|
Pendant la construction d’une Nation, les populations traversent beaucoup de moments d’incertitudes et d’interrogations, déterminées par la méfiance et la peur entre les Communautés qui, des fois, se transforment en haine. Le refuge ethnique devient le réflexe naturel. La Guinée traverse un de ces moments délicats de son Histoire.
Les fraudes massives, qui ont terni ces premières élections libres en Guinée, étaient plus en faveur d’une ethnie que d’un candidat. Les électeurs n’avaient aucun élément de comparaison des programmes économiques et politiques des Partis Politiques. Ils se sont plutôt intéressés à l’origine de chaque candidat. Et le second tour sera abordé dans les mêmes conditions.
La Cours Suprême, qui était sensée donner un visage de civilité aux Elections, nous a ramenés au sous-sol du Droit, par l’arrogance de ceux qui savent tout, sauf le droit de ne pas savoir.
Avec eux, le Droit est allé se loger à gauche, par la peur d’un Monstre sans visage. La Cour Suprême a torpillé le Code Electoral. Et nous voilà à la case départ.
Reconnaissons tout de même que les ratés des élections sont les fruits d’une défaillance politique générale et non de la Cours Suprême, dont les membres ont été toujours nommés par des Autocrates. Plusieurs raisons liées à notre histoire politique peuvent expliquer le phénomène. Mais l’Histoire, aussi terrible soit-elle, ne doit pas être une excuse pour nos politiciens, qui ont bâti des entreprises privées ethnocentriques, à caractère politique, au service de leur ego, abusant du niveau politique d’un pays d’analphabètes et d’intellectuels, politiquement incultes. Par ce fait, la Guinée a été privée de ce qu’elle avait le plus besoin pour sa deuxième Révolution, que nous qualifions de Rupture avec le Passé : le Leadership.
Nous sommes en crise de Leadership. La Classe politique actuelle est un échec national. C’est pourquoi nous parlons d’ethnie au lieu de programme politique. Par faute de Leadership au niveau national, ce deuxième tour risque d’être un véritable poison pour la cohésion nationale et la Paix. Il y a un réel risque pour la Guinée de perdre ces Elections et, dans ces conditions, un risque aussi que nous perdions tous la Guinée. Et toutes les autres élections à venir comporteront les mêmes dangers.
Parlant des Elections Législatives de Décembre 2007, (qui n’ont pas eu lieu) nous avions écrit : « Les élections de Décembre 2007 pourront déterminer le cours de votre destin pour les 20 ans à venir. Le risque de les perdre est réel.… Pour échapper à ce danger, il nous faut un véritable leadership national composé de patriotes visionnaires. C’est le déficit actuel de notre pays. Nous sommes en crise de LEADERSHIP POLITIQUE.
Ne confondez pas leader et leadership. Le leadership est un groupe d’hommes. Aucune Nation au monde ne peut maîtriser son destin s’il est en déficit de leadership, organisé au sein des Associations Civiles et Partis Politiques. Malheureusement, il n’y a pas de PARTI POLITIQUE EN GUINÉE. Il n’y a que des Entreprises Privées gérées par des politiciens. » Mars 2007 : le Réveil.
Nous sommes toujours devant le même problème, parce qu’aucun leadership n’a émergé malgré les tumultes de notre pays. La Politique est toujours animée par la méfiance ou le rejet ethnique.
Pour éviter un échec dramatique du deuxième tour à la Patrie, je supporterais le report des Elections à une date ultérieure, Janvier 2011 par exemple, afin de calmer les esprits et permettre aux autorités de se mieux préparer ; et de donner aux Partis politiques le temps d’éduquer leurs extrémistes.
Ils en profiteront pour rétablir la confiance entre les groupes ethniques, car la « Peur de l’Autre » existe. Les Guinéens sont otages du Monstre qu’ils ont crée : L’ETHNOCENTRISME.
A défaut, l’inconnu du deuxième tour rendra la Guinée ingouvernable. Parce que les prochaines chansons, mal orchestrées de la Cour subalterne, ne seront acceptées par aucune des deux parties, l’UDFG ou le RPG, si elles ne sont pas fondées sur la Justice. Puisque cette Justice dépendra du côté où la balance se penchera, nous avons tous du pain sur la planche. La farine a besoin de temps pour prendre le levain.
L’annulation des résultats des villes de Kankan, de Madiana, de Lola et de Matam pour fraudes, tout en tolérant ou ignorant ce qui s’est passé ailleurs , notamment des urnes déplacées dans des lieux de cultes dénoncées par la Cour Suprême elle-même, ne sont pas des actes à calmer les esprits .
