samedi 26 décembre 2009
Les discours c'est bien, les actes c'est mieux mon général ...
Haroun Gandhi

Quoi faire maintenant ?

En lisant le discours de l'ex commandant Sékouba Konaté - devenu général en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire -, je me pince un peu, parce que j'ai perdu l'habitude de rêver, et que malheureusement, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Exceptionnellement, je ferai le faux-cul en me désintéressant du contenu de certains passages « irréels » de ce discours, pour me concentrer sur le : et quoi faire maintenant ?

Il est utile de rappeler en préalable que, dans la mesure où le CNDD n'est de toute façon pas légitime, le « général » s'est donc arrogé tout aussi illégalement le pouvoir, au moins au sein de l'armée (à défaut de l'État ?) sans doute parce qu'en son sein, il incarne un moindre mal par rapport aux extrémistes et jusqu'au-boutistes.

Que ce soient Toumba ou Pivi (les rares à posséder des troupes), du fait de leur passé et de leur passif (voir à ce sujet les rapports de Human Rights Watch et de la Commission d'enquête internationale), ils ne peuvent proposer que la fuite en avant, aidés en cela par l'idéologue Moussa Keita, lui aussi passé de lieutenant à colonel en moins d'un an (selon quels critères ? Pour quels faits d'armes ?).

Le général aura en revanche beaucoup de mal à se faire entendre, d'une part du fait de sa personnalité qui est décrite ici et là, et d'autre part, parce qu'il ne figure pas directement au rang des assassins du 28 Septembre - en fait la Commission d'enquête internationale estime qu'elle devra déterminer plus précisément sa responsabilité -, et qu'à ce titre, sa solidarité avec les principaux responsables (les capitaines Moussa Dadis Camara, Moussa Tiégboro Camara, Claude Pivi, et le lieutenant Aboubacar Chérif Diakité dit Toumba) est donc très lâche.


«Mobiliser pour sortir de nos rangs tous ceux qui salissent notre uniforme »

Il a pourtant intérêt à profiter de l'opportunité qui lui est « offerte », pour faire traduire en justice (et non éliminer), en tant que Ministre de la Défense (qu'il veut réhabiliter), quelques uns des dirigeants compromis dans le régime du capitaine Dadis Camara, car ces quelques « sacrifiés » permettront non seulement de préserver l’institution militaire toute entière, et notamment les nombreux hommes de troupe, mais également de permettre l'intégration de certains militaires modérés dans un gouvernement de transition, en vue, entre autres, de redorer le blason de l'institution.

Il n'a pas dit autre chose dans son discours : «Pendant qu’il est encore temps et comme nous en avons tous la volonté surtout, il nous faut nous décider, nous mobiliser pour sortir de nos rangs tous ceux qui salissent notre uniforme, trahissent leur serment et voudraient opposer l’Armée dans sa majorité respectable à l’opinion nationale et internationale... ».

La démarche peut paraître cynique, mais oh combien subtile, car l'impunité n'est plus possible pour ces assassins ; or le 28 Septembre ne peut pas être le symbole du départ d'un nouveau régime (les évènements de Juin 2006 et Janvier 2007 avaient eu lieu en fin de règne de Lansana Conté). Démarrer (pour 25 ans ?) un régime avec cette tache indélébile, n'est pas acceptable et ne sera pas accepté.

En procédant de la sorte, il se met à dos une partie de l'armée - mais ce n'est pas la plus noble -, mais il obtient surtout la bienveillance de la population (accessoirement de la Communauté internationale), pour faire le sale boulot. Il en va de toute façon non seulement de sa propre sécurité, car nombreux au CNDD doivent se regarder en chiens de faïence, prêts à bondir dans cette partie d'échecs ou de poker menteur, mais également de la sécurité du pays tout entier, certains énergumènes n'hésiteront pas à embraser le pays, non seulement pour leur devenir proche, mais aussi pour la défense de leurs petits intérêts personnels. Ce sera l'occasion pourtant de vérifier sur la forme, si tous les surnoms que le général possède ne sont pas surfaits, et sur le fond, si le général est réellement avec ou contre ces « militaires » nuisibles.

C'est le prix à payer, non seulement pour certains militaires, qui ne pourront pas cette fois, passer à travers les gouttes, mais également pour les civils de manière générale, les Forces vives en particulier, qui seraient bien inspirés de composer avec des militaires modérés, dans un Gouvernement de transition à mettre en place d'urgence. Il faut toujours garder à l'esprit que les militaires ne quittent le pouvoir, que lorsqu'ils y sont obligés.


Un corporatisme exacerbé et des parasites au sein de l'armée

Il faut être clair : en 50 ans, l'armée n'a été « utile » au pays qu'à l'occasion des conflits frontaliers avec le Libéria et la Sierra Leone au début des années 90. C'est cher payé au budget national, notamment depuis une dizaine d'années, puisqu'en considérant que l'armée absorbe au moins 30% de celui-ci (voire du PIB ?) - on est sans doute loin du compte -, l'arrêt des conflits n'a pas eu de conséquence sur cette prédation « légale ». C'est bien là le problème, tous les discours, la phraséologie anti-impérialiste (anti-française notamment) n'a pour but que d'endormir et de distraire la population. Au sein de l'armée, on trouve de nombreux « jouisseurs » qui s'équipent en matériel, armes, véhicules, logements, carburants, dotations diverses... aux frais de la Princesse, et ce, pour aucune contrepartie, même si cela ne concerne pas toute la troupe.

Il suffit de bomber le torse, de parader, ou pire de tirer à vue, pour décourager toute tentative (un régime civil) susceptible de remettre en cause cet équilibre. Tous ceux qui accusent les anciens dirigeants civils d'avoir conduit le pays à la ruine, devraient méditer sur le fonctionnement réel du régime récent, notamment quant au fonctionnement des procédures financières. Le « déménagement de la BCRG » au camp Alpha Yaya, et le monopole des signatures des décaissements par le capitaine Camara, en disent plus long que les discours.

Certes le général Konaté doit défendre la majeure partie de ses collègues (statut de la profession et de l’institution militaire), y compris dans un premier temps au niveau des intérêts et privilèges de chacun des individus qui la composent (sur le budget de la défense, sur le plan des traitements et indemnités et des avantages matériels tirés de l’exercice professionnalisé de leur fonction). La préservation des intérêts et des positions corporatistes est une logique inhérente à toute institution, et en faire abstraction serait irréaliste et suicidaire. Un gouvernement de transition doit donc permettre aux militaires, l’expression de leurs revendications corporatistes normales.


Un gouvernement de transition mixte pour démilitariser le pouvoir...

Composer avec des militaires (ce qui exclut en revanche toutes les forces paramilitaires - forces de sécurité, milices... - à éradiquer) est inévitable, même si c’est placer l’appareil militaire dans une position d'arbitre parfois irresponsable, et n'est donc pas souhaitable à plus long terme. Ce n'est donc qu'un pis-aller, dans l'attente d'une restructuration complète de l'armée.

Le général Konaté ne dit pas autre chose dans son discours : « … En choisissant le métier des armes, nous avons choisi notre voie : notre place est dans les casernes, notre mission est de garantir l’intégrité territoriale, la sûreté aux frontières et de veiller aussi sur les personnes et leurs biens... ». Mais ce ne sont que des discours qui n'engagent que ceux qui les écoutent.

C'est pourquoi la suprématie des civils devra être établie de manière institutionnelle, afin d'éviter les interférences futures sur la scène politique. La réelle neutralité politique de l’armée, qui dans l’absolu n’existe pas - y compris dans les démocraties occidentales -, passera par la démilitarisation du pouvoir (et non plus seulement le retrait des militaires du pouvoir politique exécutif) et la subordination de l’institution militaire aux décisions civiles.


et rétablir un contrôle démocratique.

Mais parce qu'en Afrique, les précédentes expériences de désengagement des militaires du pouvoir politique ont toujours été, à plus ou moins long terme, un échec, se soldant souvent par un coup d’État militaire, il sera essentiel de rétablir un contrôle démocratique.

