dimanche 14 juin 2009
Les forages sont-ils la solution ?

La multiplication des forages à Conakry serait-elle la meilleure solution aux  problèmes de manque  d’eau ?

 

Facteur essentiel de vie, l’eau potable  accuse sa précellence de manière plus tangible encore sous le ciel tropical. Au manque d’eau pendant les périodes de sècheresse, s’ajoute son caractère combien nocif, le tout multiplié par le fait même de la température élevée. Au sein d’une eau fortement raréfiée déjà, la plus part des virus, microbes et parasites  trouvent les conditions les plus favorables à leur pullulation. L’eau joue un rôle primordial dans la multiplication des vecteurs de maladies contagieuses, endémiques ou épidémiques, qu’il s’agisse du paludisme, de fièvre jaune, de bilharziose (moustiques, mouches, mollusques) dont le cycle biologique comporte une phase aquatique transitoire or  permanente.

 

A  Conakry, les maladies d’origine hydrique jouent un rôle prédominant comme facteurs de létalité, 20% des malades hospitalisés. Elles se montrent associées à d’autres affections chez 80%.  Aussi, les  résultats des laboratoires de géologie  montrent la présence des nitrates dans les  eaux des puits de Conakry. Ces composantes chimiques dans l’eau proviennent  de trois facteurs: les eaux météoriques et superficielles,  de l’océan et des roches.  La teneur élevée en nitrates de l’eau de certaines zones de Conakry à densité démographique élevée,  s’avère grave surtout chez les enfants: ils causent la methémoglobinémia. En conséquence, une exploration judicieuse de tous les enfants cyanosés afin de clarifier  la part de la méthémoglobine nitrique dans une ville où les  puits sont ou seront utilisés par environ  60% de la population, serait nécessaire. Aussi serons-nous d’accord avec Mr. Le Docteur Duran, lorsqu’il écrivait dans les Annales de la santé Belge de médecine tropicale en décembre 1947 « Les Endémies transmissibles  par vecteurs ou hôtes intermédiaires encombrent les dispensaires et forment le fond de pathologie des indigènes »

 

Aujourd’hui, la capitale de la Guinée, Conakry possède quatre sources d’eau d’alimentation: puits;  eaux de pluie, rivières,  eaux de conduits et l’océan.

 

Le ravitaillement en eau sous conduit vient de: 

 

1.  l’ancien captage  Samakouré  1913; Lamikouré 1901, Takouré 1952, tous situés au flan du mont Kakoulima ;

 

2. les eaux du barrage de Grande Chute 1960-1963 et de Garafiri  récemment ;

 

3. la conduite de renforcement d’eau brute à Kouria;

 

4. la conduite de renforcement d’eau traitée depuis Gbessia.

 

Face à cette histoire, je vous invite à réfléchir sur les constatations suivantes: 

 

A- un très mauvais état des conduites, vieilles de plus de 70 ans pour Conakry (1); et pour Conakry (2 et 3), 1950-1955; 

 

B- le rôle néfaste des coupures;

 

C- l’existence  inadmissible des fissures çà et là avec
des croisements  autorisés et non autorisés.

 
Alimentation en eau de pluie:

 

Pendant l’hivernage, nous voyons, ça et là, des seaux, bassines, canaris se remplir d’eau de pluie. Ils se trouvent soi en plain air ou sous les toits ou rarement sous le feuillage touffu des arbres.  Cette eau supposée naturelle, est  utilisée pour la cuisine, le lessivage, et le lavage. Serait- elle potable pour se permettre un tel usage? On sait que les toits  servent de déversoirs des selles des enfants, de certaines ordures ménagères, de lieu de repos des oiseaux et leurs excréments,  lieu de refuge des insectes. 

 

Dans cet article je parlerai seulement des puits.  Aujourd’hui, le Gouvernement Guinéen s’est lancé dans la politique des forages dans la ville de Conakry. Y a-t-il eu des études scientifiques  préalables sur:

  • Les  puits existants ?
  • Les  problèmes sociaux ?
  • L’état des laboratoires et la formation de more personnel pour la suivie ?
  • Un programme national en place ?

Les puits de Conakry sont  à margelle très élevée, non ou insuffisamment fermés, aux alentours boueux, où reposent seaux employés pour puiser l’eau de consommation. Pire, pendant l’hivernage, des ruisseaux y aboutissent, Pire encore, dans notre capitale, des égouts à ciel ouvert, coulent dans les  rues et pourquoi pas dans les puits. Les enfants  jouent parmi  les ordures qui ne sont jamais ramassées, souillent le pourtour des puits  de  fèces ou urine. Le crachat des chiqueurs n’y manquent pas. Là aussi, la basse-cour se désaltère et dépose son excrément.  Un autre problème est l’influence des latrines,  fosses septiques et W.C. Les latrines et fosses septiques  sont de véritables cimetières d’hygiène. Elles se trouvent à moins d’un mètre du soubassement des maisons ou puits, alors que la fosse d’aisance  doit être située  en aval des puits à une distance de 30 mètres; en amont, à 45mètres

 

L’éducation sanitaire, est, conséquemment, l’arme fondamentale pour Conakry cosmopolite. La population de Conakry est religieuse et fanatique parfois. Le Moribadjassa dans le pays Manding est vu comme prévenir l’épidémie qui s’abattrait sur les enfants, reflet de la colère de Mami Watta contre les femmes.  La population Soussou, n’oubliera jamais les bienfaits de Gbassicolo. Le Nyomou des Guerzés demeure source de bonheur et de santé. C’est dire que même à l’époque biologique actuelle, nous demeurons sous contrôle  encore des personnes qui, sincèrement, croient que les forces spirituelles et  immatérielles sont à l’origine du développement des maladies épidémiques. Informez-vous à côté de tous ceux qui accompagnent un convulsant en consultation d’urgence: la première idée causale; action des diables ou sorciers. L’évolution  de la santé publique  a connu multiples phases et péripéties, but avec de maigres résultats:

 
Arrêté 2323/AG du 16 Janvier 1905, création d’un service d’hygiène de Guinée à Conakry.


