|
Après la valse des décrets et contre décrets, un décret de clarification était attendu. Il a été publié Lundi 4 Août 2008 et met hors jeu, mais pas hors d’état de nuire, Sam Soumah et Idrissa Thiam en faveur d’Alpha Ibrahima Keira. Ayant proposé trois pistes de lecture de la confusion qui avait été créée, je reviens ici sur l’interprétation du nouveau décret en examinant son utilité pour l’opinion publique (1), le sens de la sanction infligée aux deux hauts fonctionnaires (2) avec un essai de lecture du futur envisageable (3). 1- Le décret de clarification et l’opinion publique. Vendredi 1er Août, le président nomme son beau Alpha Ibrahima Keira en remplacement de son neveu Sam Soumah au Prestigieux et très stratégique poste de SG de la présidence de la République. Dimanche 3 août un décret douteux renomme Sam Soumah ministre d’Etat chargé des activités présidentielles. Ces deux actes avaient fini d’installer la confusion au niveau de l’opinion publique car en vérité il s’agissait de deux hommes de clans différents pour les mêmes fonctions. Deux commandants dans le même bateau ! La confusion renforçait le sentiment et même la conviction que le président ne contrôlait plus la situation et que son autorité s’était effritée au palais. En intervenant rapidement et efficacement, le chef de l’Etat voudrait convaincre du contraire. Mais ce nouveau décret confirme qu’il y a bien eu souvent des faux décrets ou des décrets falsifiés à la présidence de la république. Cela, il faut l’admettre n’a pas commencé du temps de Sam Soumah même s’il a été plus maladroit que ses prédecesseurs. Fodé Bangoura a fait et défait des nomminations bien souvent en laissant la 1ère page et la dernière page intactes. Il aurait bien souvent changé les pages intermédiaires en mettant ses protégés à la place des cadres dument proposés. Il disposait pour cette fin, d’un pouvoir d’intimidation et d’une influence extraordinaire. Tout cela était renforcé par son calme déconcertant et son occultisme à outrance. Celou Dalein qui connaissait les stratégies de l’homme a voulu faire comme lui en changeant quelques noms de ministres et en contournant Fodé Bangoura. Mais les réseaux de Fodé Bangoura ont vite fait de déjouer le complot et voilà Celou Dalein renvoyé pour faute lourde. Pour l’opinion le Duo Idrissa Thiam et Sam Soumah constituent un duo de nuisance. Ils se seraient même introduits dans le cerveau du président pour penser et agir en ses lieux et place. L’appétit vient en mangeant. Ils ont tissé leur toile mais ce dernier a fini par montrer ses limites et les deux sont sanctionnés pour faute loude. Leur avenir est peut-être compromis sauf à être recyclés dans la race des ambassadeurs où se cotoient de vrais diplomates et des sangsues ignorant jusqu’à leur mission, dicréditant le pays l’Etat de Guinée. Mais la guerre des clans peut parfaitement les réintégrer car en Guinée on reprend les mêmes et on recommence semble être la règle. 2- La sanction politique infligée à Sam et à Thiam Si Sam Soumah est « relevé de ses fonctions pour abandon de poste» Idrissa Thiam est démis de ses fonctions pour « faute lourde ». Ce qui est curieux c’est que les motifs invoqués ne résistent pas à l’analyse bien que l’effet recherché soit assuré. Pour être accusé d’abandon de poste, il faut avoir occupé ledit poste. Ce qui n’est pas le cas de Sam. Nommé en fin de semaine, il ne pouvait matériellement occuper le poste de Direteur de la caisse de Securité sans formalités au moins d’installation. Ce motif est un indicateur du niveau souvent lamentable de ceux qui préparent les décisions du pouvoir central. Il ya là un vrai problème. Tout se passe comme si les actes étaient préparés dans la hâte alors même qu’il y a un service juridique à la présidence. Idrissa Thiam lui est accusé de faute lourde. Le problème c’est qu’il y a là une qualification foure-tout. Les administrativistes de tous les horizons tardent à dire précisément ce qu’est la faute lourde. On soutient que c’est une faute d’une exceptionnelle gravité. Mais la question reste posée de savoir ce qu’est une faute d’une exceptionnelle gravité. Toujours est-il qu’à la suite de Laférière on peut soutenir ici que si la faute de l’administrateur est détachable du service; le service lui n’est pas détachable de la faute. Il y a quelques années le préfet de Mandiana avait été démis pour faute lourde. Sa faute était d’avoir été le concubin de la femme de son ministre résident. Par la suite le maire de Kourousa a été démis pour faute lourde. Sa faute était de ne pas s'être rendu à la réunion des maires de la région convoquée par le président de la république. Plus récemment la faute lourde de Celou Dalein était d’avoir substitué ses propres candidats aux postes de ministres à ceux du président de la république. On ignore pour l’instant la faute lourde d’Idrissa Thiam. Ce serait probablement de ne pas avoir diligenté la passation de service entre Sam et Keira ou encore d’avoir participé à la préparation et à la publication du décret falsifié nommant Sam Soumah à un poste non prévu dans la restructuration ministérielle. Poussé à son maximum la falsification de décret du dimanche s’apparente au-delà du faux en écriture publique, à une haute trahison de la part des deux hauts fonctionnaires ainsi que de leurs complices cachés et découverts. C’est là un indicateur des turpitudes cancérigènes de notre administration où le mérite devient le dernier critère. En les sanctionnant le président remet les pendules à l’heure et chacun à sa place. Mais les problèmes ne sont pas finis. 3- Essai de lecture du futur envisageable. Nul n’a besoin d’avoir une boule de cristal pour prédire l’avenir politique en tant du moins qu’il est fondé largement sur des faits concrets. Il y aura certainement de nouveaux décrets au sein de l’administration centrale. Si l’ampleur de ces nouveaux décrets s’apparente à une purge, il faudrait s’attendre à une révolution souterraine avec éclatement du magma présidentiel. Ce qui est souhaitable. On ignore qui sera le nouveau chef du protocole à la présidence mais en tout cas la nouvelle configuration conduit à un cercle de feu ingouvernable. D’un côté Keira et ses souteneurs y compris Elhadj Mamadou Sylla qui tenteront de prendre le contrôle de la situation. De l’autre le 1er ministre et son gouvernement qui livreront la bataille de la survie. Enfin tout autour du cercle le groupe des faucons: Fodé Bangoura et consorts en intelligence avec leurs antennes extérieures Chantal Colle, Santulo et consorts. Une dernière classe d’ambitieux se signale sous la houlette d’Ibrahima Kassory Fofana. L’armée qui se restructure sera déterminante dans ce système de jeu où qui perd gagne ! Mais si d’aventure tous ses clans parvenaient à s’unir alors les élections législatives seront reportées pour être couplées aux présidentielles de 2010. Pour le moment il y a dans toutes ces luttes un seul gagnant le président Lansana Conté et un seul perdant le peuple de Guinée. Dieu sauve la Guinée. Alia Diaby pour www.guineeactu.com
|