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Excellence Monsieur le Président de la troisième République
Le 3 Avril 1984, le Peuple de Guinée tout entier avait accueilli avec joie et allégresse le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) d’alors et le feu Président Lansana Conté. Le 25 Décembre 2008, 24 ans après, le Peuple de Guinée est en train d’accueillir le Comité National de Démocratie et Développement (CNDD) et son nouveau Président, le Capitaine Moussa Dabis Camara. Ne dit-on pas que l’histoire ne se répète pas ? Cependant, il y a des événements qui se ressemblent qu’on peut qualifier de faits historiques. Cet important événement m’amène à vous interpeller ainsi que les autres membres du CNDD.
Le CMRN avait tenu de belles promesses au Peuple de Guinée. Cela a suscité un immense espoir qui s’est transformé en illusion. Il avait promis de ne jamais faire couler le sang du Guinéen à cause du passé douloureux que le Peuple martyr de Guinée a connu durant la Première République. Il avait promis également de rendre le pouvoir aux civils, d’instaurer la démocratie, de restaurer les libertés individuelles et collectives, et de promouvoir le développement socio-économique de la Guinée. Le feu Président de la République, Lansana Conté avait dit clairement qu’ils étaient venus tous au pouvoir pauvre et que si on voyait un d’entre eux devenir riche, de considérer qu’il a volé.
Peut-on fournir avec exactitude les statistiques du nombre de Guinéens et Guinéennes assassinés durant la deuxième République ? A quel civil le pouvoir a-t-il été rendu et quand ? Quelle démocratie a-t-on instaurée ? L’expression du Peuple a-t-elle été respectée ? Les libertés individuelles et collectives ont-elles été assurées ? Le Peuple a-t-il eu droit au bonheur ? Le lieu où le Président a prévu son enterrement est-il un don de Dieu descendu du ciel ou d’un héritage ? Les réponses à ces quelques questions pourraient nous aider à faire un bilan partiel de la deuxième République.
Le CNDD vient à son tour de promettre au Peuple de Guinée d’organiser les élections Présidentielles libres et transparentes en Décembre 2010. Monsieur le Président, vous venez d’affirmer également que vous n’êtes pas venu pour vous éterniser au pouvoir et que vous n’avez pas d’ambition politique, si ma lecture est bonne. Le Peuple de Guinée prend acte de cette bonne déclaration et vous observe avec vigilance.
Excellence Monsieur le Président
Le feu Président Lansana Conté semblait être animé par de bonnes intentions. Malheureusement, le goût du pouvoir caractérisé par l’accès à l’ensemble des ressources publiques de l’Etat et l’influence conjuguée de ses proches parents et amis ont fini de changer l’homme du 3 Avril pour devenir un tyran et un assoiffé de l’argent. Ne dit-on pas que le pouvoir use l’homme ou que l’appétit vient en mangeant ?
Les membres du CMRN d’alors s’étaient laissé piéger par leurs propres parents et amis qui ont fini de créer d’une discorde entre eux en favorisant la tentation de récupération ou de confiscation du pouvoir par le clan de Diarra Traoré et celui de Lansana Conté. Cette influence négative a profondément entamé le tissu social du pays dont la plaie est loin de se cicatriser.
Il appartient au CNDD de tirer suffisamment les leçons de l’échec du CMRN et de s’engager résolument à éviter d’être l’otage des parents ou des amis ou d’un Parti Politique. Si vous réussissez à garder la cohésion entre vous et à travailler exclusivement en faveur de l’intérêt supérieur de la nation, votre œuvre restera immortalisée dans l’histoire de notre pays. Si c’est le contraire, vous perdrez votre crédit de confiance et vous risquez d’être rejeté par ceux qui vous ont applaudi en ce jour du 24 Décembre 2008.
Excellence Monsieur le Président
Notre pays a besoin de se réconcilier pour faire face aux grands défis qui nous attendent. Vous devez privilégier le dialogue et la concertation pour amener les Guinéennes et Guinéens à s’accepter, se tolérer et se pardonner. La chasse aux sorciers ne saurait être la meilleure solution. Car, aucun procès juste et équitable des deux Républiques ne saurait être entamé sans une accusation de l’armée. Seule l’option de réconciliation, à l’image de l’Afrique du Sud, pourrait grandir le pays, honorer les victimes et pardonner les bourreaux. Empêcher de nouvelles dérives, restaurer l’autorité de l’Etat, instaurer l’égalité de chance entre l’ensemble des fils et filles du pays relative à l’accès aux ressources publiques du pays, permettre au Peuple de choisir et de révoquer librement les hommes et femmes qui doivent prendre en main son destin et promouvoir le bien être des Guinéens et Guinéennes constituent les défis majeurs auxquels vous devez impérativement faire face.
