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De l’émotion à la réflexion…
(À la réflexion active!)
Nous sommes, peut-être, à l’orée d’une nouvelle ère de notre histoire, si douloureusement vécue, depuis sa genèse.
L’histoire n’ayant d’origine, que par sa genèse, nous nous situerons par rapport aux cinquante dernières années.
Nous sommes, aujourd’hui, majoritairement préoccupés par la sortie de crise, dans un climat relativement apaisé, s’il en est un.
Un premier ministre est nommé, (désigné) depuis quelques semaines, la configuration du paysage sociopolitique, laisse montrer que le Conseil National de Transition, dont la première personnalité vient d’être également nommée, devra faire office de parlement, en l’occurrence, d’assemblée nationale.
Le Président de la République, par intérim, dont les attributs ne sont pas clairement définis, sera là pour « surveiller le lait sur le feu ».
Sa bonne foi et ses intentions sont louables, les prémisses sont encourageantes, aidons-le à transformer l’essai : Les entraves sont innombrables et le chemin est long, dédaléen et miné.
Pour me reprendre, les mauvaises herbes sont prolifiques, il faut les circonscrire.
(Cf. 1ère partie Guinée-patrie ! Une gageure ?)
Nous sommes tous, autant préoccupés par la tenue d’élections, dans un délai de six mois, (top chrono !).
Je reste sceptique, quant à ce délai, et ce, comme le dit le penseur, « doucement, doucement car on est pressé ».
Ce délai, disais-je, me paraît insuffisant pour préparer et aller à des élections libres, transparentes, crédibles et sans trop de « salissures ».
Notre objectif est de construire un état moderne, répondant aux critères institutionnels afférents. Les élections, elles, loin d’être une panacée, seront les préludes d’un long cheminement, pour aboutir à ce qu’il est convenu d’appeler, un état civilisé, de par le fonctionnement de ses institutions qui elles, ne valent que par leur équilibre fonctionnel.
Le chemin sera, sans doute, très long : nous sommes dans un environnement systémique, où sont légion, la prévarication, la concussion, le népotisme, et le petit dernier, le narco trafic, devenu le plus grand de tous.
ET SI L’EX CHEF DE LA JUNTE, PASSAIT POUR L’ARBRE QUI CACHE LA FORET ?
(La phrase pour garder son sens initial, devrait être exploitée dans son contexte originel).
Cette forêt, disais-je, constituée par un conglomérat de responsables, qui ont eu pour attitude caractérielle, de faire main basse sur la chose publique. Ils ont également, pour aptitude, de muter en fonction des données du terrain.
Dans cette hypothèse, les auteurs des évènements ineffables du 28 septembre 2009, s’ils sont des assassins en direct, et c’est bien le cas, eux, ces dirigeants à tiroir- caisse, n’en sont pas moins assassins.
Ces prédateurs, qui ont étés programmés et formatés, sous les auspices de la réal politik du microcosme ambiant de l’époque, pour agir froidement et sans scrupule.
Ils ont toujours accompli leurs besognes au mépris des valeurs quintessentielles, de ce qui devrait être, la base de la démocratie républicaine.
Cette irrévérence, cet irrespect de la république, qui ont consisté à la violenter en permanence, au point de la désacraliser impunément, sont bien des causes essentielles du mal guinéen.
Aujourd’hui, le chef de la junte militaire, du moins celui qui l’a été jusqu’au 3 décembre 2009, date de l’attentat contre sa personne physique, celui-ci est voué aux gémonies : n’a-t-il pas été l’arbre qui cache la forêt ?
En remontant notre histoire, nous pourrions certes réaliser, que le personnage est le pur produit de son environnement : « le fruit ne tombe jamais loin de son arbre ».
L’axiome pays riche- populations pauvres, trouve essentiellement ses raisons originelles dans cette pratique malveillante que nous condensons pudiquement, sous le vocable de la « mal gouvernance ».
Les souffrances de notre peuple n’ont rien d’une fatalité. Elles ont étés générées, par des pratiques très peu recommandables, de ceux qui ont eu la noble mission de porter le destin de leurs concitoyens.
Le constat est affligeant et sans appel : en répertorier les dégâts incommensurables, n’aurait qu’un effet de redondance. De là, renoncer définitivement à faire l’état des lieux, et passer par perte et profit, les méfaits de la république des kleptocrates, contribuerait à élargir le boulevard de l’impunité.
En effet, si les évènements du 28 septembre2009 ont impactés, tels des armes à destruction massive, les crimes économiques, eux, insidieusement ont consumés le peuple au fil du temps. Les auteurs respectifs doivent répondre de leurs actes : L’impunité ne devra point être sacrifiée sur l’autel de la transition et de la réconciliation.