C’est pourquoi, il est impératif de prendre quelques temps, afin que le deuxième tour se passe dans des conditions acceptables par tous. Dans le cas échéant, la même attitude de la Cour Suprême serait difficilement acceptable au deuxième tour. Pour éviter le chaos, prenons le temps pour mieux organiser les prochaines échéances. La précipitation pourrait avoir des conséquences dramatiques.
Le choix n’est pas entre Cellou Dalein et Alpha Conde qui sont tous des otages du Monstre. Le choix est entre le Manding et le Fouta, entre les nomades et les braconniers. C’est à la fois l’absurdité et le danger du deuxième tour. Même si les petits esprits préfèrent fermer les yeux et s’insurger contre nous pour avoir mis le doigt sur la plaie, d’une façon constante. Tous les Guinéens sont pris au piège de l’ethnocentrisme, inventé par les politiciens en manque d’imagination. Ils ont noyé leur déficit chronique de leadership dans les nuits du tribalisme.
Le plus pitoyable est que cette classe politique bénéficie toujours du soutien d’un media national alimentaire et inconscient. Certains sites web donnent de la nausée. D’autres tentent de noyer leur véritable identité dans des insolences. Ils ont tous un problème de lecture politique et sociale. C’est dans ce magma de pseudo journalistes et d’intellectuels que les entreprises politiques, à base ethnique, recrutent leurs plumes. Celles-ci sont chargées de faire taire ceux qui ne pensent pas comme leurs maîtres. Elles sont spécialisées dans la manipulation de l’opinion publique. Un véritable échec social ! Le comble est que certains d’entre eux comptent nous faire taire par intimidation ; POOROO !
De par leurs billets, de manipulations politiques en manipulations ethniques, nous n’aurons pas de choix politiques au deuxième tour comme ce fut le cas au premier tour. Le Choix sera ethnique et régional : Le Fouta ou le Mandingue.
Beaucoup comptaient sur la Cour Suprême pour donner une leçon de morale aux fraudeurs et prendre des sanctions contre les Partis impliqués. Malheureusement, nos hommes en noir-rouge n’ont pas échappé à la loi des Républiques bananières :
La Cour Suprême est toujours la Subalterne des forces de l’Ombre ou la basse-cour de la mafia politique. On espérait une lecture du Droit, nous n’avons même pas eu droit à la Jurisprudence. La CENI et Sékou Sylla devraient recevoir une médaille de leurs mains … Pauvre Guinée ! Après une manipulation très dangereuse du code électoral, nous voici à la case de départ.
Le Fouta et le Mandingue se regardent en chiens de faïence, pour le décompte des populations, que chaque candidat se promettait d’unifier. Ce rêve semble s’éloigner de plus en plus, avec des résultats frauduleux d’une Election organisée dans la précipitation, au nom d’une Constitution adoptée sans le Peuple que la Cours Subalterne vient de cautionner.
La question est maintenant de savoir : qui votera au deuxième tour ? Le « Guinéen » étant une espèce en voie de disparition, qui ira voter ? Le Peulh ou le Malinké ?
Qui votera à droite, « sera contre les Peulh ».
Qui votera à Gauche, « sera contre les Malinké ».
Sur des bases ethniques, en l’absence de tout programme politique et économique,
On demandera à l’enfant de choisir entre son grand-père maternel et son grand-père paternel,
On demandera aux grand-mères de choisir entre leurs petits-fils et leurs beaux-fils,
On demandera à la jeune mariée de choisir entre son mari et son père,
On demandera à un homme de choisir entre son fils et sa femme,
Et si la Cour Subalterne échoue la prochaine fois, nous perdrons la Guinée ;
La diversité ethnique qui était notre richesse est devenue un Monstre.
De manipulations ethniques en manipulations politiques, ils ont empoisonné la vie politique et sociale. Les Partis Politiques sont tombés dans leurs propres pièges et la France en profitera pour bâillonner notre Souveraineté si nous n’y prenons garde. Car notre sous-sol donne des vertiges au capitalisme international et les prédateurs n’attendent que notre dérapage. C’est pourquoi nous demandons le report du deuxième tour. Nous proposons Janvier 2011, pour ne pas devenir un marché de canons et de drogues, au service de la Mafia internationale.
Une fois de plus, éloignons-nous de la récitation : « C’est notre tour ! » « Angbanssanlé ! ». Vivement 2011 ! Ne perdons pas la Guinée.
Ben Daouda Toure
www.guineeactu.com
|