mardi 22 décembre 2009
Les Forces vives vers l’éclatement ?
Jean Marie Doré

Au lieu de profiter du vide créé par l’hospitalisation du chef de la junte au sommet de l’Etat pour se réorganiser, les Forces vives de Guinée n’ont pas encore fini de vider leurs vielles querelles nées de la frustration provoquée par l’exclusion dont certains membres du mouvement se disant victimes d’un noyau qui n’en ferait qu’à sa tête.

Le Forum des Forces vives de Guinée est loin de sortir de la zone de turbulence dans la quelle il s’est retrouvé depuis que les pourparlers inter guinéens ont amorcé leur deuxième phase.

C’est le fait d’avoir mis à la touche certains leaders politiques, en prélude à ces travaux avec le facilitateur de la crise guinéenne qui aurait entraîné toute cette frustration qui pourrait porter atteinte à la vie de ce Forum. Qui pourtant était bien parti pour mettre la junte en difficulté.

Tant par sa capacité de mobilisation que par son caractère fédérateur, étant un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile, tous animés par le désir du changement dans la façon dont le pays est gouverné. Mais voilà que l’on assiste de plus en plus à une dissonance au niveau de l’harmonie au sein des Forces vives. Qui s’étaient illustrées par la plus piètre des manières lors de la première rencontre avec Blaise Compaoré en novembre dernier à Ouagadougou.

En effet, certains leaders politiques n’avaient pas manqué de se donner en spectacles durant leur séjour dans la capitale burkinabé.

Cette même réunion avait été marquée par la mise à l’écart de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, président du PEDN et de l’homme d’affaires Mamadou Sylla, sous le prétexte qu’ils roulaient pour le chef de la junte.

Ce camouflet qui a été infligé à ces deux personnalités, avait contraint Mamadou Sylla à claquer la porte des Forces vives, une fois de retour à Conakry.

Accusant M. Sidya Touré, un autre ancien Premier ministre guinéen d’être responsable de ses malheurs, parce que jure-t-il, son parti l’UDG a damé le pion à l’UFR de Sidya Touré en Basse Guinée, sensée pourtant être le fief de ce dernier.

Ce départ que certains observateurs avaient qualifié de non événement, se barricadant derrière l’argument selon lequel Mamadou Sylla était perçu aux yeux de la majeure partie de l’opinion comme étant un personnage sulfureux, allait aboutir à la création d’une alliance dénommée ANR (Alliance Nationale pour le Renouveau).

Une alliance regroupant une trentaine de petits partis politiques, taxés d’être à la solde de la junte et dont l’objectif serait de faire échec aux Forces vives dans leur lutte qui vise à évincer le CNDD.

Seul l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) de feu Siradiou Diallo, dont l’actuel président Bah Ousmane a été désigné à la tête de l’ANR, peut se targuer d’avoir l’étoffe d’un grand parti au sein de ce mouvement. Même si lui aussi est perçu comme étant aux abois, depuis qu’il s’est affiché aux côtés de Dadis Camara, lors de la visite du chef de la junte à Labé, en novembre dernier.

Une visite présidentielle qui était plus destinée à démontrer à l’opposant Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), que le capitaine Camara avait de l’aura dans ce territoire qui passe pour la chasse gardée de Dalein.

Le manque de cohésion au niveau des Forces vives ne peut qu’apporter de l’eau au moulin de l’ANR.

Et il est donc évident aujourd’hui que les Forces vives sont minées par une crise, à en croire cette déclaration d’une aile composée, notamment, des Nouvelles forces démocratiques (NFD), de Mouctar Diallo et de l’Union des forces démocratiques (UFC), d'Aboubacar Sylla, président de la Commission communication du Forum des Forces Vives.

Dans leur déclaration rendue publique la semaine de dernière, ces partis politiques dénoncent la « désorganisation qui caractérise les activités actuelles du Forum des Forces vives de Guinée dont les structures et le mode de fonctionnement sont devenus complètement obsolètes en raison du blocage entretenu par certaines personnes qui trouvent leur compte dans le statu quo et qui s’opposent insidieusement à toute forme d’organisation ». 

Ils déplorent également que la « composition des délégations des Forces vives à Ouagadougou lors des trois rencontres avec le Facilitateur n’aient jamais fait l’objet d’aucun consensus et qu’aucune feuille de route ne leur a jamais été confiée pour les deux dernières phases de négociations de sortie de crise ». 

Pour cette aile des Forces vives, le porte-parole, M. Jean Marie Doré, et certaines personnes s’obstinent à retarder, par des manœuvres dilatoires, la restructuration du Forum, alors que celui-ci se trouverait aujourd’hui dans une situation chaotique, avec l’absence de structures, de secrétariat, de budget de fonctionnement, de siège, d’adresse et de règlement intérieur.

D’où la nécessité de procéder à une « restructuration effective et urgente du Forum des Forces vives de Guinée, ce conformément aux décisions pertinentes de l’Assemblée Plénière du 03 novembre à Ouagadougou, afin de le doter sans délai et de façon démocratique, des structures, des procédures et des responsables plus aptes à assurer l’efficacité de son action dans le cadre d’un fonctionnement plus transparent et plus efficient ».

Les partis signataires de cette déclaration rappellent en outre que si jamais cette restructuration tardait à se matérialiser, ils ne manqueront pas de prendre l’initiative de convoquer une Assemblée plénière en vue de « diligenter la réorganisation des Forces vives et éviter ainsi le naufrage de ce mouvement », qui se veut à l’avant-garde du combat pour l’avènement d’une nouvelle ère en Guinée.


Mamadou Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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