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L’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté avait la singularité d’affréter des avions pour ses déplacements. Ses détracteurs jugeaient ces voyages trop onéreux pour les caisses de l’Etat déjà mal en point. Kouyaté qui ne comptait cependant pas sur l’argent du contribuable pour se payer un tel luxe, doit même un montant faramineux à une compagnie de transport dénommée Mano River Airways.
En posant ses valises à Conakry, M. Jean Claude Okongo Landji, ancien pilote de Delta Airlines, une compagnie américaine de renom, était loin d’imaginer qu’il mettait les pieds dans une marre aux crocodiles. C’était en 2007. Au lendemain des douloureux événements des 2 et 3 février. C’est Mme Rougui Baldé, PDG de ‘’Gris Gris productions’’ qui a invité cet Américain d’origine gabonaise à Conakry, à travers un neveu de Babani Sissoko, un milliardaire malien réputé pour ses frasques. Une fois à l’aéroport Gbessia, c’est un certain Aly Koïta qui est allé réceptionner Jean Claude. Ali Koita venu à bord de sa vieille voiture, n’a pas fait trois kilomètres que sa guimbarde tombait en panne d’essence. Il a fallu que l’étranger mette la main à la poche pour remettre l’engin en route. C’était là un mauvais présage. Jean Claude ne tardera pas à s’en rendre compte. Arrivé chez Mme Rougui Baldé, au quartier Taouyah, l’Américain après un entretien avec la patronne de ‘’Gris Gris productions’’, a été conduit dans un hôtel de la place. Le séjour qui a duré environ une semaine était bien sûr à ses frais.
Mme Rougi Baldé voulait en fait lancer une compagnie de transport aérien. Elle avait donc besoin d’avions. Et Jean Claude Okongo Landji était mieux placé pour combler ses attentes. Car l’aviation c’est son domaine. Pour avoir été pilote entre autres de la compagnie American Airlines puis de Delta Airlines. Cet as des airs ambitionnait aussi de se lancer dans le transport aérien. En effet, ayant cessé ses activités aux USA, l’Américain voulait créer une société commerciale de transport aérien sur le continent africain. C’est pourquoi il a jeté son dévolu sur la sous région. Mais, l’accueil dont il fut l’objet en Guinée, ne l’a pas rassuré. Et il commençait même à douter de la volonté de ses ‘’partenaires’’ dans la mise en route dudit projet.
C’est alors qu’il fit la connaissance du Dr. Banao, au domicile de Rougui Baldé. Cette rencontre allait permettre à l’Américain de démarrer ses activités en Guinée plus tôt que prévu. Pour la simple raison que le Dr. Banao n’était pas n’importe qui. C’était lui le conseiller chargé de stratégie de Lansana Kouyaté, alors Premier ministre. Ce Burkinabé d’origine joue dans la cour des grands. Il a ses entrées dans la plupart des palais présidentiels de la sous région, et disposerait de connexions dans les pays du Golfe surtout. Un atout dont avait bien besoin M. Lansana Kouyaté, nommé à la tête du gouvernement de consensus. A Conakry, le Dr. Banao vivait à l’hôtel le Rocher. Durant son entretien avec Jean Claude, il a fait cas de son souci sur comment trouver des avions privés, pour transporter le Premier ministre dans ses tournées. Celui-ci ayant perdu l’habitude des avions commerciaux. Et ne désirant se déplacer qu’en jet privé. Jean Claude aurait tout de suite dit qu’il était capable de faire venir un avion des Etats-Unis, qu’il pourrait éventuellement mettre à leur disposition. Des paroles qui n’étaient pas en l’air, puisqu’il fera venir en moins de dix jours, un avion de type Gulfstream GIIB, qu’on utilise dans le transport VIP. Cet avion de haute performance, peut transporter 12 personnes jusqu’à 6482 km, à une vitesse de 850 km/h. Le ‘’grouman’’, comme on l’appelle en français offre des raffinements des plus appréciés. On peut se tenir debout dans la cabine haute de 1,8m. L’appareil est équipé de 8 fauteuils individuels et d’un divan de trois places, des tablettes amovibles permettant de travailler ou de déjeuner. Un système audio vidéo permet de se divertir en vol. Bref tout un confort que ne peuvent se permettre que les riches.