Ne balayons pas nos problèmes, pour les accumuler sous le tapis, ils remonteront cette fois, avec les petits qu’ils auront accouchés en hibernation.
Notre pays a été une succession d’erreurs, de fautes commises et non réparées : amnésie ou cupidité, l’histoire ne le pardonne pas, et les faits finissent par nous rattraper.
Pour illustrer la délitescence de l’état, nous observerons les deux paramètres servant d’équipements structurants, mais aussi de baromètre à tout développement : la santé et l’éducation.
Ces deux composantes régaliennes de l’état demeurent les omissions délibérées de notre société.
- Les prébendes de l’état, qui devraient servir à édifier, et à rendre opérationnelle nos structures hospitalières, ont été confisquées par des personnes privées.
Toute volonté réelle, d’élaborer une véritable politique de la santé publique, a été proscrite : Le taux de mortalité périnatale étant parmi les plus élevés de la région (données épidémiologiques de l’Organisation Mondiale de la Santé 2007).
Dakar et Rabat sont devenus les mégalopoles hospitalo-universitaires de la Guinée.
Et je ne le relèverais pas, si cela se situait dans le cadre d’échanges inter états, comme je l’ai tant souhaité, dans l’esprit d’une politique d’intégration régionale.
Mais, dans ce contexte, mon propos stigmatise une situation qui profite à quelques « privilégiés » tirant fortune du dénier public : nos hôpitaux sont convertis en mouroir. Certaines futures parturientes choisiront les hôpitaux étrangers, pour sécuriser l’accouchement d’un passage par voie haute (césarienne), rien que cela !
Et pendant ce temps, l’amertume est bien plus grande, quand on sait que faute de soins, les autres seront souvent rattrapées par la mort. (Nous consacrerons une rubrique thématique à l’état de la santé dans notre pays).
- L’école publique, lieu de savoir et de transfert de connaissance, délivre un enseignement souvent laborieux, faute de support pédagogique approprié et de moyens logistiques : A ne point investir dans l’instruction, car trop cher, on opte pour l’ignorance.
Pendant ce temps, et inexorablement, les dirigeants ont persévéré dans l’incurie aux dépens de nos populations. Dans les banques d’état, les dépenses extra budgétaires ont été institutionnalisées (banque centrale).
La politique monétaire, expansionniste, les revenus directs retirés de l’émission de la monnaie, conduisant à une spirale inflationniste, de nature à obérer considérablement le pouvoir d’achat du consommateur.
Les auteurs de ces actes indument posés, une fois avérés, devront répondre de leurs méfaits. Ils ne seront pas coupables que de faits mineurs, ces comportements impénitents ont suscité l’agonie du peuple, qui par nature, est immortel.
Aujourd’hui, je m’inquiète publiquement du retour de ces pilleurs de notre économie, ou de ce qui en reste. Les audits doivent continuer (attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain).
Le travail est fastidieux mais pas hors de portée, et pour réduire la récurrence, il faudra veiller désormais, à ne pas confier « nos troupeaux à paître aux loups ». Il s’impose alors, une réforme de nos institutions et une meilleure élaboration des structures de contrôle, pour une gestion plus rigoureuse de la chose publique : Moraliser la vie publique.
Dans cet esprit, les femmes, mais surtout les hommes qui voudront prétendre aux fonctions électives, auront à se prévaloir d’une virginité morale et politique. Ces personnalités seront choisies pour leur compétence, leur intégrité, leur probité morale et surtout leur attention pour la chose publique.
La noblesse de la politique, c’est le service des gens et de l’état.
Le moment sera sans doute venu pour le peuple, de se souvenir, de ceux qui l’ont tant privé de son droit, à jouir de ses biens, au demeurant inaliénables.
Le peuple doté de sa capacité mémorielle, s’exercera à résoudre cette équation.
Il ne s’agira pas de savoir, en effet, qui doit être à la tête, mais pour quoi faire : Si les prétendants ont déjà été aux affaires, ils en seront jugés au prorata.
Se garder alors, de jouer avec la queue du diable, parce qu’il aura affiché une allure d’ange.
Le passé ne meurt jamais, le passé ne passe même pas, et il lui suffit d’une piqûre de rappel, pour l’exhumer, tel un émonctoire.
Nous aurons alors, à établir une corrélation forte et positive entre notre passé et le futur.
LE ROLE D’EDIFICATION ET D’EMANCIPATION DE L’ACTEUR (TRICE)
POLITIQUE.
Faut-il le rappeler, l’action du politique doit s’inscrire dans une optique, lui commandant le devoir d’exemplarité : désintéressement, persévérance, conviction et probité.
