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M. le président de l’UPR, permettez-moi en tant que citoyen soucieux de l’avenir de son peuple, de vous adresser ces quelques lignes en rapports avec la position qui est la vôtre dans le contexte sociopolitique si difficile que connaît notre nation depuis le 23 décembre 2008 qui a vu la reprise du pouvoir par l’armée.
A voir de près ce qui s’y passe depuis cette date maléfique du 23 décembre 2008, tous les observateurs avertis de l’évolution de la situation s’accordent à reconnaître que l’avenir de notre pays n’a jamais été aussi incertain qu’aujourd’hui. Notre ardent espoir de nous procurer d’un Etat respectueux des droits et de la dignité humaine, et où il fait bon vivre, est en passe de devenir un rêve inaccessible.
En guise de preuve, il suffit de considérer le bilan des 10 mois d’exercice du pouvoir suprême par la junte dirigée par le capitaine Dadis, autoproclamé chef de l’Etat. Un bilan sans équivoque que l’on pourrait de façon non exhaustive résumer en
- un Etat castré de ses institutions démocratiques et mis à mort, et érection à la place d’un Etat despotique
- des centaines de citoyens et citoyennes froidement assassinés, plus d’une centaine de disparus, des dizaines de femmes violentées et violées, et des milliers de blessés
- des arrestations et emprisonnements arbitraires suivis de tortures inhumaines
- une cohésion sociale entamée par l’ethnocentrisme et le régionalisme qui font que le pays est aujourd’hui au bord de l’implosion
- une insécurité galopante créant un véritable sentiment de psychose chez les citoyens
- corruption généralisée, vol et abus à outrance des deniers publics
Eu égard á ce constat désastreux, c’est à juste raison que le peuple de Guinée se sente trahi et abusé dans sa chaire et son âme par un homme qui lui avait promis démocratie et justice, bonne gouvernance et développement socio-économique, mais qui n’a pas tardé à se révéler être un officier de pacotille qui n’a aucun sens de l’honneur et de la dignité. Un imposteur inculte, incohérent, impulsif et évasif qui n’a pas trouvé mieux que de répondre par les massacres et viols en masse à l’appel á lui lancé par son peuple pour qu’il respecte sa parole donnée et lui aide a sortir de l’ornière.
C’est dire que le peuple de Guinée se trouve aujourd’hui confrontée au combat le plus décisif de son histoire, notamment le combat pour la conquête de sa souveraineté et de sa dignité, bafouées pendant plus d’un siècle maintenant.
Et pourtant, M. le président, c’est ce moment décisif fait de détresse et d’incertitude que vous avez choisi pour vous désolidariser de ce peuple et vous mettre du coté de ceux qui trahissent ses espérances, assassinent et violent ses enfants. Vous conviendrez que cet acte a indigné et laissé perplexe l’opinion et vous fait faire désormais office de figure sinistre et tragique dans le mouvement de lutte engagé par notre peuple pour sa libération de l’avilissante dictature militaire.
Aujourd’hui les Guinéens ont acquis la conviction profonde que le sens du combat que vous menez est contraire au leur. Vous avez clairement montré que vous militez pour la médiocrité, la stagnation socioéconomique et la violence érigées en système de gouvernance, et que pour vous la démocratie, l’état de droit et l’essor socioéconomique ne sont rien d’autre que des concepts vains. Fort heureusement, vous vous êtes démasqué à temps pour que les guinéens vous voient et sachent réellement ce que vous valez, et rassurez vous qu’ils en ont pris bonne note.
Vous essayez de nous refiler votre imposture en arguant que vous soutenez le programme du CNDD dans sa volonté de faire des audits, de lutter contre la corruption et le vol des deniers publics, etc. Mr Bah ne nous prenez pas pour des dupes! Tout le monde sait que ces audits que vous réclamez à cor et à cri restent le seul espoir pour vous de voir mis à l’écart ceux que vous considérez comme vos adversaires politiques potentiels et auxquels vous en voulez a mourir. Ce n’est ni plus ni moins! Autrement, si c’est de bonne foi que vous réclamez ces audits, qu’en pensez de la gestion actuelle de votre ami Dadis Camara qui distribue incessamment à tour de mains des milliards puisés dans les caisses de l’état? S’il y a quelqu’un qui soit coupable de malversation financière et d’abus des deniers public, c’est bien votre ami mussa Dadis Camara et pour ce fait, tout audit sérieux doit commencer par lui.