L’Américain avait tenu à signaler dans le contrat de 90 jours signé avec le conseiller au nom du Premier ministre, qu’il fallait débourser 115 mille dollars, comme frais de positionnement de l’avion, c'est-à-dire son convoyage de Opa-Loka, un aéroport situé à Miami, en Floride, à Conakry. Une somme qui devait être payée à l’avance. Mais, le Dr. Banao n’ayant déboursé aucun sou pour les besoins de la cause, c’est Jean Claude Landjii qui a pris ça en charge. Quant au contrat qui devait courir sur 90 jours, ils sont convenus pour 320. 000 dollars par mois. Hormis les frais de séjour de l’équipage, composé de 2 pilotes, plus Jean Claude, le commandant de bord et 2 hôtesses recrutées à Dakar. Des perdiems d’une valeur de 100 dollars par jour et par personne devaient leur être payés. Jean Claude Landji et son équipage ont été hébergés dans une villa à la Minière par le Premier ministre. Mais, ayant jugé que la maison ne répondait pas aux normes d’un hôtel de 3 à 4 étoiles comme convenu dans le contrat, il a fini par les transférer à l’hôtel Riviera de Taouyah.
Des voyages, ils en feront avec Kouyaté et sa suite. En Europe surtout. Il faut signaler que Landji a profité du contrat avec la Primature pour créer une compagnie de transport dénommée Mano River Airways. Pour revenir aux voyages du PM, il faut dire que les choses n’étaient pas faciles, côté sous. Surtout pour l’équipage. Et pire, selon nos informations, une fois, alors qu’ils étaient à l’aéroport de Vienne en Autriche, l’avion transportant Kouyaté a été bloqué par la police, au moment du décollage. Pour non paiement des frais de carburant. La facture s’élevait à 19 000 euros. L’ancien PM qui s’est dit trahi, aurait piqué une colère noire, avant de plonger la main dans sa serviette pour y tirer le montant et le tendre au commandant de bord. Qui à son tour avait tenu à se faire accompagner au guichet par Gnaissa, le chef de protocole de la Primature, sosie de Charles Taylor. Ce qui lui vaut d’ailleurs le surnom de l’ancien président libérien. Kouyaté appellera sur le champ le Dr. Banao pour lui demander des explications et lui faire des remontrances, à propos de cet épisode qui a failli provoquer un incident diplomatique. Car, selon nos sources, on avait fait croire à l’ancien PM que tout avait été réglé, avant le départ de Conakry. Ce qui était loin d’être le cas. Arrivé dans la capitale française, Kouyaté demandera à l’équipage de rentrer à Conakry, sans lui. Devant effectuer un voyage sur les lieux saints de l’Islam, Lansana Kouyaté a préféré rester à Paris. Et dès son retour, il allait faire le point de la situation concernant ledit contrat avec Jean Claude et le Dr. Banao. L’Américain passera près de 4 mois dans notre capitale, sans toucher un franc. Et pendant ce temps, les frais d’hôtel grimpaient. Et il a fini par se retrouver avec près de 30.000 dollars américains à devoir à Riviera hôtel. Le Dr. Banao ayant quitté Conakry sans qu’il y ait une confrontation comme promis par l’ancien PM, Jean Claude a compris qu’il avait été grugé dans cette affaire, qui ne lui a rapporté que des ennuis. Il décida alors de ramener l’avion aux USA.
Pour compenser les pertes subies, il va vouloir se lancer dans les vols commerciaux, en utilisant un autre appareil qu’il avait fait venir. Mais l’aventure va tourner court, et ses associés dont un certain Mohamed Diaouné auront le dernier mot. Ayant à travers des manèges réussi à bloquer l’appareil et à le mettre à leur compte. Jean Claude garderait tout de même une bonne impression de Kouyaté et même du Dr. Banao, malgré ce qu’il a vécu. C’est même à se demander s’il leur a réclamé l’argent qu’ils lui doivent et qui représenterait près d’un million de dollars américains. Actuellement, Landji vit à Bamako où il possède une compagnie et trois avions, dont un DC 9 de 91 places, qu’il a pu acquérir lors de la liquidation de STA, une compagnie malienne.
Mamadou Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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