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Les multiples ex Premières dames du défunt président Lansana Conté, son clan et ses proches; les vrais prédateurs de l'économie guinéenne et les vrais barons de la drogue peuvent tous dormir tranquillement sur leur butin. Le scénario de l’après Conté, bien préparé de son vivant, se déroule comme prévu.
Le jour du décès du général Lansana Conté, Alpha Ibrahima Keïra alias Otis (ex ministre secrétaire général à la Présidence et beau-frère de la deuxième Première dame Hadja Kadiatou Seth Conté) aurait fait parvenir au Cpt Moussa Dadis Camara une forte somme d’argent à travers un de ses fils qui aurait été promotionnaire du chef de la Junte militaire.
Cet argent aurait servi à mobiliser les troupes, acheter du carburant et prendre la radio nationale, première cible des putschistes. Le concours de Laye Keïra, alors chargé du protocole d’Aboubacar Somparé l'ancien président de l'Assemblée nationale guinéenne, aurait été sollicité. C'est lui qui aurait rédigé le premier communiqué de la Junte après la prise du pouvoir. Laye est le frère d’Alpha Ibrahima Keïra alias Otis.
Selon des sources concordantes, le Cpt Ousmane Conté, fils du défunt président guinéen avait auparavant fait savoir qu’il aspirait à remplacer son père à la tête du pays bien avant le décès de celui-ci et envisageait un scénario à la togolaise. Des proches parents de la famille du défunt jugeaient ce scénario non seulement irréalisable, mais aussi comportan beaucoup trop de risques. Ils estimaient que même la succession prévue par la Constitution n’était pas en leur faveur. Pour éviter “une situation de révolte généralisée“ à travers le pays, la Junte et ses complices se sont organisés à “neutraliser“ Ousmane Conté en utilisant des substances toxiques.
Le Cpt Conté devait faire “une cure de désintoxication dans une clinique spécialisée en Suisse“ et selon certaines indiscrétions, sa vie ne serait plus en danger. Cependant, une autre source précise que la Junte guinéenne redoute des attaques sérieuses pour les déloger à partir d’un pays voisin comme la Guinée-Bissau dès qu’il va se relever.
La Junte qui a confié à Laye Keïra la direction générale du Fonds minier qui se chiffre à plus d’une centaine de millions de dollars exprime ainsi la gratitude du Capitaine Dadis Camara pour le soutien et la loyauté à la Junte. Le commandant Keletigui Faro, un proche de Keïra Otis, est un homme de confiance nommé au poste de ministre Secrétaire général de la Présidence pour “dissimuler des dossiers sensibles“ laissés dans les placards du défunt Lansana Conté.
Selon une source proche de Junte, des anciens ministres proches de Lansana Conté tels que Kassory Fofana et certains leaders de l’opposition comme Alpha Condé et Sidya Touré auraient indirectement participé à la préparation du coup de force. Et suite à la détérioration irréversible de la santé du général Conté et son état de coma prolongé ces derniers temps, ils ont effectué les démarches nécessaires auprès de certaines personnalités importantes dans la sous-région pour obtenir l’appui de base nécessaire.
La participation de l’ex Premier ministre Lansana Kouyaté dans le lobbying en faveur de la Junte était si significative que le Guide libyen n’avait pas tardé à se rendre au chevet de la Junte au lendemain de la prise du pouvoir malgré la vague de condamnations de la Communauté internationale.
Toutefois, la Junte estime avoir “une mission importante et indispensable“ à accomplir avant de rendre le pouvoir. A ce qu’on peut lire entre les lignes, le Cpt Moussa Dadis Camara s’est assigné un programme mais n’envisage aucune date limite précise pour accomplir ce programme. Le Capitaine Dadis avait dit que son idole, le général Lansana Conté, avait parfaitement raison de le prévenir que les leaders de l’opposition sont “trop pressés pour le pouvoir“ et n’ont pas assez de “respect pour les militaires“.
D’autre part, le général Sékouba Konaté, ministre à la Présidence chargé de la défense nationale et deuxième vice-président du CNDD, serait proche de certains leaders de l’opposition qui espèrent avec lui obtenir des postes clés comme la Défense, la Primature, la Présidence, la Sécurité, le Ministère de l’Intérieur et la CENI et gagner sans difficultés les élections après la période de transition.
Mais le soutien du Guide libyen semble avoir compromis la réalisation d’un tel projet puisque lors de sa visite à la Junte après sa prise du pouvoir en décembre 2008, le colonel Mouammar Kadhafi avait sérieusement mis en garde le Cpt Dadis Camara contre toute “pression extérieure“ dans le but de le forcer à “rendre le pouvoir aux civils“, selon un proche du chef de la Junte.
En outre, le colonel Kadhafi lui aurait fortement recommandé de se contenter de rester à la tête de l’Etat en conservant son grade de Capitaine. Il lui aurait aussi suggéré d’élever en grade ses collègues du CNDD et les soldats afin de rehausser le moral des troupes. Il aurait ainsi confirmé son “désintéressement aux biens matériels et au pouvoir“.
“Il ne faut pas céder à la pression extérieure et au chantage intérieure des politiciens“, avait-il conseillé au chef de la Junte guinéenne selon une source proche de ce dernier. “Vous devez plutôt vous entourer de personnes de confiance et vous attaquer immédiatement aux problèmes intérieurs en lançant de grands projets de développement pour occuper vos populations au lieu de vous soucier des critiques émanant de la communauté internationale“, aurait conclu le Guide libyen.
Le premier gouvernement post-Conté est essentiellement composé de militaires proches de la famille du défunt président et de civils qui sont en majorité des parents, des amis et collaborateurs d’affaires du Capitaine président Moussa Dadis Camara. Cela en dit long.
De source proche d’un parti de l’opposition favorable à la prise du pouvoir par la Junte, le Cpt Moussa Dadis Camara ne semble accorder d’importance qu’à deux choses : “se maintenir au pouvoir aussi longtemps que possible et respecter sa promesse de protéger la famille et les proches du défunt général président Lansana Conté en faisant des boucs émissaires“. La Junte aurait ainsi trahi, selon certains, “ses engagements“ envers l’opposition qui lui a apporté tout son soutien.
Et pour d’autres, cette opposition guinéenne qui ne serait pas plus démocratique que les régimes du défunt général Lansana Conté et son héritier le Cpt Dadis Camara ne pourrait alors que prendre le maquis.
Et ça, il faut le redouter.
Amdy Salam Diaw à Conakry pour www.ondes-guinee.info partenaire de www.guineeactu.com
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