 |
Les vérités qui blessent, ce sont les vérités qui déplaisent, qui choquent, on les chuchote à l'oreille d'un parent ou d'un ami, on attend que la personne visée bouge pour étaler ouvertement ce qu'elle est. Dire des vérités qui blessent s'apparente à faire de la médisance, ce n'est pas indiqué moralement mais personne ne s'en prive.
Les vérités qui blessent ont cours dans la conversation quotidienne dans tous les milieux sociaux, elles interviennent particulièrement entre amis d'ethnies différentes qui entreprennent une affaire juteuse dont les bénéfices escomptés devront être répartis équitablement. Prenons l'exemple d'amis appartenant à toutes les ethnies de Guinée, lorsque l'un des amis vient à s'absenter, les autres ne manquent pas d'évoquer leurs inquiétudes quant à son caractère supposé inné en référence à son ethnie. " Attention, diront-ils, n'oublions que… "
- C'est un malinké, orgueilleux et arrogant par nature. Il veut traiter tout le monde comme il traite ses femmes, en citoyens de seconde zone, d'esclaves même ; il se croit toujours dans la peau d'un chef absolu qui dicte tout et ne supporte pas la contradiction. Il est néanmoins le maître incontesté de la parole et du chant.
- C'est un peul, intelligent et roublard comme tous ses frères de race. Il est d'accord avec tout ce que vous arrêtez avec lui, mais il a toujours quelque chose derrière la tête, quelque chose qu'il mettra à exécution à son profit dès que possible. Aimez-le comme vous pouvez, il préférera toujours un autre peul même si c'est une crapule, et ne lui demandez pas la main de sa fille si vous n'êtes pas musulman, il partage le fanatisme religieux d'avec le malinké. Il possède un art consommé des affaires.
- C'est un soussou, l'homme insouciant de naissance. Nourrir de la passion pour le travail et vivre pour un idéal élevé, il n'en a cure, il veut vivre tout de suite et à l'aise. " mangasangni wali mou gnonma/ le travail de l'Etat ne finit pas " clame-t-il, autrement dit " A quoi bon s'éreinter au boulot, fais un peu et repose-toi ! " Il n'hésite pas, comme tout Guinéen bon teint, à puiser dans les caisses de l'Etat pour satisfaire ses besoins, il le fait mieux que quiconque en y puisant à deux mains. Sa grande qualité est qu'il n'est généralement pas rancunier.
- C'est un forestier, gros travailleur, timide et docile. Il a peu d'ambitions politiques parce que craintif, il a peur des problèmes. Vous arriverez difficilement à lui apprendre à mentir ou à voler, mais il traîne avec lui deux grands vices, celui de la femme et celui de l'alcool qui sont la source de bien de ses misères. Nombre de ses compatriotes ne savent pas distinguer les ethnies forestières les unes des autres, ils les englobent sous une même dénomination " le forestier " comme parlant une seule et même langue.
Il est des minorités ethniques qui se sont fondues dans d'autres ethnies à tel point qu'elles ont perdu l'essentiel de leurs caractères identitaires, c'en est ainsi des bagas, landoumas, nalous et mikiforés qui ne se distinguent presque plus des soussous dont ils ont adopté la langue et les mœurs. Les koniaguis et bassaris, eux, gardent jalousement leurs langues mais utilisent le pular pour communiquer en dehors de leurs communautés ; leurs ethnies sont certainement les dernières à adopter les modes vestimentaires modernes.
Ces vérités sur les ethnies on les partage entre amis, on se garde bien de les lancer à la face des gens qu'on veut critiquer, mais on en tient compte dans les rapports humains. La classe politique et l'administration de la Guinée en font usage sans crier gare il n'y a qu'à voir les nominations à tous les postes politiques ou administratifs du pays.
Walaoulou Bilivogui Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |