 |
Du vendredi 1er au lundi 4 août, les Guinéens ont vécu littéralement au rythme des décrets contradictoires. Mais le fait important à retenir reste évidemment le double limogeage de deux hommes qui passaient jusque-là comme deux proches parmi les proches du Général-Président Lansana Conté. Il s’agit en effet de Idrissa Thiam, chef protocole de la Présidence de la République et de Sam Mamadi Soumah, ministre secrétaire général de la présidence de la République. Comment en est-on arrivé à ce que certains qualifient déjà de ‘’nettoyage des Ecuries de la présidence’’ ? Explication… Tous les observateurs avertis de la scène politique s’accordent à dire qu’Idrissa Thiam et Sam Mamadi Soumah font partie du cercle des Guinéens dont les faits et gestes ont été abondamment abordés ces dernières années par la presse nationale et internationale. Le premier était jusqu’ici le chef protocole de la présidence de la République. Etant un proche collaborateur du chef de l’Etat, Idrissa Thiam a été invariablement présenté par ses détracteurs comme le commanditaire des crocs-en jambe, des coups bas et autres intrigues à la présidence de la République. Pendant les quinze mois d’exercice de Lansana Kouyaté, nombreux sont ceux qui soutiennent que le désormais ex-chef du protocole de la présidence de la République aura été un obstacle majeur à l’action gouvernementale. Quant à Sam Mamadi Soumah, il a eu le privilège de faire partie du gouvernement de consensus mis en place au lendemain des douloureux événements de janvier et février 2007. Il a hérité du secrétariat général de la présidence de la République. Mais au fil des mois, ses rapports avec le chef du gouvernement, Lansana Kouyaté, se sont nettement détériorés, faisant par moments les choux gras des journaux de la place. Le point culminant de leurs rapports conflictuels a été atteint en décembre 2007 lorsque le scandale relatif à la falsification du décret de restructuration des départements ministériels a été étalé au grand jour. Pendant ce que la presse a qualifié à juste titre de crise au sommet de l’Etat, Sam Mamadi Soumah a été présenté comme le chef de file de la mouvance présidentielle face à la mouvance gouvernementale. La suite, on la connaît. Le 3 janvier 2008, Justin Morel Junior, alors ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information et Porte-parole du gouvernement dit de consensus, a été démis de ses fonctions par décret présidentiel. Un limogeage qui, comme il fallait s’y attendre, a été perçu par certains comme une subtile tentative de remise en cause du processus de « changement » enclenché depuis les mémorables événements de janvier et février 2007. Justin Morel Junior sera remplacé à ce poste stratégique par Issa Condé, précédemment Directeur général de l’Agence guinéenne de presse (AGP). Le 20 mai 2008, Lansana Kouyaté sera à son tour démis de ses fonctions de Premier ministre, chef de Gouvernement, au grand dam de ses partisans. Pour lui trouver un remplaçant à la primature guinéenne, le chef de l’Etat, le général Lansana Conté jettera son dévolu sur Dr Ahmed Tidiane Souaré qui, faut-il le rappeler, avait appartenu à l’équipe gouvernementale décriée en 2007. Comme son prédécesseur, le nouveau locataire de la primature mettra quelques quatre semaines avant de parvenir à faire signer le décret portant nomination des membres de son gouvernement dit de large ouverture. Une semaine auparavant, le décret portant restructuration du gouvernement a été rendu public pour couper court aux folles rumeurs qui avaient commencé à circuler au sujet d’un éventuel blocage du Premier ministre Dr Ahmed Tidiane Souaré. Dans la nouvelle équipe gouvernementale, Sam Mamadi Soumah a été nommé ministre secrétaire général de la présidence de la République. Mais vu la composition de ladite équipe et la soudaine érection du secrétariat général de la présidence en ministère-secrétariat général, certaines mauvaises langues n’ont pas hésité à parler aussitôt de falsification du décret présidentiel. Et toutes les accusations convergeaient vers le duo formé par Sam Mamadi Soumah et Idrissa Thiam, les deux plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Le vendredi 1er août, le président de la république a signé un décret portant nomination de M. Alpha Ibrahima Keira au poste de ministre-secrétaire général de la présidence de la République, en remplacement de Sam Mamadi Soumah, nommé à la Direction générale de la Caisse nationale de Sécurité sociale. Le dimanche 3 août, à la surprise générale, c’est un autre décret qui a été lu sur les ondes de la RTG, portant nomination de celui qui est tombé en disgrâce deux jours plus tôt, au poste de ministre d’Etat chargé des activités présidentielles. Il n’en faudra pas davantage pour faire dire à certains que la confusion et la cacophonie prennent à nouveau le dessus sur la cohésion et la cohérence autour de la présidence de la République. Le lendemain, le Général-Président Lansana Conté a pris la décision de limoger Idrissa Thiam pour faute lourde et de mettre Sam Mamadi Soumah à la disposition du ministère de la Fonction publique pour avoir abandonné son poste à la Direction générale de la Caisse nationale de sécurité sociale. Pour bon nombre d’observateurs, ces deux actes du chef de l’Etat s’inscrivent dans le cadre de ce qui s’annonce peut-être comme un nettoyage systématique des « Ecuries » de la présidence de la République. Sam et Thiam en sont tout naturellement les premières victimes. Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |