lundi 23 février 2009
Les vœux pieux d’une transition apaisée
Oumar Wann

L’initiative menée par le Groupe de Contact International sur la Guinée (GCI-G) vient d’achever sa première mission de médiation entre le CNDD et les Forces Vives guinéennes, sans une avancée significative.

 

Là-dessus, il y a lieu de se poser quelques questions :

 

Pourquoi, le CNDD n’a-t-il pas satisfait à la demande formulée par les Forces Vives de la Nation, qui est pourtant soutenue par le GCI-G ? Est-ce le fait de reprendre les éléments de la demande sur un chronogramme en quatre étapes, répond exactement à ladite demande ?

 

Nous pensons que la tactique ou la stratégie utilisée par le CNDD s’appuie sur le temps, en justifiant la nécessité de procéder aux prétextes de reformes d’ordre économiques et financiers. Si non, il n’y a aucune logique d’aligner les actions sous forme de chronogramme, qui semble être linéaire.

 

Nous pensons qu’objectivement, plusieurs actions peuvent se dérouler de façon concomitante. Car, il n’y a aucune interdépendance ou corrélation entre elles. C’est le cas par exemple, du recensement et celui relatif à l’élaboration de la Constitution.

 

Si le CNDD était animé d’un réel désir d’organiser les deux consultations au courant de l’année 2009, il aurait pu, avant ou pendant la médiation par le GCI-G avec les Forces Vives de la Nation, procéder à l’harmonisation des deux positions. L’exercice devrait consister d’une part, à l’identification des points de convergence et d’arriver à fixer les contours de la réalisation, et d’autre part, à répertorier les points de divergence, les analyser et procéder à la méthode de négociation raisonnée.

 

Au contraire, la négociation était basée sur des positions et non sur la recherche d’un accord mutuellement bénéfique pour les deux parties. Le GCI-G s’est contenté, avec son langage diplomatique habituel, de réitérer sa préoccupation qui cadre à la demande formulée par les Forces Vives. Ledit langage devrait rappeler aux nouvelles autorités du pays, leur position de fermeté en faveur d’un retour rapide à un régime civil, issu d’élections inclusives, libres,  transparentes et acceptées de tous les acteurs et partenaires de la Guinée.

 

Un autre fait important a trait aux différentes déclarations fracassantes du chef de l’Etat, Moussa Dadis Camara, qui confirment l’hypothèse d’un désir inavoué de confisquer le pouvoir, qu’il entend transférer à son futur homme de choix. Puisque lui-même a accédé au pouvoir par l’entremise d’un transfert soigneusement orchestré par le feu Président Lansana Conté.

 

Il faut reconnaitre que le contenu du discours lu par le Chef de l’Etat, lors de sa rencontre avec les Forces Vives, soulevait des questions pertinentes. Cependant, il ne répondait pas à la demande formulée par lesdites Forces Vives de la Nation.

 

Le Chef de l’Etat Moussa Dadis Camara s’était livré à des propos tels que << traitre et apatride>>, qui rappellent de l’ère du tout puissant Responsable Suprême de la Révolution, le feu Président Ahmed Sékou Touré.  

 

Nous voudrions humblement demander au Chef de l’Etat Moussa Dadis Camara, si servir dans la haute administration sous le règne du feu Président Lansana Conté, est synonyme de crime et mérite d’être traiter de tous les maux ?

Si le Chef de l’Etat pouvait nous dire, entre les cadres qui ont mis leurs talents au service du pays en laissant des traces visibles dans un contexte difficile, et ceux qui sont nourris, logés et habillés par le peuple, et qui tirent sur lui, qui des deux, l’on devrait logiquement  qualifier de  traître et d’apatride ?

 

Il est temps maintenant de faire comprendre au Chef de l’Etat, Moussa Dadis Camara, qu’il n’a aucune légitimité pour parler au nom du peuple de Guinée, en trainant dans la boue les valeureux fils et filles du pays, à l’image de la première République. Cette époque est révolue à jamais et ne saurait être rééditée en Guinée.

 

Le Chef de l’Etat nous disait qu’il ne connait pas très bien l’ancien régime. Cependant, son meilleur ami est l’un des victimes dudit régime. Donc, nous estimons qu’il peut, s’il le désire, recevoir d’amples informations auprès de son ami. Nous avons cru que son ami était un des membres de l’Association des enfants victimes de Boiro, qui prône comme slogan, « Plus jamais çà ». A supposer qu’il ne soit pas membre de ladite association, il aurait normalement pris l’initiative de démissionner, pour honorer toutes les victimes de l’arbitraire en Guinée sous les deux régimes, afin de perpétuer ledit slogan.

 

L’on comprend bien, le pouvoir use l’homme et l’aveugle, au point de lui faire oublier les souffrances et les tristes souvenirs vécus. Nous pensons qu’il n’est pas encore tard pour prendre conscience des fameux discours haineux, tenus dans la même salle, à l’endroit des innocentes victimes du régime du feu Président Sékou Touré. 