Il doit incarner la démocratie, de façon à l’instiller au sein des populations : il n’y a pas de véritable république, qu’en présence de vertus républicaines, et la république a toujours été en danger quand ces vertus ont étés menacées.
Le cadre de conception et de dynamisation du mécanisme républicain, doit être l’état de droit.
Cette réalité, loin d’être un agglomérat de règles, sera un ensemble de règles justes, plaçant le pouvoir politique sous le contrôle du droit.
Ce modèle structuré, apportera sans doute à la démocratie, une garantie, dans sa phase opérationnelle. Et cette démocratie, qui n’a rien d’un instantané de café, naîtra et s’émancipera par nos soins, et dans le respect de nos institutions. Tout débat, pour être démocratique, devra s’inscrire dans ce cadre.
En effet, les institutions, si elles sont en faillite, c’est moins dans leur élaboration, que par le verrouillage du mécanisme fonctionnel. L’espace institutionnel, ainsi crée, servira de cadre d’action à l’acteur politique.
Cet espace permettra également, aux partis politiques dans l’opposition, d’activer cette synergie de contre poids, de régulation du pouvoir central et de force de proposition.
Il faudra alors, se garder de s’écarter du fil conducteur menant à la consolidation de la cohésion nationale, et à ne pas avoir en ligne de mire, que la seule conquête du pouvoir.
Il incombe, en effet, à l’homme politique, de responsabiliser les populations en terme de notion de démocratie : il ne peut y avoir de démocratie sans esprit démocratique.
Et si l’opposition devrait assurer l’alternance, elle ne pourra que mieux s’en inspirer.
En toute hypothèse, et quelle que soit la couleur politique ou l’obédience du futur pouvoir, il ne vaudra que par sa volonté, sa détermination à réconcilier le peuple avec la chose publique : la tache sera ardue, dans un système lourdement entravé par des pratiques d’un autre âge.
Il ne suffira pas de casser le thermomètre, pour arrêter la fièvre, le mal doit être pris à la racine sous peine de faire l’effet d’un emplâtre sur une jambe de bois.
Le politique n’aura d’autre choix que de s’y atteler.
La politique est en tout, et ne dit on pas, que « si tu ne t’occupes pas d’elle, la politique s’occupera de toi ».
Dans sa pratique, rendons-la alors plus noble : la politique ne vaut que ce que vaut la conscience de l’acteur.
Le pouvoir ne doit pas servir l’homme politique, pour l’accomplissement de ses besoins personnels, de quelque nature qu’ils soient, sous peine d’asservir son peuple.
Le pouvoir pour servir, afin de porter le destin du peuple et non s’en servir pour écrire son propre destin.
Le pouvoir, ça n’est pas un self service, encore moins gratuit, ou l’on vient prendre ce qu’on y a jamais déposé.
Le pouvoir n’est pas un moyen d’expression et d’écriture de sa propre histoire, si celle-ci ne se confond pas avec celle de son peuple.
Si l’ambition est naturelle et légitime, l’aspect personnel doit marquer le pas, face au service de l’autre, des gens et de l’état.
Placé dans cette optique, l’homme politique contribue à anoblir la fonction et cela commande de la concevoir et de la pratiquer autrement : C’est en cela, que le pouvoir, en dépit de son aspect fascinant, devrait être lourd à porter et à exercer.
Faudrait-il que l’homme politique, dans sa perspective de conquérir le pouvoir, le conçoive en terme de devoir, et non de prérogative, de privilège et de passe droit.
C’est à ce prix, que sera édifié, à mon avis, la Guinée dont nous rêvons tant.
Ce projet demande la contribution de chacun, car nous gagnerons ou nous perdrons ensemble. Les défis sont énormes, et ensemble, nous les convertirons en victoire.
Les tendances pourraient s’opposer, dans l’adversité, tout en concourant pour les mêmes objectifs, et dans le respect de nos institutions. Il ne peut y avoir de gouvernance démocratique, sans un fonctionnement correct de nos institutions.
Et cette démocratie qui n’est pas une fin en soi, demeure cependant un moyen qui participe de l’équilibre institutionnel, garantissant la stabilité politique.
Ayons beaucoup d’attention et d’études, pour les idées qui restent, et finissent par constituer la charnière super structurelle de notre patrimoine sociale et politique.
L’homme, lui ne fait que passer, seule la nation demeure, œuvrons à sa réalisation.
Donnons nous la main pour cette grande aventure, afin décrire ensemble, les prochaines pages de notre histoire.
Gardons, les lignes de dialogues et de communications ouvertes.
Les grandes guerres, ont fini par mettre par les belligérants autour de la table.
Le 14/02/2010
Bocar CONDE Chargé de mission / O.M.S.
www.guineeactu.com
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