Cela signifie qu'il faudra éviter à l'avenir de privilégier les moyens matériels de contrôle (allocations importantes au budget de la défense, hauts salaires pour les officiers et privilèges matériels pour acheter la loyauté des forces armées). C’est souvent considéré comme le meilleur moyen de tourner l’armée en un réseau de soutien à l’État..., mais c’est aussi le plus coûteux et il ne comporte aucune garantie (de nombreux coups d’état ont eu lieu dans des pays à fort budget militaire). Il faudra donc cesser ce système inégalitaire.

Il n'est pas davantage question d'un soutien militaire externe (à l'image de « la tutelle française » dans de nombreux pays francophones), d'une part parce que l'Histoire de la Guinée ne le permettrait pas, ensuite parce que, même la France a évolué, - et pas seulement pour des questions budgétaires -, en ne restant présente qu'au Sénégal et au Gabon.

En dehors de ces deux éléments (redistribution et soutien externe), les études sur les pays qui n’ont pas connu d’intervention de l’armée sur la scène politique, évoquent un dernier aspect qui est lié à la personnalité du leader chargé de diriger, non pas la transition, mais le régime « démocratique » issu d'élections libres, crédibles et transparentes.

Dans un futur régime qui devra prévenir toute intrusion militaire sur la scène politique, cela passera par la dépolitisation de l'armée et la démilitarisation du pouvoir. L’enjeu sera aussi la reconstruction d’une armée professionnelle, moins corporatiste. Pour ce faire, plusieurs pistes seront privilégiées, notamment la coopération militaire (programmes de formation, initiatives américaine ACRI et française RECAMP), et les missions à l’extérieur (engagement dans les Opérations de Maintien de la Paix (OMP) de l'ONU ou régionales comme l’Ecomog de la Cedeao).

Toute la difficulté – et tout l’enjeu de la consolidation des relations civils-militaires dans un futur régime démocratique – sera de ménager des moyens de paroles professionnelles mais apolitiques, et donc inoffensives pour le régime.

L'activisme des militaires en politique se limitera en fonction de la légitimité des institutions, et de la pratique du pouvoir. En respectant l'État de droit et les normes constitutionnelles et légales, ce qui passe par une limitation à deux mandats par exemple, en privilégiant le débat et le recours juridique, les civils contribueront à disqualifier la force comme moyen de règlement des conflits. Car les civils aussi doivent proscrire les méthodes musclées, pour lesquelles ils seront toujours moins bien « armés » que les militaires. Civil n'étant pas synonyme de démocratie, le choix du leader sera important, mais c'est un autre problème.


Le général est donc à la croisée des chemins

C'est donc une tâche immense et périlleuse qui est « offerte » au général Konaté, mais elle permettra à l'institution militaire d'être reconnue pour son utilité sociale, tout en préservant d'éventuelles ambitions futures.

Lutter contre des hordes d'assassins est dangereux (mais c'est la finalité des forces de police et/ou de l'armée), mais lutter contre sa propre population est davantage suicidaire. Or il y a peu de monde en Guinée ou à l'extérieur, qui va laisser une nouvelle fois des militaires « prendre du bon temps » pour 25 ans.

Le général est donc à la croisée des chemins : que le contenu de son discours (notamment les deux passages que j'ai mis en exergue) soit réellement respecté, et alors les Guinéens pourront reprendre espoir.

Mais il faut faire vite, les Guinéens sont las d'attendre...


Haroun GANDHI


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
ALPHA OUMAR BARRY, dimanche 27 décembre 2009
LA CONFEDERATION GUINEENNE ,COMME VERITABLE SOLUTION AUX PROBLEMES GUINEENS. QUE CHAQUE ZONE FORMANT UN ETAT S`AUTOGERE, ET ELISE SES MEMBRES ET SON GRAND CONSEILLER D`ETAT PRESIDENTIABLE . La Basse-Côte , le Foutah-Djallon, La Haute Guinée et la Forêt Subdivisées en canton . LA PRESIDENCE EST TOURNANTE AVEC UNE ANNEE CHACUN OU CHACUNE A LA PRESIDENCE. Ce système aura l`avantage de rendre transparente la gestion commune de nos ressources minières et autres. De faire participer avec plus d`antrain les fils et filles de chaque region dans son dévelloppement . Etablissement d`un sytème de votation directe et démocratique des instances de direction, et équité dans la représentation regionale dans les organismes étatiques de gestion . Ceci dans le respect de la culture et moeurs ainsi que de la réligion des uns et des autres et ensemble dans le creuset de l`UNITE NATIONALE. Voilà ce qu`il nous faut comme système politique. Le système presidentiel nous a prouvé ses limites et defaillances avec la nomination d`un prémier minitre et consort . Sytème qui ne peut être louable pour le cas spécifique de la Guinée. Nous avons raté de peu pendant l`indépendance ,le sytème de gouvernance Confédérale, nous avons la possibilité maintenant de le mettre en oeuvre et en marche avec l`aide de la communauté internationale qui ne demande que cela pour avaliser notre quête. Nous avons avec ses 50 dernières années laissées glisées trop de suscpitions, de malhonnetété tant morale qu`intéllectuelle, de corruption , mais surtout nous avons appris à nous haïr les uns les autres. Ses tares et insuffisances ont été attisées par nos pseudo politiciens de l`intérieur et de la diaspora guinéenne, de connivance avec de douteux politiciens des puissances étrangères . Tout est fait sur l`échiquier politique guinéen, pour attiser la haine ethnique et la guerre civile dans le but de créer une brêche pouvant servir de rempart afin de livrer notre pays et sa population, le temps de faire main basse sur ses ressources naturelles à un état de déliquescence totale à l`image de notre indépendance totale. un réel faussé s`est creusé entre les fils et filles de ce pays.Il faut juste ouvrir les yeux pour le voir. LA CHANCE DE LA GUINEE EST SA CONFIGURATION REGIONALE ET ETHNIQUE BIEN DELIMITE NOUS DEVONS LA SAISIR AU VOL. un livre est en préparation sur ce thème et il sera tenu une conférence en début février 2010 à Génève . Nous édifiérons une fois les bases mises alors ensemble la Guinée dans son contexte naturel.Voilà la solution à toutes nos tribulations politiques.VIVE LA CONFEDERATION GUINEENNE.
Habib Diallo, dimanche 27 décembre 2009
Jean Louis, vous posez la question sur la personne qui nous satisferait? Le 28 septembre 2009, près de 50000 guinéens sont allés librement s’exprimer sur le type de personne et de gouvernement qu’ils veulent. Qu’est-ce que vous avez fait? Les tuer, violer, blesser et les infliger la pire sauvagerie avec des armes que nous avons tous achetées ensemble. Vous avez montré la pire sauvagerie qui soit pour faire taire des humains. Vous ne savez jusqu`à présent pas le type de personne et de gouvernement que nous voulons ? Violemment réprimer l’expression et le choix des guinéens est la seule chose que vous avez realisé en Guinée depuis 51 ans. Camp Boiro et les multitudes de camps de tortures à travers le pays sont tous des lieux qui n’ont servi qu’à cela. Les tueries de 2006, 2007, des policiers en 2007, le 28 septembre 2009 sont des événements pendant les quels des guinéens qui ne faisaient que s’exprimer pacifiquement sur le type de personnes et de gouvernement qu’ils veulent ont été tues. Vous savez donc la réponse à votre question. Si vous libériez la RTG aujourd’hui, vous entendriez plein vos oreilles sur la réponse à votre question.
Jean Louis, samedi 26 décembre 2009
Qui il faut maimtenant à la Guinée pour que vous soyez satisfaits. Il faut absolument salir le Gl Sékouba parcequ`il est ce qu`il est et n`est pas ce qu`il n`est pas. La haine et rien que la haine
Bangaly Traoré, samedi 26 décembre 2009
L`unique solution aujourd`hui pour notre pays,c`est le départ sans condition de ces criminels militaires du pouvoir.Le fameux cndd n`a point de solution politique et ni économique pour etablir un etat de droit en guinée.NB:le départ de cndd est nécessaire afin d`éviter une guerre civile dans notre pays mére.Bangaly Traoré.A bas le fameux cndd et son gouvernement d`inconscient et incapable.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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