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A son Excellence Dr Jean PING, Président de la Commission de l’Union Africaine - P.O. Box 3243 Addis-Abeba – ETHIOPIE
RE : Médiation du Président Compaoré et Résolution de la crise en République de Guinée .
Il semble que nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de nous voir cette semaine à Addis-Abeba. Je voulais cependant vous faire part de la vive inquiétude que je partage avec mes collègues et les membres de notre conseil d’administration sur la situation prévalant en République de Guinée et la proposition de sortie de crise que semble vouloir y apporter le Président Blaise Compaoré, mandaté à cet effet par la CEDEAO.
Si les rapports de presse parus en fin de semaine dernière sont exacts, le Président Compaoré semble non seulement accepter le maintien du capitaine Dadis Camara à la tête de l’Etat guinéen pour les dix mois à venir, mais il lui permettrait également de se présenter aux élections présidentielles qui suivront. Cette proposition s’apparente tout simplement à légitimer par les urines, un régime militaire qui vient de s’illustrer par le massacre de plus de 160 civils le 28 Septembre à Conakry, et aurait recruté des mercenaires étrangers pour former et entrainer des milices destinées à le servir.
Cette proposition contredit également la position du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine qui avait exigé de la junte, qu’elle renonce par écrit à se présenter aux prochaines échéances électorales pour le 18 Octobre, et a ensuite imposé des sanctions individuelles contre le régime, lors de sa réunion au sommet le 29 Octobre dernier, à Abuja. J’ai du mal à comprendre comment le Président Compaoré peut proposer de maintenir à la tête de l’Etat guinéen, des individus responsables de graves violations de droits de l’homme, mis sous- sanction par la plus haute instance de l’Union Africaine et qui seraient, par ailleurs, entrain de se procurer des armes en provenance de l’Ukraine, en violation fragrante de l’embargo.
Face au risque évident d’une implosion de la Guinée, ou encore de nouveaux massacres des populations civiles s’opposant à la junte, il me semble capital que le Conseil de Paix et de sécurité de l’UA, la commission, et la CEDEAO rappellent au Président Compaoré que le maintien au pouvoir de la junte ne doit pas être une option de négociation. Dans l’intérêt de la Guinée et des pays voisins, et conformément à la résolution de l’UA, le seul objectif de la médiation Compaoré devrait être de négocier le départ du pouvoir de la junte, et son remplacement par une administration civile, seule habilitée à pouvoir organiser des élections libres et transparentes.
Je ne sous-estime pas la difficulté de la tâche et me doute que vous partagez entièrement ces craintes, mais puisque nous n’aurons pas l’occasion de nous rencontrer, je tenais simplement à vous faire part de nos inquiétudes et à vous remercier à l’avance de toutes démarches vis-à-vis de la médiation Compaoré permettant d’assurer la conformité de son approche avec les positions courageuses de l’Union Africaines.
En espérant vous rencontrer lors de ma prochaine visite à Addis-Abeba début février 2010, je vous prie de recevoir, cher Dr Ping, l’expression de mes salutations distinguées.
Bruxelles, le 24 Novembre 2009
International Crisis-Group 149, Avenue Louise - 1050 Brussels –Belgium Louise ARBOUR Présidente Directrice-Générale
Source : Kibarou.com
www.guineeactu.com
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