|
L’actuel président de la Commission Electorale Nationale Indépendante, CENI, vient de préconiser tout bonnement l’exclusion des Guinéens vivant à l’étranger des prochaines élections présidentielles.
Cette prise de position constitue un vrai paradoxe compte tenu de leur entière implication dans la vie nationale.
Historiquement, les Guinéens vivant à l’étranger ont initié le combat politique pour l’avènement de la démocratie dans notre pays. Les premiers partis politiques furent en effet créés par Siradio Diallo, Bah Mamadou, Alpha Condé et d’autres Guinéens issus de la diaspora.
Il est impensable que ces leaders politiques issus de la diaspora ou leurs successeurs avalisent une telle tentative de bannissement, à moins de renier les grands principes pour lesquels ils se sont toujours battus.
Bien que non reconnu, le rôle de la diaspora dans l’économie de la Guinée est indéniable. Elle fait vivre des familles entières des parents proches restés au pays, participe au financement des infrastructures économiques et sociales des villages et des collectivités et soutient l’économie nationale par l’apport de devises et l’investissement, notamment dans l’immobilier.
Dans la logique de « diviser pour mieux régner », les gouvernants se sont évertués à opposer les élites restées au pays et les Guinéens vivant à l’étranger.
Tandis que le Mali et bien d’autres pays mise sur la diaspora pour son essor économique, le pouvoir traditionnel guinéen la marginalise et ne crée pas les conditions pour sa contribution au décollage du pays. Cette cécité politique conduit d’ailleurs à réduire l’influence de notre pays sur la scène internationale. Autrement, comment expliquer que les cadres guinéens soient absents des organismes internationaux où ils pourraient efficacement canaliser l’aide étrangère vers notre pays? L’égoïsme et l’imprévoyance des dirigeants dans la promotion de ses cadres ont conduit à ce désastre.
La marginalisation des Guinéens vivant à l’étranger se poursuit par la non reconnaissance de leur droit de vote.
Sans participation aux élections, ils resteront des citoyens de seconde zone privés de leurs droits civiques avec un poids électoral nul. Les autorités nationales pourront minimiser leur poids démographique par manque de statistiques fiables. 56000 électeurs recensés selon la CENI est un chiffre non significatif pour une communauté guinéenne vivant à l’étranger estimée à plus de 2 millions lors des premières élections présidentielles de 1993.
Les revendications de toute cette frange de la population n’auront pas les relais nécessaires pour sa pleine participation à la vie nationale.
Le droit effectif de vote, notamment pour les Guinéens de deuxième génération, marque une prise de conscience de leur appartenance à une nation en raffermissant leurs liens quelque peu distendus. Sans cette reconnaissance, il existe un risque de remises en cause ultérieures pouvant aller jusqu’au déni de la nationalité guinéenne pour ces catégories de la diaspora.
C’est une bataille à livrer, y compris pour la seconde génération qui est en droit de se projeter dans une Guinée nouvelle et ouverte, reconnaissant tous ses fils comme des Guinéens à part entière.
Pour la première fois, la Guinée a réussi à retenir l’attention de la communauté internationale. Dans la conjoncture actuelle, la question du financement des élections est un faux problème. L’Union Européenne et les autres pays développés sont prêts à nous accompagner, y compris sur le plan financier dans beaucoup de domaines. C’est le moment propice pour obtenir ces appuis extérieurs.
Des listes électorales existent depuis le recensement des Guinéens vivant à l’étranger lors des élections présidentielles de 1993. Elles peuvent être actualisées avec le soutien de tous les partis politiques et des associations. Ces organisations ne demandent qu’à être sollicitées pour accompagner la reprise du recensement.
La diaspora est prête à se mobiliser et à faire preuve d’imagination pour une campagne de recensement rapide.
Il appartient aux Guinéens vivant à l’étranger de montrer leur détermination pour obtenir gain de cause.
Des actions concrètes sont à entreprendre comme l’envoi de lettres type établis avec l’aval des juristes et demandant la reprise du recensement ou de pétitions signées. Ces documents envoyés par chaque association, chaque cellule locale des partis politiques dans chacun des pays d’accueil sont à adresser à la fois à la CENI, au CNT, au Président de la transition, au Premier Ministre, à toutes les directions nationales des partis politiques et à toutes les ambassades de notre pays. Un effet de masse sera ainsi créé ; ce qui montrera notre détermination et constituera le baromètre de notre mobilisation. Les actions précitées pourront être accompagnées éventuellement de manifestations devant les ambassades guinéennes, voire de démarches informatives vers les autorités des pays hôtes.
Il est communément admis que les seules batailles perdues d’avance sont celles qu’on ne livre pas.
Si les Guinéens de l’extérieur baissent les bras sur le droit de vote, l’on assistera de concession en renonciation à leur marginalisation progressive alors qu’ils constituent un atout indispensable au redémarrage du pays.
Mahmoudou BARRY, France
www.guineeactu.com
|