dimanche 29 juin 2008
Les éternelles revendications des enseignants

Depuis quelques années, l’on constate que les revendications des enseignants sont devenues récurrentes en Guinée, avec leur cortège de perturbations des calendriers scolaire et universitaire. Il serait souhaitable que les autorités en charge de l’Education trouvent enfin une solution fiable et viable aux différents problèmes soulevés par les enseignants, pour mettre l’Ecole guinéenne à l’abri de ces grèves aux conséquences incalculables pour le pays.

De l’avis de tous les observateurs, le secteur de l’Education a la particularité d’être à la fois sensible et stratégique. Les enseignants, on le sait, constituent la majorité des agents de la Fonction publique. A ce titre, le moindre mouvement dans leurs rangs peut troubler, dans une large mesure, le sommeil des autorités politiques. Depuis quelques années, l’Intersyndicale de l’Education FSPE-SLECG ne cesse de se battre pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants. Ces derniers, on le sait, contrairement aux autres agents de Fonction publique, éprouvent d’énormes difficultés à joindre les deux bouts. Nombreux sont parmi eux qui vivent dans des conditions particulièrement misérables. Le salaire est insuffisant pour faire face à toutes les charges familiales et sociales. C’est pour toutes ces raisons que les enseignants sont souvent présentés comme les plus pauvres de la Fonction publique. « L’enseignant n’a pas là où voler pour arrondir ses fins de mois. Ce qui n’est pas le cas pour le douanier, le financier, le comptable ou le secrétaire qui s’illustrent souvent dans le détournement des deniers publics », fait remarquer un fonctionnaire résidant à Dabompa, dans la commune de Matoto. AK est un diplômé de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Après ses études supérieures, il y a de cela une dizaine d’années, il a juré à tout bout de champ de ne pas toucher à la craie. Car, selon lui, l’enseignement est un métier qui ne nourrit pas son homme. « Il m’arrive souvent de rencontrer mes professeurs du collège ou du lycée. Après tant d’années dans l’enseignement, ils font toujours peine à voir », rappelle-t-il souvent à ceux qui lui suggèrent d’embrasser la carrière d’enseignant. Comme ce jeune homme, nombreux sont ceux qui rechignent, pour diverses raisons, à prendre la craie. « Je préfère aller au champ plutôt que d’opter pour l’enseignement », nous avait confié un jour un jeune homme d’une trentaine d’années. Compte tenu de cette situation donc, les autorités en charge de l’Education devraient vraiment prendre en considération, les problèmes soulevés par les enseignants. Mais hélas ! Les années se suivent et se ressemblent étrangement pour les pauvres enseignants. Chaque année, c’est la menace de grève générale qui est brandie par l’Intersyndicale de l’Education FSPE-SLECG pour contraindre les autorités compétentes à se pencher sérieusement sur la situation des enseignants. L’année scolaire 2007-2008 n’a pas échappé à ce qui semble s’être établi désormais comme une constante dans le système éducatif guinéen : la grève pour faire aboutir ses revendications. A partir du 19 juin dernier, les enseignants ont observé scrupuleusement le mot d’ordre de grève générale lancé quelques jours plus tôt par leurs syndicats. Pour sauver l’année scolaire, des négociations ont été engagées pour trouver une issue heureuse à la crise. La grève a été suspendue le 22 juin, à la grande joie des élèves et leurs parents. Mais la question que tous les observateurs avertis continuent de se poser est celle de savoir à quand la fin de ce que l’on pourrait appeler à juste titre les sempiternelles revendications des enseignants. Albert Einstein aimait dire que les problèmes sans solution sont ceux qui sont mal posés. Au regard de la situation qui prévaut depuis quelques années en Guinée, l’on ne peut que lui donner raison.

Mamy Dioubaté
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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