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Bonne et heureuse année à tous. Nous revoilà.
Dans la dernière livraison, il y avait eu ceci : « Un Noir à la Maison Blanche, qui l’eût crû ? » Entre le participe passé crû de croître et le pp cru de croire, certains lecteurs érudits avaient détecté la confusion. Toutes nos excuses (ndlr).
Tout d’abord, le coup de tonnerre en Angola : le vendre di 8 janvier, à la surprise générale, le monde apprenait avec stupéfaction que le bus qui amenait les joueurs togolais de Pointe Noire au Cabinda a été pris pour cible par les indépendantistes du FLEC (front de libération de l’enclave du Cabinda). Voilà plusieurs décennies que le FLEC revendique une autonomie sans jamais se faire entendre. Ils ont attendu le moment le plus inopportun pour se faire entendre et de façon intempestive en tirant sur les sportifs togolais. A l’annonce de cette attaque sur plusieurs médias africains et internationaux, les médias gouvernementaux angolais gardaient le silence. Comme les autorités angolaises, les médias étaient tétanisés, pétrifiés et médusés par l’inattendu d’un tel acte. Peut-on parler ici de négligence ? Pas du tout. Il faut se mettre dans le contexte de l’Angola : Les travaux étaient en pleine finition et le jour de l’ouverture de la CAN approchait à grands pas. Les autorités à tous les niveaux perdaient le sommeil. Tout était concentré sur l’ouverture des jeux pour le dimanche 10 janvier. Brusquement, le FLEC se rappelle aux mauvais souvenirs pour mettre le pied dans le plat, un vrai coup de timbale comme assommoir. Le bilan est éloquent : Deux morts : le chauffeur et le chargé de la communication et une dizaine de blessés. Affolée au même titre que les autorités angolaises, la CAF est restée, jusqu’au moment où ces lignes sont écrites, sans voix. Frustrés, choqués et offusqués, les Togolais se retirent de la compétition, qui elle, doit continuer à faire son chemin sans les coéquipiers d’Adebayor. Un « trou » est créé dans la poule avec trois équipes, ce qui arrange bien le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina, qui auront un match de moins, une aubaine économique en énergie.
Sur le plan politique, on se demande si le FLEC n’a pas signé son arrêt de mort avec cette attaque bien mal à propos. Ce qu’il faut aussi se demander, c’est de savoir quel est le pays qui soutiendra désormais le FLEC après ce qui vient de se passer. Sur le plan sportif, les observateurs sont bien contraints de reconnaître que tous les pronostics sont faussés, du moins pour ce début de la compétition. Les trois premiers mondialistes ont fait piètre prestation. Il fallait bien s’y attendre, et pourquoi ? Le snobisme des équipes africaines était le fait de se préparer presque toutes au nord où il fait assez froid pour venir au sud jouer dans la fournaise de 35 degrés et plus. Dans de telle condition, il faut s’attendre encore à voir des malades et blessés en tous genres au fur et à mesure de la compétition. Crampes, déchirures, grippe ne se sont pas encore déclarer. Les équipes qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui ont eu la subtilité de se préparer in situ ou dans les environs. C’était le cas du Togo et le Gabon. Au moment où nous écrivons ces lignes, le match Cameroun-Gabon va démarrer dans trois heures. Les Guinéens en savent quelque chose quand ils sont allés « hiberner » à Malaga avant de venir se produire dans la canicule à ACCRA, c’est ce qui avait bien joué sur le Cameroun au Ghana, ça, on l’a vu mais personne n’a compris la leçon pour continuer à se préparer ailleurs.
Cet autre vendredi 8 janvier, le ministre des services spéciaux et de la lutte anti-drogue et contre le grand banditisme a fait une surprise aux malfrats. Il est revenu de sa mort, de ses amputations et de tous les maux que cette engeance lui souhaitaient mais Tiégboro a la peau dure. A sa descente d’avion, sur la passerelle, on l’a scruté pour voir si les orthopédistes de sa majesté le roi « Hassan V », pardon, Mohamed VI, ne s’étaient pas trompés de quelques centimètres de plus sur les béquilles de Tiégboro. La rumeur avait fait état de son amputation des deux jambes mais Tiégboro a marché comme auparavant. Et il a promis de repartir à 100 à l’heure contre le grand banditisme et contre la drogue. De deux choses l’une, ou les rumeurs n’étaient que rumeurs simples ou qu’il ait été bien « retapé ». Si tel est le cas, c’est rassurant et on peut espérer que Dadis reviendra avec une tôlerie bien refaite, c’est tout le mal qu’on lui souhaite !
Le 12 janvier, à la surprise générale, on apprenait sur RFI que Dadis est venu au Burkina Faso, chez le grand frère Blaise « il marche péniblement, est lucide et parle… » Il aurait même discuté avec les marocains sur son « évacuation » sur Ougadougou au lieu de Conakry. Voilà des informations qui disent qu’il y a quelque chose de pas orthodoxe et des questions se posent : Si tout semblent faire croire que Dadis ne savait pas qu’on l’amenait à Ouaga, pourquoi l’a-t-on amené à Ouaga ? La pression sur les autorités marocaines était si intenable ? Pourquoi pas ailleurs comme à Dakar, chez le père Wade ou à Tripoli, chez le… « frère-père » Kadhafi. Ici, il y a une confusion puisque Dadis considère Kadhafi comme son frère mais le guide le considère comme son fils, et nous, on ne sait à quoi s’en tenir.
