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Les campagnes électorales sont finies, les élections terminées et désormais nous avons un nouveau président, celui de tous les Guinéens. Qu’on ait ou pas voté pour lui, il devient le président de la république et, à ce titre, devient comptable de ses actes dans la gestion des affaires de l’Etat guinéen. L’heure n’est donc plus aux critiques électoralistes infructueuses mais à une analyse objective des actions du nouveau président. Pour éviter qu’on ne retombe dans la même situation, il doit désormais se constituer un contre-pouvoir au sein de l’opinion publique nationale, qui tiendra lieu d’une nouvelle institution de la république comme c’est le cas dans toute démocratie sérieuse. En dehors des institutions traditionnelles qui par moment peuvent se retrouver dans les mains d’une même formation politique, l’opinion publique permet de réguler l’action gouvernementale et d’exercer un contrepoids sur les élus de la république en temps réel étant donné que c’est l’unique institution qui n’est pas soumise à une contrainte de mandat et dont les acteurs constituent l’essence même du peuple. Pour être pris au sérieux dans leur travail qui n’est pas des moindres, les acteurs de cette institution de la république doivent se démarquer de tout stigmate d’ordre ethnique et régionaliste dans leur propos.
Ceci n’était qu’une mise au point et non l’objectif de ce posting.
Dans un de mes tours quotidiens des sites guinéens, j’ai été navré de lire que le Dr français Bernard Kouchner était allé au chevet des malades guinéens dans les hôpitaux de Conakry et, ironie du sort, appelait à la création d’une assurance maladie. L’idée n’est pas mauvaise en soi et correspond bien aux aspirations des Guinéens qui rêvent de l’instauration d’un système de santé publique de qualité. La réforme de la santé publique en Guinée est un secteur prioritaire du développement socio-économique du pays et, de ce fait, tous les autres secteurs de développement en sont tributaires. Pour cela, cette réforme doit reposer sur les réalités guinéennes et surtout être opérée par les Guinéens eux-mêmes.
Ce qui est révoltant, c’est la mise en scène que veulent organiser ces deux jumeaux issus des milieux franc-maçonniques français aux dépens des populations guinéennes. Bernard Kouchner n’est plus ministre français des Affaires étrangères et ne peut donc plus représenter les intérêts de l’Etat français en Guinée. Que fait-il donc à Conakry? Ouvrir un nouveau front de la Françafrique qui est déjà mise à rude épreuve ailleurs sur le continent ? Rouvrir ses réseaux suspects de l’humanitaire alors qu’il est actuellement discrédité dans l’hexagone par le caractère affairiste de ces réseaux ?
Quelles ques soient les réponses à ces questions, le Pr. Alpha Condé et son jumeau doivent savoir que les temps ont bien changé et que les Guinéens ne permettront plus qu’on vienne les berner avec des déclarations fantaisistes qui visent à les appauvrir d’avantage.
La Françafrique ne veut décidément pas mourir avec des gens comme Bernard Kouchner, qui ont trouvé leur eldorado sur le continent noir, un continent riche en ressources de toute sorte mais dont les populations vivent dans une pauvreté endémique et les leaders politiques aux ordres de l’occident et de la France, en particulier pour ce qui est de l’Afrique francophone. Débarqué du gouvernement de Nicolas Sarkozy après sa gestion peu orthodoxe de la diplomatie française, c’est à Conakry que l’ancien locataire du Quai d’Orsay a élu domicile pour, dit-t-on, aider son jumeau à réformer le système de la santé publique en Guinée. La question qu’on pourrait se poser est celle de savoir pourquoi Bernard Kouchner, désemparé en France à cause de ses affaires africaines douteuses et désavoué par l’exécutif français, se retrouve subitement à Conakry et au chevet des malades guinéens ? Est-ce par compassion pour les malades ? Est-il allé à Conakry pour aider son jumeau à gouverner après bien entendu l’avoir aidé à devenir président ? S’agit-il de la continuation de la Françafrique bien que ce réseau mafieux traverse des moments difficiles ?

