Si en politique toute stratégie est payante, la bourde dans laquelle le Secrétaire Général du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), M. Alpha Condé, avait déclaré « J’ai honte d’être musulman », risque de lui rapporter, au-delà de ce qu’il escomptait. Mais, cette fois-ci, le prix s’évaluera en perte de popularité. En vraie faillite de leadership, s’il en avait tant soit peut.
Plus d’un guinéen a été surpris par la déclaration du 9 février 2009, à l’issue de la rencontre entre les forces vives et le Capitaine Moussa Dadis, chef de la junte au pouvoir en Guinée. Ce jour, M. Alpha Condé qui aurait été offusqué par l’attitude d’une partie de la coordination religieuse, plus précisément du représentant des musulmans, aurait déclaré cet outrage « Aujourd’hui, j’ai honte d’être musulman »
Contrairement au Guinéen moyen, bien d’observateurs ne sembleraient pas être étonnés outre mesure, des paroles de M. Alpha Condé. Selon eux, le S. GL du RPG a toujours usé de l’arme de la division comme stratégie politique. Ses frasques outrageux, parfois injurieux, en tout incontrôlés, ne dateraient pas de ce jour. Il aurait marqué son passage à la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) par ses écarts de langage, prétextent-ils. Sinon, comment expliquer qu’un homme politique qui, de surcroît, voudrait diriger la Guinée, veuille tenir des propos publics qui récusent son appartenance religieuse ?
N’est-ce pas là un affront fait à plus de 85% de la population du pays dont M. Alpha Condé rêverait prendre les commandes? Cette annonce qui vaut un aveu dont les conséquences pourraient conduire à une opposition entre catholiques et musulmans, au moment où la Guinée a plus que jamais besoin de l’alliance et de l’entente entre les deux confessions serait-elle hasardeuse ? Beaucoup de personnes penseraient le contraire.
Les tentatives de défense que l’on a lues par-ci, par-là dans les médias n’ont, paradoxalement, fait qu’enfoncer le clou. Les unes hésitant entre mea-culpa, les autres se contentant de dénonciation calomnieuse et de tentatives de déstabilisation, ont finalement été plus radicales que les propos de l’auteur. Certains sont allés jusqu’à préconiser une dissolution des coordinations religieuses, en oubliant que cette institution est indépendante. Du moins, son caractère confessionnel ne remet aucunement en cause, le principe de laïcité reconnu en Guinée. Bref, le meilleur défenseur du S. Gl du RPG aurait été lui- même, en revenant avant qu’il ne soit trop tard, sur ses propos. Apparemment, il n’aurait pas jugé nécessaire de le faire. Du moins, si l’on considère la déclaration du Collège des Imams de Guinée.
Replacés dans leur contexte, les propos de M. Alpha Condé apparaissent comme un dessein politique avoué, dont le but serait de dénigrer la religion musulmane et ses fidèles croyants. Mais, doublement mal lui en a pris, car sa bourde a tout également remis en cause les hommages très discutables que le Président du CNDD l’avait rendus.
La question qui se pose maintenant, c’est qui a tort et qui a raison, entre celui qui a honoré et celui qui a bénéficié de l’hommage. M. Alpha qui a montré qu’il n’a peut-être jamais été « un bon musulman » et un croyant convaincu ? M. Dadis qui rend hommage à quelqu’un qui, non seulement se renie, mais aussi offense des personnes qui, fortes de leur foi, ont prié pour lui et pour le pays ?
Si, c’est M. Alpha Condé qui a raison, cela voudrait dire que les prières des musulmans ne signifient rien, et qu’elles n’ont aucune portée pour le Capitaine Dadis. En revanche, si c’est M. Moussa Dadis, cela équivaudrait à dire que M. Alpha Condé ne mérite aucun hommage, sauf si le président du CNDD partageait la position blasphématoire du S. GL du RPG. Ce qui, à mon sens, paraîtrait surprenant.
On voit donc, si M. Alpha Condé s’est mis dans une position intenable, il n’a pas non plus épargné celui qui a voulu le mettre au-devant de la scène politique. Il serait tant que les Guinéennes et Guinéens se posent la question de savoir qu’adviendrait-il de la cohabitation religieuse en Guinée, si des personnes comme M. Alpha Condé arrivaient au pouvoir ? Que deviendrait la laïcité qui a survécu (et a même été défendu par) à tous les systèmes précédents ? Enfin, quel sort serait réservé aux musulmans et tout simplement à toutes formes de croyances en Guinée ? Où M. Alpha Condé mettrait-il les 85 à 90% de musulmanes et de musulmans qui sont, contrairement à lui, fiers de leur religion? Prononcerait-t-il la suprématie d’une croyance sur l’autre ? Ou bien interdirait-il tout simplement la pratique de la religion musulmane qui, selon lui, serait honteuse ?
Toutes les croyantes et tous les croyants de méditer sur les propos de M. Alpha Condé et de leur apporter, au moment venu, la réponse qui s’impose. Donc, les apporter dans les urnes à celui qui menacerait la religion et, très certainement, toute foi religieuse en Guinée ? Ainsi, pourrait-on éviter toute opposition entre des croyances qui coexistent depuis des millénaires ?
M. Alpha Condé aurait-il sûrement oublié que si la foi ne se compte pas, le nombre de croyants, quant à lui, se compte et leur poids se mesure dans les urnes ? Cela ne signifie point que ceux qui croient en une autre religion n’ont pas de poids. Mais, le décompte en termes de voix exprimées en cas de vote, est nettement inférieur chez les uns par rapport à la majorité.
Enfin, ne dit-on pas : « Si Dieu veut empêcher au chasseur de surprendre et de tuer le gibier, il lui donne la toux ? » Voilà un proverbe qui serait bon à méditer pour tout homme public qui devrait plus soigner sa langue que son apparence ou sa tenue vestimentaire !
Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com