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Le Chef de l’Etat, Moussa Dadis Camara, lors de l’interview qu’il a accordé au journal « Jeune Afrique », a mentionné la dernière rencontre entre le feu Président Lansana Conté et lui. Cette révélation est très riche d’enseignement pour tout observateur politique averti, et mériterait d’être approfondie, afin de mieux cerner s’il y a eu réellement coup d’Etat militaire ou un transfert de pouvoir ?
Le Chef de l’Etat, Moussa Dadis Camara a dit clairement, que le pouvoir était dans la rue et qu’il était depuis longtemps à sa portée. Selon lui, le CNDD a pris le pouvoir, par ce que l’Assemblée Nationale était obsolète, et il fallait éviter l’effusion du sang au pays, à tout prix.
Cette affirmation suscite quelques interrogations pour le commun des mortels. Pourquoi le CNDD a-t-il attendu la mort du Président Lansana Conté pour constater que l’Assemblée Nationale était obsolète, et que le Président de cette institution ne pouvait pas prétendre assurer la transition, comme le prévoyait la Constitution ?
Si les nouvelles autorités du pays étaient portées par le désir du respect de la Constitution, elles auraient pu exiger du feu Président, l’organisation des élections législatives et la déclaration de son incapacité à diriger les destinées du pays, conformément à l’esprit de la Loi Fondamentale.
Nous aurions compris et approuvé un tel acte, qui aurait pu inscrire les forces armées guinéennes dans l’histoire contemporaine comme une armée républicaine. Car, l’armée a pu toujours arracher au feu Président, l’essentiel de ses revendications, en faisant payer la lourde facture aux pauvres citoyens guinéens, en termes de pertes en vies humaines et matérielles.
Puisque les membres du CNDD prétendent vouloir éviter le bain de sang en Guinée, peuvent-ils nous dire où ils étaient, durant les douloureux événements de 2006, 2007 et 2008 ? Qu’avaient-ils fait pour empêcher les tueries et tortures subies par les pauvres citoyens guinéens, tout au long du règne du feu Président Conté ?
Il est difficile d’instaurer une dictature dans un pays, sans la complicité active ou passive des forces armées. Il ne saurait y avoir de logique ou d’excuse pour l’armée, de prendre le pouvoir pour simple motif de vouloir éviter un bain de sang aux pauvres citoyens du pays.
Le peuple de Guinée apprécierait d’être édifié par rapport à l’intention du Chef de l’Etat Moussa D. Camara, de faire comme ATT au Mali. Car, il n’y a aucune similitude entre la prise du pouvoir du Chef de l’Etat ATT du Mali et celle de Moussa D. Camara de la Guinée.
Il serait illusoire de penser soutenir un candidat fantôme pour diriger le pays pendant une période donnée et revenir aux affaires pour se faire légitimer par un semblant de vote du peuple. Un tel schéma est connu à l’avance et aura très peu de chance de réussir.
L’accession de Moussa Dadis Camara au pouvoir n’est plus un secret. En effet, elle est le fruit d’un plan bien ficelé entre lui et le feu Président, en vue de lui permettre de mourir au pouvoir, comme il l’a souhaité, et sécuriser ses biens mal acquis.
Le feu Président a réussi là où son prédécesseur a échoué, en organisant sa succession. Le pays est encore dirigé selon les vœux du feu Président Lansana Conté. Sa famille n’est nullement inquiétée, les chrétiens et musulmans se succèdent devant sa tombe, pour faire des prières en faveur de l’âme du défunt. La classe politique guinéenne continue d’être divisée et la société civile a tourné le dos au peuple martyr, victime des douloureux événements de 2006, 2007 et 2008, pour faire allégeance aux nouvelles autorités du pays.
Le CNDD est entrain d’endormir le peuple de Guinée avec des promesses irréalistes et le lancement des audits, en occultant le vrai travail pour lequel il est attendu de tout le monde.
A qui profitent les clivages qui minent les forces vives de la nation ? Sinon, comment expliquer l’absence de compromis ou le manque d’entente sur l’essentiel, entre elles en un demi-siècle de combat politique? Dès lors l’on pourrait se poser la question de savoir, quels sont les objectifs et les intérêts poursuivis par la classe politique guinéenne ?
Les tristes réalités sociologiques du pays font qu’il est difficile de créer l’entente entre les forces vives de la nation, comme en témoigne leur incapacité à s’accorder sur une personne, pour diriger la transition, conformément aux résolutions issues des journées de concertation nationale tenues au Palais du Peuple à Conakry les 17,18, 19 et 2 mars 2006. Est-ce que l’essentiel était-il de poser sans complaisance le diagnostic complet relatif aux maux qui empêchent les populations guinéennes de jouir d’un minimum de vie décente et qui bloquent l’évolution du pays ?
Nous pensons qu’au-delà du fait de s’entendre sur le diagnostic, la durée de la transition, les organes à mettre en place, etc., les forces vives auraient dû logiquement trouver une personne de consensus, pour assurer la transition, surtout que les résolutions avaient prévues des garde-fous pour l’empêcher d’être candidat aux futures élections présidentielles.
Les forces vives de la nation semblent n’avoir jamais opté en faveur de la méthode de négociation raisonnée. Elles n’ont pas pu toujours traiter séparément les questions de personnes et le différend, se concentrer sur les intérêts en jeu et non sur les positions, d’imaginer des solutions basées sur un bénéfice mutuel et mettre en place des critères objectifs.
L’esprit Gagnant-Gagnant n’a jamais était le leitmotiv d’une négociation entre les forces vives de la nation. Par contre, celui Gagnant-Perdant ou Perdant-Perdant a toujours été au cœur des négociations.
Il est fort regrettable de voir les forces vives de la nation oublier en si peu de temps, toutes les exactions commises durant le règne du feu Président Lansana Conté, au point d’accepter l’imputabilité desdites exactions ou détournements de deniers publics, uniquement à ses proches collaborateurs, comme si lui il n’était responsable de rien.
Puisque les artisans des tueries et tortures subies par les pauvres citoyens guinéens sont là, et de surcroit, exercent de hautes fonctions dans les sphères de l’Etat, les forces vives devraient focaliser leurs énergies, pour obtenir auprès du CNDD, l’obtention d’un calendrier précis de la transition, l’instauration d’une justice sociale, la lutte contre l’impunité et l’instauration d’un Etat basé sur la primauté du droit.
Les partis politiques devraient demander au CNDD de prendre un acte visant la levée de leurs interdictions, afin de mieux préparer les futures consultations.
Oumar Wann pour www.guineeactu.com
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