Toujours dans vos quêtes de circonstances atténuantes face à l’imposture commise, vous entonnez même avoir été le dernier à prendre acte de la prise du pouvoir par la junte par ce que vous privilégiez la voie constitutionnelle. Ne vous leurrez pas Mr le président, le fait que vous vous étiez accroches au respect de l’ordre constitutionnel n’était rien d’autre qu’un calcul opportuniste. Vous aviez cru jusqu'à la dernière minute qu’à cause des pressions qui fusaient de partout, la junte allait se désister au profit d’un retour à l’ordre constitutionnel et que votre mentor et bienfaiteur Aboubacar Sompare aurait eu à assurer la transition, ce qui aurait sans doute constitué pour vous un cas de figure on ne peut plus opportun. Ce n’est qu’après avoir pris acte que ce calcul n’était qu’un leurre de votre part que vous avez pris l’autre acte, notamment la prise du pouvoir par la maudite junte.
D’ailleurs toutes les forces vives de Guinée et toute la communauté internationale avaient fait la même chose et s’étaient même engagées à accompagner la junte, après que celle-ci ait fait ses déclarations de bonnes intentions. Le divorce est intervenu quand le chef de la bande a commis le manquement à sa parole d’officier donnée de ne pas se présenter aux élections à organiser au terme de la transition, et quand il est apparu que toutes ses autres promesses aussi n’étaient que de simples jets de crachat sur le visage de l’opinion. La différence entre vous et les autres est effectivement que eux ils mènent le combat du peuple, alors que vous, vous menez le combat d’un opportuniste aveuglé par le gain facile, qui n’a rien à avoir avec les exigences du peuple.
C’est la raison qui vous pousse à vous accrocher à un navire chavirant, piloté par un capitaine ivre et suicidaire, et déguerpi par toutes les bonnes âmes. Vous avez une propension naturelle et irrésistible à vous accrocher au plus fort même s’il est décrié et infréquentable. D’autre part votre choix est largement révélateur de la dèche politique et de la lutte de survie dans lesquelles vous êtes embourbés.
M. le président, aujourd’hui, le peuple de Guinée est convaincu qu’avec votre ami mussa Dadis Camara au pouvoir, ses aspirations à la démocratie, à l’épanouissement socio-économique et à la quiétude sociale resteront inaccessibles. Cet homme avec ses réflexes et agissements d’un hominidé primitif et qui par ce fait fait de la Guinée et l’Afrique la risée de l’humanité, n’a ni la légitimité, ni la volonté et encore moins la compétence ou l’intelligence d’apporter à notre peuple le changement qu’il réclame à cor et a cri. Aucun doute ne subsiste à cela et vous-même vous le savez. C’est pourquoi ce peuple est décidé à le combattre par tous les moyens à son bord jusqu'à ce qu’il parte. Et cela se fera sans vous.
Par ailleurs, je trouve vos mascarades et manigances en rapports avec la visite que vous lui organisée Fouta irresponsables, écœurantes et nauséabondes. Vous dites vous réjouir que cette visite ait eu lieu dans la mesure où elle a contribué au raffermissement de la cohésion nationale et à empêcher un conflit interethnique en Guinée. Voulez-vous dire que les forestiers se seraient attaqués aux foutaniens si leur Dadis ne s'était pas rendu au Fouta? Vous voulez sûrement insinuer ici que les habitants du Fouta qui n’ont pas voulu recevoir Dadis l’ont fait par ethnocentrisme, par ce qu’il est forestier. M. le président, cette tentative de culpabilisation des habitants du Fouta est irresponsable et inadmissible. Vous vous livrez ici à un jeu qui ne vous honore pas et n’aide pas votre pays, la Guinée.