Cette pression, si pression il y a, elle viendrait de qui ? Quel est le motif de se « débarrasser » ainsi de Dadis, parce que El Tigre et Tiégboro avaient dit qu’il va venir bientôt ? Décidément, trop de questions fusent et l’observateur ne peut que se perdre en conjectures et en élucubrations. Dans ces conditions donc, on sait que le ministre de la défense avait rencontré les autorités américaines et françaises lors de son séjour à Rabat. Dès son retour à Conakry il avait annoncé la mise en route non du dialogue avec les forces vives mais il les appelle à former un gouvernement d’union nationale avec un Premier ministre choisi par eu et désigne un capitaine qui sera chargé de la protection des leaders politiques en débandade. Vu que la CPI doit revenir à Conakry pour voir si elle doit se saisir du cas guinéen, si un seul cheveu d’un leader politique est touché encore, elle n’hésiterait pas de se saisir automatiquement de la situation.
Aujourd’hui, on peut dire, avec un tout petit risque de se tromper, que les tractations entre El Tigre et les Américains et les Français étaient basées sur une transaction : Libération de la démocratie contre levée des poursuites pénales sur l’autel de la paix en Guinée. La paix vaut mieux qu’un procès coûteux et interminable tout en laissant des braises sociales sous la cendre. D’ailleurs, le 12 courant, Sékouba Konaté a dit quelque chose un peu révélateur : L’ONU, l’UA et la CEDEAO sont prêtes à recevoir des contingents guinéens au sein des forces de la paix. Voilà des choses qui en disent long sur les motivations. Mais aussi, si tel est le cas, pourquoi envoyer Dadis à Ouagadougou ? Là encore, on peut tenter une explication : Pour permettre à Blaise Compaoré de continuer sa médiation, cette foi, pour le retour de Dadis, et la balle sera dans le camp des forces vives.
La situation économique est des plus noires, en ce moment où l’inflation bat tous les flancs. La flambée des prix des produits de première nécessité a atteint un pic insupportable, et cela, sans que le prix du carburant à la pompe n’ait encore augmenté d’un centime, et l’annonce de la hausse du prix des produits pétroliers est déjà prononcée par le ministre du commerce. Du coup, le litre d’essence se vend à 10000fg au marché noir et les stations services sont à sec depuis le 12 janvier.
Devant une telle situation économique en berne, les enseignants et les travailleurs ne savent à quel saint se vouer si ce n’est à la grève. Les enseignants voient mal comment on peut faire des avancements en grades chez les bidasses et les officiers au moins trois fois depuis l’avènement du CNDD alors qu’eux sont sur la paille. Le malaise va bientôt commencer au sein de la grande muette puisque les grades ne vont pas suivre facilement les bulletins de paie, les caisses étant à sec. Et cela, les douaniers, policiers et autres corps habillés ne sont pas concernés dans les différentes promotions. Et il faut qu’ils en bénéficient au même titre. C’est là que le bât blesse pour le prochain gouvernement civil, qui aura un tas de revendications socioprofessionnelles sur la table.
Au vu de tous ces problèmes, les militaires vont céder le pouvoir politique aux civils. C’était simple comme bonjour. Et c’était cela qu’on avait vu, dès le départ mais on a été mal compris.
Actuellement, les caisses vides ne sont plus la convoitise de qui que ce soit. Les bailleurs de fonds ont fermé le robinet à tel point que la situation devient de jour en jour intenable pour les tenants du pouvoir qui vont le céder aux nouveaux arrivants, mais seront-ils avec quelles prérogatives ? Comment vont-ils fonctionner, avec ou sans le CNDD ? Que va devenir ce CNDD ? Comment restructurer cette armée ? Comment moraliser la vie publique et remettre les Guinéens au travail, quand on sait que l’administration publique est paralysée depuis bientôt plus d’une décennie ? Les salaires de fourmi des fonctionnaires ne leur permettent pas de travailler correctement. Il ne faut plus faire semblant de payer les fonctionnaires qui ne doivent plus faire semblant de travailler.
Le FMI et la Banque Mondiale auront des décaissements à faire. Quant à la dette guinéenne, si l’on ne l’efface pas, aucun gouvernement, si démocratiquement élu ou quoi, ne pourrait tenir la barre pendant plus de trois mois, quelle que soit l’enthousiasme et l’euphorie qui vont l’acclamer, comme le fut le CMRN et le CNDD, à leur début.
Enfin, ce qu’il faut souligner, et c’est important, pour que le « rêve guinéen » devienne réalité, ah oui, les Guinéens commencent aussi à faire des rêves, il faut qu’ils se réveillent de ce long cauchemar qui leur fait croire que le pouvoir politique en Guinée doit nécessairement ou obligatoirement être ethniquement tournant. Sauront-ils admettre que la Guinée est une et indivisible en tous points de vue ? Vont-ils se donner la main pour gagner ensemble la grande bataille économique dans cette impitoyable mondialisation.
La question reste en l’air !
A la revoyure !
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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