Excellence Monsieur le Président
Le CNDD ne saurait prétendre réaliser seul ses nobles défis sans une réelle participation active de l’ensemble des forces vives de la Nation, à savoir les Partis Politiques, la Société Civile, les Syndicats, l’Armée, le Conseil Religieux et les Coordinations Régionales. La pratique de l’exclusion n’a jamais pu fédérer les forces vives autour des enjeux majeurs liés au développement socio-économique du pays. Au contraire, elle a encouragé la division, le favoritisme, le clientélisme et la médiocrité. Notre salut serait de permettre à chacun de reconnaitre ses erreurs et faire en sorte que nous puissions éviter les mêmes erreurs ou prévenir d’autres à l’avenir. Cela ne voudrait pas signifier tourner la page sans savoir qui a fait quoi afin que les Guinéens et Guinéennes soient suffisamment éclairés sur les actes qui ont été posés par les gens à un moment de l’histoire de notre pays et prendre la décision qui s’impose. Il ne me semble pas que vous puissiez réaliser des miracles en deux ans Monsieur le Président, si vous tenez à honorer votre engagement devant le Peuple de Guinée. Cependant, vous pouvez effectivement jeter les bases du renouveau démocratique et amorcer les réformes d’ordres économique et financier visant à favoriser le développement socio-économique du pays.
Sur le plan Politique, vous pouvez organiser en 2009 des élections législatives, communales et communautaires couplées et celles présidentielles en 2010. Vous devriez faire en sorte que le Gouvernement que vous aurez la lourde responsabilité de diriger, d’assurer l’équité entre les différentes formations politiques durant l’ensemble des consultations à réaliser sous la troisième République. Car, votre premier test de crédibilité en dépendra largement et vous permettra de rejoindre soit les grandes figures africaines telles qu’ATT du Mali, Jerry Rawlings du Ghana, etc. ou suivre les traces des feux Présidents Lansana Conté ou de Mobutu de la RDC. N’oubliez pas que les temps ont changé, vous trouverez le Peuple de Guinée sur votre chemin, prêt à se battre pour faire aboutir ses aspirations légitimes et vous aurez très peu ou pas du tout de soutien politique et financier de la part de la Communauté Internationale. Il y a urgence à revoir la Constitution guinéenne afin qu’elle soit adaptée à la volonté du Peuple et non pas pour assoir les désirs d’un individu.
Sur les plans économique et financier, vous pouvez stopper l’hémorragie, réduire le train de vie des agents de l’Etat, assainir les finances publiques, mettre en place un mécanisme fiable et performant de lutte contre la corruption et l’impunité et assoir les reformes clés indispensables pour amorcer le développement socio-économique de la Guinée. Vous devez dès maintenant, inviter tous les Guinéens et Guinéennes à privilégier l’éthique dans la gestion des biens publics avec comme slogan une Guinée sans corruption. Vous pouvez également lancer les initiatives relatives à l’emploi des jeunes en vue de favoriser la création des entreprises économiques rentables en mettant en place des supports techniques et financiers et encourager également la mise en place des entreprises d’insertion (employabilité).
Excellence Monsieur le Président
Notre pays n’a pas besoin d’un Gouvernement pléthorique, il suffit d’avoir une structure raisonnable apte à assurer une transition apaisée. Vous devriez privilégier les critères liés à la compétence, à l’intégrité et au mérite. Je voudrais vous suggérer de garder le Ministère en charge de la Décentralisation et du Développement Local au lieu de le fondre au sein de l’Administration du Territoire. Il y a des réformes d’une importance capitale qui sont enclenchées à travers les projets et programmes qui soutiennent notre Politique de Décentralisation dont le pays aurait beaucoup à gagner si elles pouvaient être réalisées telles que prévu.
Pour terminer Monsieur le Président, je voudrais vous dire humblement mon désaccord de voir l’armée à la tête du pays. Car cela ne correspond pas à sa vraie mission. Cependant, si vous pouvez tenir votre engagement et amorcer les réformes tant attendues, le peuple vous apportera son soutien indéfectible.
Vous souhaitant plein succès, je formule mes prières auprès d’ALLAH de guider vos pas vers la réalisation de vos promesses et non sur le mauvais chemin. Amen.
Recevez Monsieur le Président mes salutations distinguées.
Oumar Wann, Consultant en Gouvernance et Développement Local pour www.guineeactu.com
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