Dans un esprit de sagesse africaine, les responsabilités seraient spontanément partagées entre le gouvernement et les responsables de Partis qui ont envoûté même des enfants innocents jusqu’au sacrifice de leur vie pour des idées probablement sans aucun lendemain. Ils ont marché pour une cause personnelle et contre toutes les interdictions faites par l’autorité en place.
Dans un drame conflictuel, il faut savoir distinguer les éléments affectifs des faits. Pour traiter les cas et résoudre les désaccords, on prend du temps, suffisamment de temps puis on passe à l’étape d’analyse. Qui sont les acteurs du drame, quelle est leur préoccupation que veulent-ils vraiment ? Dans le cas présent, pourquoi la date du 28 septembre ? En effet, il ne devrait pas y avoir de gratuité à choisir une date hautement significative de la vie du peuple de Guinée.
Beaucoup de guinéens s’agitent parce qu’ils veulent des changements immédiats pour des raisons qu’ils ne sont souvent pas capables d’expliquer. Heureusement, que cette portion de guinéens est loin d’être majoritaire. Elle est simplement supportée par des forces extérieures très mal informées des réalités à l’intérieur du pays. Le président Dadis est ovationné partout en Guinée. Ses apparitions sont clamées. Même récemment après les événements, on a entendu un peuple qui demandait à son président de continuer son programme de remise sur les rails d’un pays qui n’a que trop souffert. Les victimes interrogées à l’hôpital disaient leur regret d’avoir été manipulées. De ce fait, Je souhaiterais que les différents arbitres internationaux viennent sur le terrain et ils verront la position véritable du peuple de Guinée au nom duquel chacun se permet de s’exprimer.
En faveur de l’abandon du pouvoir par le CNDD, un argument, pas des plus convaincants voudrait qu’un militaire ne soit pas indiqué pour gérer un pays. Cet argument ne tient sur rien parce qu’il exclu le principe même de la démocratie. On n’est pas devenu militaire pour être écarté des affaires de son pays. De plus, il est absurde de rejeter une expertise indiscutable dans le processus de développement d’un pays parce que cette expertise est détenue par un militaire.
D’autres guinéens que nous entendons dans la rue disent des choses inacceptables pour des gens qui veulent l’aventure d’une démocratie sans couleur de fond. Certains guinéens se réclamant d’appartenance outre que les autres, disent – J’ai honte de le dire – ils disent ceci : « c’est notre tour ». Évidemment, personne ne dira jamais ouvertement du tour de qui il s’agit mais je crois que si cette assertion peut faire la fierté d’un homme, c’est qu’il a encore un long chemin de conversion à poursuivre. Il ne faut surtout pas oublier qu’il y a en Guinée au moins une trentaine d’ethnies et près de cent Partis politiques. Chacune des ethnies réclamera-t-elle son tour ?
Quelle honte dans un pays qui pourtant possède toutes les assises pour vivre un monde meilleur ! Nous ne pouvons pas faire marche arrière et nous ne pouvons pas laisser des corrompus et des assoiffés de pouvoir compromettre l’avenir de notre pays.
Ce qui est sûr, c’est que le Président Dadis et le CNDD sont victimes de leur bonne foi et de leur intégrité, mais aussi de leur désir de toujours dialoguer dans la transparence. Ayant pris le pouvoir pour un redressement, tous les guinéens de bonne volonté avaient soufflé ouf. L’espoir d’une Guinée plus juste venait de naître. Mais nos nouveaux chefs ont joué à l’aventure du villageois et du serpent dans les fables de La Fontaine. Ils avaient attaqué des dossiers importants dont le traitement aurait ramené l’ordre dans le pays. L’abandon du dossier de la drogue, des audits d’assainissement du patrimoine national, la réhabilitation des partis politiques à caractère d’entreprises privées et l’acceptation d’une échéance irréaliste de quelques mois pour des élections ont permis aux accusés conjecturaux de contre attaquer et de faire recours à la justice d’une scène politique, d’un milieu qui leur est plus familier. Du coup c’est le CNDD qui est mis au rebut contre la volonté de la population guinéenne qui va subir encore les abus d’un système on ne peut plus injuste.
Avec cela, plus personne ne parlera de poursuivre les trafiquants de drogue. Les audits passés sous silence, des personnes en grande suspicion pourraient se présenter et être élues à la magistrature suprême du pays. Quel dommage et quel gâchis. Et puis, ces dossiers doivent être tus pour des raisons très profondes d’équilibre économique dans la sous région n’est-ce pas ?
Cependant, si le CNDD n’est pas accepté en Guinée, c’est aux guinéens de le dire. Ce n’est surtout pas aux responsables des Partis politiques décriés ou à des tiers d’agir à la place des guinéens. Encore une fois, notre démocratie donne des preuves qu’elle est boiteuse et inappropriée pour un continent et un monde aux valeurs supérieures. La gendarmerie internationale devrait donc aller plus vers les points chauds de la planète plutôt que d’allumer des feux là où il n’y en a pas. Déjà les phénomènes naturels font trop de ravages. Rappelons-nous les paroles de Montesquieu : « Il n’y a pas de plus cruelle tyrannie que celle qu’on exerce à l’ombre de la loi sous les couleurs de la justice. »
Autre chose inacceptable, c’est la décision de faire venir une force d’interposition, ou la décision de placer contre toutes les lois rationnelles, un gouvernement made in Abuja. Mais une force d’interposition en Guinée, ne fait aucun sens et ne présente aucun intérêt. Un gouvernement importé comme de l’huile ou du savon est encore plus ridicule. Il ne peut être l’aspiration d’aucun idéal national. Il serait totalement incompétent dans la réponse aux besoins du vaillant peuple du 28 septembre, ignorant tout son problème. Cela est simplement une atteinte à la dignité d’un peuple qui pourtant a traversé des périodes plus éprouvantes dans son histoire. Il y a en dehors des célèbres acteurs de la scène politique guinéenne beaucoup de citoyens qui ne demandent qu’à être associés à la résolution des problèmes divers du pays. Mais ils ont besoin d’être accepté dans l’arène politique et administratif du pays. Ce sont toujours les mêmes qui pivotent et qui ont fini par acquérir une routine à la tâche au grand dam du développement.
Je crois enfin qu’il vaut mieux que chacun dans ce monde comprenne que le NON guinéen du 28 septembre est un NON sans retour même si ceux qui avaient voté « oui » ou leur sympathisants continuent avec le fameux complot permanent dénoncé dans le premier régime. En réalité ce qui se passe est un véritable coup d’état contre notre pays ; c’est une confiscation pure et simple de notre souveraineté nationale. Les guinéens qui savent se déterminer en faveur de leur destin sauront encore une fois prouver au monde leur maturité à la face des peuples du monde entier. Nous avons le Président qu’il faut pour faire décoller le pays mais il commence à être trop gênant pour le monde des affaires sans frontières. « Entende qui a des oreilles. »
Enfin que chaque guinéen se souvienne toujours que « l’Impérialisme ne connaît pas l’Afrique et ne la connaîtra jamais » ; et que « l’Impérialisme trouvera son tombeau en Guinée ».
Vive la Guinée libre et unie !
Vive le CNDD !
Vive la justice et la paix !
Kamsar le 15 octobre 2009
Par le citoyen Mathieu Oussia BOIRO, Kamsar Ing. CBG
www.guineeactu.com
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