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Toutes mes félicitations et tous mes encouragements pour le travail que vous faites pour notre pays. Seulement, je voudrais vous signaler qu’aller aux élections présidentielles sans referendum ni législatives serait une violation des droits du citoyen ordinaire. On peut lire dans le titre premier, article 2 du projet de constitution « article 2 : La souveraineté nationale appartient au Peuple qui l’exerce par ses représentants élus ou par voie de referendum. Aucun individu, aucune fraction du peuple ne peut s’en attribuer l’exercice ».
Ainsi, je considère ce projet de constitution comme étant une souveraineté nationale appartenant au peuple. Et aucun individu (même le président de la république ou un leader politiques), aucune fraction du peuple (le CNDD, le CNT, les membres du gouvernement, la CENI, les forces vives, une alliance ou une association) ne peut s’en attribuer l’exercice. Donc, rendons aux Guinéens leurs droits : le referendum et une parfaite séparation des pouvoirs avant les présidentielles.
Je n’ai vu nulle part au monde une constitution adoptée par un simple décret présidentiel et surtout un président qui n’est pas un élu du peuple. Ensuite, les pressions extérieures ne doivent pas peser sur les autorités guinéennes jusqu'à ce qu’elles violent les droits de tout un peuple. Nous voulons tous le bonheur de ce pays, il faut que nous réfléchissions beaucoup avant de prendre une décision qui risque de mettre en jeu l’avenir de toute une nation. Que les Guinéens osent se dire la vérité et accepter cette vérité pour l’intérêt de tous les Guinéens. Malgré tout ce qu’ils ont pris, ceux qui précipitent les élections veulent prendre encore et ils croient que Jean-Marie Doré va finir de prendre toutes les devises avant la fin de son mandat. Quelle honte et quel antipatriotisme, des élections présidentielles sans constitution et sans législatives ?
Madame la Présidente, n’avalez pas l’appât lancé par le cercle vicieux des opportunistes et égoïstes dont la seule ambition est le fauteuil présidentiel ou ministériel, tant pis pour les conséquences sur l’avenir de notre pays. Honorable Hadja, nous vous demandons le respect des droits du Guinéen, surtout son droit de voter pour la constitution qui va affecter non seulement son avenir mais aussi celui de ses enfants. Hadja la syndicaliste, étant Présidente du CNT et connaissant la situation de notre pays depuis plus de 50 ans d’indépendance, les Guinéens vous rendront coupable en cas d’une nouvelle dictature ou de mauvaise gouvernance dans l’avenir si vous acceptiez que la constitution de notre pays soit promulguée par un acte d’ordonnance signé par un président non élu du peuple ou adoptée par un groupe de dirigeants non élus du peuple et dont la majorité nommée par affinité ou par relation.
Madame la Présidente, il est clair pour Général Sekouba Konaté, son entourage, les leaders politiques et la communauté internationale, que les Guinéens n’accepteront plus un pouvoir militaire ou une autre dictature civile. Donc, cela ne mérite pas d’être un argument pour un leader politique de précipiter les élections sans referendum. Nous devons tous prendre honnêtement et consciencieusement nos responsabilités afin que cette opportunité soit une solution définitive pour en finir avec le passé. Ni le président par intérim ni le CNT ne dispose d’un pouvoir ou d’une loi lui permettant d’adopter la constitution à la place du peuple, car personne d’entre eux n’est un élu du peuple et personne d’entre eux ne dispose d’une loi préalable votée par le peuple lui attribuant ce pouvoir. Madame, malgré nos ressources naturelles et humaines, malgré plus de 50 ans d’indépendance, notre pays n’a ni eau ni électricité, aucune université et aucun hôpital digne de ce nom, aucune école primaire ou secondaire fiable, aucun centre de loisirs pour les enfants et les jeunes, aucune sécurité pour la population, l’état de droit n’existe pas, l’injustice et l’abus du pouvoir sont monnaie courante sur la pauvre population.
Honorable Hadja, sachez que discuter, amender et adopter la nouvelle constitution est et demeure un droit primordial, absolu et inaliénable du Guinéen. Donc, il ne doit sous aucun prétexte être privé de ce droit. Les leaders politiques qui promettent de respecter et de faire respecter les principes de la démocratie après leur élection mais qui acceptent d’aller en campagne et aux élections sans constitution ou avec une constitution promulguée ou adoptée par des individus (Président de la République ou membres du CNT) non élus du peuple, présentent déjà un mauvais signe de leur administration en cas de leur élection.
Le peuple de Guinée sait qu’il y a des leaders politiques qui précipitent les élections présidentielles sans referendum et avant les législatives pour des raisons multiples et dont voici certaines:
- Protéger la mafia hautement installée en Guinée dont ils sont ou ont été membres pour continuer le pillage de l’économie nationale.
- Faire l’impossible pour qu’il y ait élection présidentielle avant ou sans referendum, ni législative, afin qu’ils puissent maintenir l’ancien système de corruption, de pillage, d’injustice et de démagogie administrative.
- Eviter les débats politiques pour éviter un face-à-face avec le peuple car ils s’attendent à des questions qui méritent bien une réponse avant les premières élections démocratiques, libres et transparentes dans l’histoire de notre pays.
- Eviter de donner le temps au CNT et au peuple de Guinée de voter des lois ou d’exiger de connaitre les sources de financement de leurs campagnes politiques.
- Eviter que le peuple ne comprenne que leurs discours ne reflètent pas la vérité du peuple mais la fausseté pour masquer leur situation spéciale qui les rend coupables de près ou de loin de la situation actuelle du pays.
- Faire de cette opportunité un autre rendez-vous encore manqué en instaurant une nouvelle dictature dont la Guinée payera avec arrestation et incarcération arbitraire, ou encore une fois avec le clientélisme, l’instabilité, le sang, l’impunité, la corruption, le détournement et autres, la liste est longue.
Enfin Madame, dans la vraie démocratie, aucun président ne peut être élu avant de passer à l’interview du peuple (débat politique) ou sans connaître les lois du pays (constitution) et ses attributions (séparation parfaite des pouvoirs). Alors, Hadja, aidez-moi et aidez beaucoup d’autres Guinéens comme moi de connaître et comprendre les raisons pour lesquelles le peuple de Guinée va voter pour un président sans voter pour la constitution sur laquelle non seulement il va prêter serment mais qui sera aussi une référence et un outil lui permettant de bien diriger le pays. Hadja, à vous de faire votre analyse et votre travail. Car, en cas de malversation ou d’une nouvelle dictature en Guinée, vous serez la première personne qui rendra compte au peuple et qui répondra devant l’histoire.
QUE DIEU BENISSE LA GUINEE ! LA GUINEE D’ABORD !
1er Mail 2010
Oumar B. Diallo Président – ADEGUI
www.guineeactu.com
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