 

Peut-on objectivement reprocher au Chef de l’Etat, Moussa D. Camara, le fait d’auditer les anciens administrateurs ou de procéder à la restitution des biens mal acquis sous le régime du feu Président Lansana Conté ? Il n’y a aucune logique de vouloir se porter contre une telle initiative. Cependant, la forme appropriée, l’objectivité, l’équité et la transparence doivent motiver la mise en œuvre de ladite initiative, selon les règles de l’art. Il existe des cabinets d’audits nationaux et internationaux spécialisés en la matière. Il serait souhaitable d’élaborer judicieusement les Termes de Références (TDR) des audits, de procéder au choix sur appel d’offres international, et de mener les investigations en toute objectivité et impartialité, afin de situer clairement le peuple sur ceux qui ont pillé les ressources du pays, et confier les dossiers à la justice. Car, même le fait de pas avoir confiance aux magistrats du pays, cela ne pourrait occasionner la création des tribunaux spéciaux gérés par le CNDD.

 

Pourquoi le Chef de l’Etat se met-il à crier et à insulter des citoyens du pays, dont aucune preuve de culpabilité tangible n’a été démontrée par une quelconque investigation ? Est-ce par naïveté, ou par ignorance du principe élémentaire relatif à la présomption d’innocence ou par mépris au peuple de Guinée ?

 

Nous exhortons le Chef de l’Etat de solliciter l’expertise et l’autorité de son ami, pour éclairer les lanternes du peuple de Guinée, sur la situation exacte du nombre de bâtiments administratifs et domaines de l’Etat, ayant fait l’objet de cession à des tierces personnes. Il devrait prendre le soin d’indiquer les noms des bénéficiaires, les dates et conditions d’acquisition. Le peuple de Guinée saura si la cible du CNDD est l’unique personne qui a bénéficié d’une telle faveur.

 

Le peuple de Guinée n’est ni aveugle et ni ignorant, au point d’être berné par un simple semblant désir de lui rendre justice. Au moment venu, il exigera du CNDD, l’obligation de rétablir la vraie justice et l’équité, sans prise de position partisane.

 

Le Chef de l’Etat ne saurait être comparé au libérateur Moise, qui n’a pas attendu la mort naturel de Pharaon pour prendre le pouvoir, en le magnifiant de bon, et traiter ses anciens collaborateurs de tous les maux. Le CNDD n’est ni qualifié pour conduire le changement tant souhaité par le peuple de Guinée. Car, il n’a pas l’intention de lever la suspension des activités des partis politiques et celles de syndicats ni la volonté d’organiser des consultations libres, transparentes et acceptées de tous les acteurs et partenaires de la Guinée. Sinon, comment peut-on justifier le refus du CNDD de répondre à la demande formulée par les Forces Vives de la Nation ?

 

Au même moment, le Chef de l’Etat brandit des menaces directes, et tente de tromper le peuple, pour dire que lui et son compagnon ont été l’objet de corruption de la part d’une personne visée par les audits. Si des tels propos s’avèrent vrais, pourquoi ils attendent d’engager les procédures de poursuite judiciaire, afin qu’il réponde de son acte devant la loi ?

 

Nous pensons qu’il est illusoire de prêcher auprès des partenaires au développement de la Guinée afin qu’ils acceptent de cautionner que le CNDD reste longtemps au pouvoir, dans le but de redresser le pays. C’est méconnaitre, encore une fois, la nouvelle donne de la gouvernance mondiale.

 

La porte de sortie honorable existe et a été tracée par les Forces Vives de la Nation, avec la bénédiction de la Communauté internationale. Il appartient au Chef de l’Etat de sortir par la grande ou par la petite porte.

 

Le devoir de patriotisme exige de tous les guinéens et guinéennes de soutenir les bonnes initiatives du CNDD et de combattre toute forme d’injustice et de tentative de confiscation du pouvoir.

 

 

Oumar Wann

Consultant en Gouvernance, Développement Local

Chroniqueur Politique du site Aminata.com
pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
M.FALL, mardi 24 février 2009
Mr Wann; Recevez mes encouragements pour cette contribution d`une pertinence rare. Vous argumentez sans insulter, sans calomnier et en étant Objectif. Je pense pour ma part que pour entrer dans l`histoire Dadis doit: 1°) Rester neutre par rapport aux différents prétendants à la présidence; 2°) Effectuer des audits non ciblés grâce à des structures spécialisées comme vous le suggérez; 3°) Permettre à toute personne incriminée de pouvoir passer devant une juridiction compétente; 4°) Organiser des élections libres et transparentes sans exclusion. Dadis doit comprendre que seule une vraie justice peut sauver la guinée. Dadis doit comprendre que ceux qui le conseillent de durer au pouvoir font courir à la Guinée un risque incalculable. J`espère vraiment que Dadis va entrer dans l`histoire au coté de Samory Touré, Alpha Yaya Diallo... Je ne souhaite pas que Dadis soit dans la même loge que les dictateurs Seckou Touré et Lansana Conté. QUE DIEU AIDE LA GUINEE

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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