| | Bernard Kouchner | Kouchner, le médecin-affairiste sans frontières et médecin du monde. Kouchner, le militant de l’action humanitaire et du droit d’ingérence. Kouchner, le french doctor. Kouchner, le consultant. Kouchner, le Françafricain. Tant d’auréoles pour le jumeau de mon président ! Après la réélection de Jacques Chirac à l’Elysée, en mai 2002, Bernard Kouchner quitte le ministère de la Santé. Peu après, il se lance dans le consulting. En 2003 et 2004, Bernard Kouchner tient au Gabon, cet autre champ gardé de la France, le même discours qu’il tient aujourd’hui en Guinée à savoir la réforme du système de santé publique et la création d’un système d’assurance maladie. Ce discours lui valut de signer deux contrats avec le ministère de la Santé du Gabon. Ils portent sur un «audit complet du système gabonais et une proposition de réforme», et sur «l’élaboration d’un nouveau plan national de développement sanitaire». Le tout pour une somme dépassant les 2 millions d’euros. M. Kouchner a fait exactement la même chose au Congo de Denis Sassou Nguesso.
On serait curieux de savoir ce que cela a apporté aux populations gabonaise et congolaise en matière d’amélioration de la santé publique dans ces pays-là. Comme on peut le remarquer, il s’agit juste d’un audit et d’une proposition de plan dont le but ultime consistait pour M. Kouchner à empocher ses millions de dollars. Ce n’est donc pas de la compassion qu’éprouve M. Kouchner pour les populations guinéennes. Il évolue plutôt dans une « logique d’affaire » insidieuse dont l’objectif est de lui permettre de faire le plein de ses poches loin des regards de l’opinion publique française. Comme toujours ils (les messieurs d’Afrique) profitent de leur rapport personnel avec les présidents africains pour piller nos ressources et même nos populations dans une impunité absolue. Dans nos pays, il n’y a pas d’opinion publique et nos chefs peuvent nous malmener comme ils veulent pourvu qu’ils bénéficient de la protection de l’occident. Le reste n’a absolument aucune importance.
Si le Pr. Alpha Condé veut vraiment réformer le système de santé du pays, il doit le faire avec les Guinéens car c’est de leur santé qu’il s’agit. Il existe beaucoup de Guinéens compétents tant à l’extérieur qu’à l’intérieur et capables de se doter d’un système d’assurance maladie à l’image des programmes d’assurance maladie et d’assistance sociale dans les pays développés, comme par exemple Medicaid (assurance maladie pour les pauvres) et Medicare (assurance maladie pour les retraités et les vieilles personnes) aux Etats Unis. Si le Pr. Alpha Condé est sérieux avec ses projets de réforme, qu’il tende la main aux Guinéens qui ont de l’expérience et qu’il s’abstienne des services de l’opportuniste Kouchner.
Nous vivons une autre époque particulièrement caractérisée par un éveil des consciences aux niveaux national et continental en ce qui concerne l’Afrique. Dans cette époque, nous n’allons plus accepter les pratiques nébuleuses de nos dirigeants, véritables marionnettes aux services des intérêts occidentaux. Tout projet de réforme de quelque structure étatique qu’il soit, doit se faire avec l’adhésion et l’approbation des Guinéens aussi bien les élus que les différentes composantes de la société civile.
C’est pourquoi, je voudrais interpeller tous ceux qui sont soucieux du bien-être de nos populations et de la bonne gouvernance par nos dirigeants, afin de dépassionner le débat, c'est-à-dire le débarrasser des connotations ethniques et régionalistes afin de créer en Guinée une nouvelle institution de la république qu’est l’opinion publique. C’est à ce prix qu’on réussira à faire barrage à la diplomatie parallèle et aux combines franc-maçonniques. A bon entendeur, salut !
Foromo Emile Lamah, New York
www.guineeactu.com
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