Arrêté 2322 / AG du 21 novembre 1934 réglementation de la construction de la salubrité des maisons dans les centres urbains de guinée.


Arrêté du13 au 7 juin 1953 création d’une taxe d’habitation de Guinée.

 
Arrêté 1682/ APAS parlant d’un service d’hygiène de Guinée. Il a fallu ainsi attendre 54 ans de subordination c’est-à-dire 6 ans avant l’indépendance pour voir naître un tel service si important alors que toute les sources de pollutions y étaient déjà.

L’Indépendance a servi  à former un homme nouveau à  partir du colonisé qui, il y a des jours, implorait la grâce des êtres invisibles et des incantations,  source de richesse  et santé.


Le gouvernent actuel doit comprendre  la difficulté de changement de l’opinion politique laquelle ne change pas aussi vite. A la base de tout problème de santé publique ou individuelle, il y a un problème d’éducation. La construction des puits et leur entretient n’échappent pas à ce problème; faire admettre la nécessité de la participation de chaque citoyen à l’amélioration de sa communauté.
 « L’HOMME ET LA SANTE FONT UN, L’HOMME ET LES CONDITIONS DE TRAVAIL FONT EGALEMENT UN. L’HOMME N’EST PAS UN ELEMENT FLOTTANT, IL EST UN ETRE INTEGRE »

 

Les quelques discours du Président de la République ne feront pas le succès des forages à long terme. Mais il appartient à l’éducation sanitaire soutenue par un programme étatique conséquent d’élever l’intérêt de chaque individu pour l’hygiène physique et mentale, d’encourager les bonnes habitudes et pratiques sanitaires et de promouvoir un sentiment de responsabilité collective pour la création et le maintien de nos forages dans un milieu sain; bien que les agents traditionnels de l’éducation sanitaire soient des écoles et les services de santé publiques, il n’en reste pas moins que les médecins et leurs assistants, les infirmiers, les nutritionnistes, et les laborantins y prennent part dans l’exercice habituel de leurs professions.


Le ministère des affaires sociales à travers des ateliers et centres de formations, doit enseigner l’entretien des forages et l’hygiène hydrique. La SEG doit recenser tous les forages en vue de la surveillance bactériologique et microbiologique ainsi que les données chimiques ; le service de taxations du ministère chargé des finances aura aussi son rôle à jouer en conditionnant une structure financière  bien  adaptée.


Le ministère de l’information, popularisation, éducation, doit au moins une fois par semaine, organiser des séances consacrées aux forages quand on sait que la population y est beaucoup sensible. Les trois ministères de l’Education doivent avoir leurs mots à dire. Il ne faut pas confondre l’éducation avec l’instruction ou la politique.


Les laboratoires d’analyses chimiques du ministère des Mines et de la Géologie doivent être associés. Il faut créer un service  sanitaire permanent veillant sur l’entretien des forages dans chaque localité.

 

Comment peut-on assumer la survie de ces forages, alors que la majorité de nos citadins sont d’origine rurale, habitués  au public forage et à la  gratuité de l‘eau? Dans mon entendement, on peut envisager trois modes de financement :


1. Prêts de subvention d’origine intérieure ;
2. Prêts de subvention accordés par les organismes internationaux, un dilemme à cette période politique.
3. Financement direct des travaux d’aménagement par les recettes des services d’eau avec un programme réalisé par tranches annuelles. La SEG doit élaborer un programme de participation financière des usagés. Mais, multiples ambushes existent déjà. Ce dernier temps, certains clients, sous prétexte de manque d’eau, refusent d’honorer leur engagement vis à vis de la SEG.

 

Ces forages ne doivent pas être isolés des autres secteurs du développement économique. Ils nécessitent une planification, réflexion judicieuse d’exploitation. Souvent la main de fer doit assumer leur succès. Il est certain que l’avenir d’acquisition d’un système d’approvisionnement de nos populations en eau potable et nos industries, dans nos pays envoie de développement dépendra  des solutions apportées aux difficultés  autant économiques que sociales. Malgré  les technologies de plus en plus perfectionnées dont nous disposons ou souhaiterions disposer, il faut surtout responsabiliser nos communautés dans leur développement.  Un plan directeur d’urbanisme de Conakry, adapté aux réalités présentes serait indispensable pour le succès des forages. Nous devons comprendre que les forages ne sont guère la Solution du problème d’eau à Conakry. Aujourd’hui, beaucoup de services et des ambassades éprouvent des difficultés dans leur fonctionnement normal par le manque d’eau. Certains services ayant un caractère stratégique comme la radio, la télévision, la centrale téléphonique, l’université devraient jouir d’une autonomie d’approvisionnement. Néanmoins, à cette heure difficile de l’histoire  notre pays, nous ne  pouvons et ne devons compter que sur nos propres forces avant d’envisager tout progrès sensible. Il en est de même pour l’assainissement de la ville de Conakry.

 

 

Mory Souanou Bérété
 

www.guineeactu.com


 

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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