Fort heureusement cette formule bien connue est devenue inopérante même si elle avait bien fonctionné au temps de la révolution, ou des cadres irresponsables et véreux de votre acabit, également originaires du Fouta, avaient étés cooptés par le régime sanguinaire de l’époque et contraints à reconnaître et fustiger un ethnocentrisme peuhl imaginaire qui n’existait que dans les esprits malsains de ceux qui voulaient ternir l’image de ces citoyens et trouver un prétexte pour leur infliger toutes sortes d’humiliations et de violences. C’est ainsi que le bourreau de la révolution est allé jusqu'à inventer des concepts comme racisme peuhle et situation exceptionnelle du Fouta qui avaient servi de prétexte au discours caustique et haineux qu’il avait prononcé contre les habitants de cette Région de la Guinée, les traitant de racistes, de prostitués, d’alcooliques, de traîtres et j’en passe. Un discours dans lequel il avait même appelé au génocide contre eux; heureusement que son appel a été ignoré par les paisibles populations des autres ethnies, si non la Guinée aurait été le premier pays africain à connaître la tragédie génocidaire avant Ruanda.
De nos jours encore nombreux sont les citoyens du Fouta qui souffrent de traumatisme engendré par cette stigmatisation de laquelle ils n’arrivent pas à s’émanciper. Ils sont encore sous l’emprise de ce sentiment de peur et de gène d’être taxés d’ethnocentristes et de traîtres pour le moindre geste qu’ils font et la moindre opinion personnelle qu’ils représentent. Alors que ce sont eux-mêmes qui sont victimes d’ethnocentrisme, d’exclusion et de harcèlement.
Malheureusement, ce sentiment est de nos jours encore largement entretenu et exploité par des personnes mal intentionnées comme Moussa Dadis pour continuer à museler cette communauté originaire du Fouta. C’est dans ce contexte que ce malade mental ne manque d’ailleurs aucune occasion de parler de traîtres en rapport avec certains cadres ressortissant du Fouta qui refusent de se plier à ses caprices empreints de folie, ou de parler d’ethnocentrisme en rapport avec cette même communauté. C’est ainsi d’ailleurs qu’il a dit dans son discours au stade de Labé, être venu pour combattre l’ethnocentrisme, comme si Labé et le Fouta seraient des territoires d’ethnocentristes.
M. Bah vous ferez mieux de prendre aussi acte que la Guinée d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était hier. Le peuple a évolué dans sa mentalité et n’entend plus se laisser faire comme il l’a fait au courant des 50 dernières années. Les populations du Fouta tout comme d’ailleurs celles des autres régions naturelles de la Guinée ont le plein droit de rejeter Dadis, pas par ce qu’il s’appelle Moussa Dadis Camara ou qu’il est forestier, mais par ce qu’il est un homme dont les agissements sont contraires à ce que cette communauté considère comme étant ses valeurs référentielles, notamment le respect de la parole donnée qui est un signe d’honneur et de dignité, le respect des religions et des livres saints qui fait d’un homme homme de foi, le respect pour la vie et la dignité humaine, qui est un signe de sagesse et de responsabilité, et j’en passe. Et ils ont également le droit de manifester leur désapprobation contre la volonté affichée de toute personne à prendre le peuple de Guinée en otage.
Du reste, les populations foutaniennes sont connues pour être les plus hospitalières et les plus tolérantes en Guinée, et elles savent que le Fouta, étant un territoire guinéen, tout fils de la Guinée a le plein droit d’y mettre pied. Ce qui n’est pas le cas de votre copain fou qui par mépris ethnocentriste et régionaliste n’a pas hésité à stopper net un des fils du Fouta dans sa tournée de prise de contacte avec les militants et sympathisants son parti politique, lui interdisant même de manger et de passer la nuit sur un territoire guinéen. C’est pourquoi vous faite preuve d’une hypocrisie et d’une malhonnêteté effarantes quand vous affirmez que la Guinée n’est pas compartimentée en plusieurs républiques dont certaines seraient accessibles aux uns et inaccessibles aux autres. D’ailleurs personne n’a interdit à votre fou d’aller à Labé; il lui a été seulement signifié qu’il ne sera pas le bien venu et par conséquent ne sera pas accueilli.
