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Messieurs Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé,
« L’histoire n’est pas répétition et les coïncidences qu’elle comporte, sont aussi des dépassements ».
Si vous étiez fans du Bembeya jazz national dans les années 1970, vous savez donc que cette phrase empruntée au président Ahmed Sékou Touré par Sékou « le gros » Camara, servait d’introduction au concert « agression ».
L’histoire ne se répète pas ? C’est sûr ! les coïncidences sont-elles toujours des dépassements ? Cela est moins sûr !
Le 28 septembre 1958, lors du référendum proposé par De Gaule, vous n’avez certainement pas voté Mr Diallo, à cause de votre jeune âge, et vous, Alpha Condé, comme la majorité des Guinéens majeurs à l’époque, vous avez peut-être contribué à sortir la Guinée du joug colonial, en faisant ce geste sublime de déposer le bulletin gravé « Non » dans l’urne.
Le 2 octobre 1958 fut une date historique et les Guinéens dans l’allégresse générale, caressaient pour eux-mêmes et pour leur descendance, le rêve d’un avenir radieux.
Le rêve est devenu cauchemar : le ciel s’est assombri au nom d’une certaine révolution et l’orage qui s’est abattu sur le pays a détruit tout espoir de bonheur.
Le 3 avril 1984, au terme de 26 ans de régime totalitaire, la Guinée se réveilla au son du clairon militaire et chacun vit le soleil surgir des nuages opaques. L’effervescence populaire fut à son comble ! Comme le 2 octobre 1958 et comme le 2 octobre 1958, les Guinéens se mirent à rêver d’un avenir radieux. L’histoire s’était répétée !
Hélas, le ciel s’assombrit de nouveau et la tempête déferla sur le pays avec une rage que rien ni personne ne put arrêter. L’histoire s’était répétée !
Le 25 décembre 2008, la prise du pouvoir de Dadis Camara a suscité de grands espoirs chez les Guinéens. L’histoire s’était répétée !
Devons-nous laisser le ciel s’assombrir une troisième fois, et laisser la foudre s’abattre sur le pays ? La réponse à cette question est à votre portée messieurs Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo et, avec vous, tous les acteurs politiques de la Guinée.
Vous et vos collègues des partis politiques avez réussi, avec la complicité de la société dite civile et des organisations internationales, à imposer à Dadis Camara des élections prématurées, hâtives et pleines de risques pour le pays, dans le seul but d’assouvir votre soif de pouvoir. Soit ! Mais de grâce, répondez honnêtement aux questions suivantes, qui n’ont pas pour but d’accuser, mais de comprendre.
Ces questions et d’autres qui préoccupent les Guinéens n’apparaissent pas, malheureusement, dans vos communications et celles de vos états-majors et vos thuriféraires sur le net. Arrêtez donc les intoxications de l’opinion nationale et répondez !
Monsieur Alpha Condé : Pouvez-vous éclairer le peuple de Guinée sur les rumeurs vous attribuant un rôle, dans le sillage de Blaise Compaoré, dans les rebellions qui ont endeuillé les peuples libériens, sierra léonais et libériens ?
Est-il vrai que pendant votre exil en France, au temps de la Révolution, vous boudiez toutes les réunions de l’association des malinkés de France de Djibadjan Kaba, que vous traitiez par ailleurs, d’organisation sectaire et dangereuse pour l’unité nationale ?
Cette attitude n’est-elle pas en flagrante contradiction avec celle que vous avez, depuis votre retour au pays, qui consiste à vous faire passer pour le leader naturel de la Haute Guinée ?
Est-il vrai que pour garder un monopole de fait sur la Haute Guinée, vous avez refusé la main tendue de Kouréissy Condé et de Mansour Kaba, au début des années 1990 ?
Cette attitude n’a-t-elle pas contribué à précipiter le premier dans la mouvance de Lansana Conté, et le deuxième dans un repli sécuritaire qui l’a empêché d’implanter son parti dans les régions qu’il considérait comme ses bases électorales (Kérouané, Mandiana, Dalaba etc..) ?
Quelle garantie pouvez-vous donner aux Guinéens, que vous ne roulez pas exclusivement pour la cause malinké ?
Monsieur Cellou Dalein Diallo : Est-il vrai que dans la première République, vous apparteniez au corps des inspecteurs politiques de Sékou Touré ?
Si oui, avez-vous joué un rôle dans l’obtention forcé des aveux des victimes du camp Boiro ?
Après votre longue participation à la gestion du pays au temps de Lansana Conté, notamment en qualité de premier Ministre, pouvez-vous honnêtement regarder les Guinéens en face et soutenir que vous n’êtes pas coresponsable de tout ce qui fait leur malheur aujourd’hui ?
On ne vous connaît aucune qualité d’opérateur économique avant votre collaboration avec le pouvoir de Conté. Alors, comment s’explique votre enrichissement, dont les signes extérieurs sont visibles aussi bien en Guinée qu’à l’extérieur du pays ?
Etes-vous prêt, pour une question d’honneur et de probité morale et politique, à conditionner votre candidature aux présidentielles, aux résultats d’un audit sur votre gestion lors de vos mandats successifs au temps de Conté ?
Quelle garantie pouvez-vous donner aux Guinéens que vous ne roulez pas exclusivement pour la cause du Fouta et des ressortissants ?
Messieurs Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et autres leaders politiques :
Que pensez-vous de la recomposition administrative de la Guinée, en fonction des 4 régions naturelles ?
Mansour Kaba y est favorable, qu’en est-il pour les autres ?
Quelle stratégie avez-vous pour le développement de l’agriculture guinéenne, et pour sortir la Guinée de sa dépendance des recettes minières ?
Trouvez-vous normal que le taux d’autosuffisance alimentaire soit nettement plus faible en Guinée que dans les pays sahéliens du Mali et du Burkina Faso ?
Quelle solution avez-vous, pour résorber ce paradoxe ?
Que proposez-vous pour le plein emploi des jeunes et des moins jeunes ?
Quelles sont vos propositions pour l’éducation et la santé ?
Vos voyez : les questions sont nombreuses, et tous les Guinéens en ont aux lèvres, et elles restent sans réponse.
Alors, au lieu de les distraire en mobilisant derrière vous, les sages et les ressortissants des régions, répondez à ces questions pour qu’on sache si, avec les élections annoncées dans le courant de l’année, un autre orage ne se prépare pas pour ce pays qui n’aspire, depuis le 2 octobre 1958, qu’au bonheur pour toutes ses filles et tous les fils.
Sinkefara Bomba, Cotonou, Bénin pour www.guineeactu.com
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