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La Guinée sous le règne du PDG (Parti Démocratique de Guinée), avait une pratique qui est une partie intégrante de notre histoire, avec les filles nommées « filles protocoles ».
Quand les dignitaires du régime devaient se déplacer dans une région ou une ville, ils formaient une délégation ; un grand nombre de dignitaires dans une délégation, c’était une forte délégation signifiant ainsi l’importance de la mission.
Alors, la ville qui devait recevoir cette forte délégation, se mobilisait pour laisser une empreinte particulière ; danses folkloriques etc. etc.
Comme partie intégrante de cette mobilisation, des belles filles des collèges et des lycées étaient choisies pour être les filles protocoles chargées de l’accueil des dignitaires.
Cérémonies et discours terminés, tout le monde rentré au bercail, commençait alors la face cachée du système.
Eh oui, ces filles choisies pour leur beauté, étaient ensuite offertes pour agrémenter les nuits de dignitaires. Phénomène d’une grande ampleur connu de tous.
Avant de vous faire mon analyse, je veux vous présenter l’auteur qui fera ma conclusion.
Pour faire d’une pierre deux coups, j’avais dans mon agenda d’interviewer des écrivains africains pour une émission littéraire en préparation ; alors c’est au moment de l’interview de Sylvia Serbin, qui a écrit le livre magnifique « Reine d’Afrique et Héroïne de la diaspora noire », que je m’aperçus qu’elle connaissait un dossier sur la Guinée et je lui demandai d’intervenir dans mon documentaire.
A la fin de son interview, elle me conseilla de contacter un de ses amis, grand amateur de la Guinée ; elle lui téléphona et quelques heures plus tard, j’eu le plaisir de rencontrer Malick Diarra , écrivain sénégalais. Passionné de la Guinée et de Sékou Touré (ce qui ne l’empêche pas d’avoir un œil critique sur lui) ; son intervention imprévue donne une dimension supplémentaire au documentaire.
Il m’invita un autre jour chez lui pour me parler de ses livres et de son parcours que voici : A 4 ans, lors d’une manifestation populaire au Sénégal, le jeune Malick se laisse distraire par deux hommes qui lui offrirent des bonbons et l’entraînèrent en aparté pour enfin le kidnapper ; c’est au désert qu’il comprit que c’était des maures de la Mauritanie qui kidnappaient des enfants pour les faire esclaves ; sur une douzaine, six survécurent.
Après six ans de captivité, Malick parvint à s’évader grâce à l’aide un ancien esclave et ce fut le grand étonnement de ses parents qui le croyaient mort.
En 1958, il a treize ans quand un de ses enseignants le fait rentrer dans le PAI (Parti Africain Indépendant) et le fait militer pour le non de la Guinée ; renvoyé très top de l’école, il milite dans l’internationale socialiste et, arme au point, participe à la guerre en Angola et au Mozambique pour la libération de ces pays ; il est même au Chili arme au point lors de la chute de Salvador Allende.
Rentré au Sénégal, envoyé dans une usine, il décide à plusieurs reprises de prendre une année sabbatique pour travailler dans les FAPA (ferme agro pastorale) en Guinée (notamment à Kindia, à Mamadou, etc.).
Un jour à Kindia, en compagnie d’un ami colombien, ils se font arrêter avec le motif que des armes furent trouvées sous le lit de leur chambre d’hôtel et c’est parti pour des séances de tortures ; leur délivrance ne fut obtenue que grâce au témoignage du fils du propriétaire de l’hôtel qui dit avoir vu son père mettre ses armes sous les lits. Eux libérés, le propriétaire de l’hôtel fut fusillé.
Malick Diarra, raconte sa vie d’esclave dans son premier livre « L’enfant de balacos » ; il a publié trois livres et le dernier est en chantier. Son livre et ses conférences à Dakar, poussèrent les autorités sénégalaises à renforcer les contrôles aux frontières avec la Mauritanie, car l’esclavage est toujours pratiqué en 2011 dans cette partie de l’Afrique.
Mon Analyse : C’est une ancienne fille protocole qui m’a poussé à parler de cette pratique qui l’a marqué à vie ; combien en sont elles ? Nul ne sait.
Imaginer de filles de 14, 15 et 16 ans, choisis dans des écoles à cause de le leurs beautés et offert en pâture aux hommes de l’âge de leur père ou grand père ; c’est de l’inceste et comme ce n’était pas de leur gré, c’est aussi du viol.
Le système était pernicieux donc un mélange de prostitution, d’inceste et de viol.
Beaucoup se sont retrouvées enceintes, certaines ont avorté avec des complications et d’autres mortes probablement.
C’était la souffrance dans le silence, eh oui, car sujet tabou. Un système qui ventait le mérite de la femme guinéenne, qui encourageait la jeunesse et qui dans l’ombre ne protégeait pas l’innocence de ses adolescentes. Cela s’est passé en Guinée et l’histoire doit le retenir.
Je trouve que nous ne pouvons pas critiquer le système sous Lansana Conté sans d’abord passer au peigne fin celui de Sékou Touré.
Autre exemple aussi dégradant, des bourreaux du camp Boiro allaient offrir aux femmes des détenus un contrat pour la libération des maris contre leurs tiédeurs.
Par amour, beaucoup cédèrent pour la survie de leurs êtres chers mais peine perdue puisque les détenus n’étaient plus de ce monde.
Souillées dans leurs corps et meurtries dans leurs amours.
Cela fait partie de l’histoire de la Guinée qu’il faut mentionner et les historiens feront un jour le tri.
En conclusion ; voici le message du frère Malick :
« Paul, je viens de lire ton article "la vérité n’est pas dite". Sache que les êtres humains ne sont dépassés par les évènements que lorsqu’ils sont esclaves de leurs pensées illusoires. Mais quand leurs pensées se taisent, la sagesse prend la parole pour dire la vérité occultée.
Ton combat ne fait que commencer dans cette arène d’ignorants, de lâches et de soumis. Les vermines empoisonnent la société. Homme de conviction et d’idéal, tu dois continuer à éclairer le chemin d’une génération née après tant d’évènements. Des êtres nobles de cœur et d’esprit que tu as rencontrés ont contribué avec un tel élan à situer la réalité des faits et évènements d’une période de notre Afrique et à te montrer les sources de l’histoire réelle.
Tiens bon, reste debout face aux assauts du temps. Amicalement, Malick Diarra. »
Merci grand frère ; plus ils m’attaquent, plus il y a inspiration et plus je suis inspiré, plus j’écris ; c’est dans l’adversité que je donne le meilleur de moi-même.
Paul THEA
www.guineeactu.com
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