Ce que d’ailleurs vous ne savez pas ou faites semblant de ne pas savoir, c’est que Dadis était à Labé pour massacrer ses fils et violer ses filles. La preuve est qu’avant de partir, il a fait assiéger la ville par sa bande de violeurs et d’assassins ivres armée jusqu’aux dents, même des lance-roquettes. Cette bande n’attendait qu’une feuille morte tombant d’un arbre comme prétexte pour se jeter sur la paisible population de Labé et mettre leur plan génocidaire en exécution. Dadis l’avait d’ailleurs clairement dit dans son discours sulfureux et ethnocentriste qu’il était venu défier l’opposition, et quand il parle de cette opposition, il s’agit clairement des ressortissants du Fouta. Heureusement que la population de Labé n’a pas réagit à ce défi à lui lancé, autrement l’irréparable aurait été commis. Il n’échappe d’ailleurs à personne que c’est ce qui a échoué à Labé qui a été exécuté avec succès au meeting de l’opposition du 28 septembre 2009 au stade du même nom à Conakry et dans les quartiers dont les habitants sont majoritairement des ressortissants du Fouta.
C’est vous dire M. le président de l’UPR qu’en fomentant cette visite de la terre du Fouta par un cafre, vous avez voulu sacrifier les vies des habitants de cette région pour assouvir votre soif mercantile et adoucir vos sentiments d’amertumes d’un revanchard haineux.
Aujourd’hui vous partagez largement la responsabilité de toutes les violences qui ont été commises et continuent de l’être sur des paisibles citoyens dans notre pays depuis le 23 décembre 2008 par un assassin violeur et blasphémateur dont vous êtes devenu le soutien et la caution morale. Et il n’est point exagéré d’affirmer que vos mains et votre conscience, comme celles de votre disciple, sont à jamais tachées du sang de nos martyrs. Ne dit-on pas que celui qui soutient et cautionne les agissements d’un criminel est obligé de partager la responsabilité des conséquences qui en résultent?
M. le président, aujourd’hui le peuple de Guinée est unanime que:
- Premièrement, vous avez trahi Siradio Diallo en pervertissant et bradant sa grande œuvre, car vous vous cachez toujours sous le manteau d’idéaux du père fondateur et des lignes directrices de l’UPR pour justifier vos actes déshonorants.
- Deuxièmement, vous avez trahi le Fouta en cautionnant le massacre et le viol de ses fils et filles
- Et troisièmement, vous avez trahi le peuple de Guinée en acceptant d’être complice de ceux qui l’assassinent et le violent, et cherchent à verrouiller son avenir.
En fin de compte, étant donnée le caractère prémédité et la gravite de la forfaiture que vous avez commise, aucune circonstance atténuante ne saurait vous être accordée, c’est pourquoi il ne sert également a rien de vouloir vous rappeler a la raison. Le moment venu, le peuple de Guinée vous rendra certainement l’ascenseur.
Aux jeunes de l’UPR je dirais que les idéaux de votre père spirituel ont depuis longtemps déguerpi le temple tombé en ruine qui leur servait d’abri pour se réfugier ailleurs. Et les lignes directrices de votre Parti l’UPR ont pris des tournures dépravées qui les ont fait aboutir dans des îlots infectes et nauséabondes. Alors à vous de faire honneur à votre père spirituel en vous ressaisissant et renouant avec ses rideaux pour vous re-inspirer et rejoindre les vrais patriotes pour reprendre la lutte dans l’honneur et la dignité pour la libération de notre peuple.
N’acceptez pas de cautionner des agissements qui portent atteintes à la mémoire de celui qui constitue le fondement même de votre conviction et engagement politique.
En faisant ainsi, vous lui donnerez un ouf de soulagement et le remettrez en position de sommeil paisible dans sa tombe. Car il n’y a aucun doute que dans les circonstances actuelles, Siradiou Diallo aurait désavoué cette junte inculte et assassine pour rester du côté du peuple martyr de Guinée.
Pour conclure je vous rappelle ce dicton de nos ancêtres qui dit, je cite: « si doombun ronii dolokke laamu ngayuuri, koko kun ruka, kun nyudha ». Ce qui signifie qu’une souris qui hérite le costume royal d’un Lion ne peut que le froisser et le salir.
Moustapha Diallo, Bonn
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