jeudi 31 juillet 2008
Les décombres de la république de Guinée (suite et fin)
Ansoumane Doré

Il s'agit dans cette suite de dire un mot sur la sortie récente et sur les justifications de l'injustifiable drame guinéen par des personnalités de ce qu'on avait appelé l'Ancien régime, dans la précipitation dans la joie en 1984. Cet Ancien régime n'a vraiment pas accouché d'un régime nouveau de nature à couper les liens majeurs avec hier, autrement nous n'en serions pas au niveau de récriminations où nous sommes encore aujourd’hui, 24 ans après. Des survivants du régime originel qui s'étaient faits discrets, sont sortis de leur silence pour dire leur vérité sur ce qui s'était passé. Cette vérité avait pour objet de justifier globalement le régime qu'ils avaient servi. C'est ce qu'ont fait MM. Moussa SANGUIANA et Galéma GUILAVOGUI. On se serait attendu qu'après 24 ans de réflexion, ces caciques du PDG, accablés de remords et de chagrins se présentent, dans leur témoignage sur ce passé douloureux, en repentants devant la Guinée entière, d'avoir servi un régime inique. Un tel comportement aurait sans doute été accueilli par beaucoup. On peut imaginer dans un tel cas de figure cette attitude des survivants du régime du PDG et certains autres encore en activité politique ,s'adressant en particulier aux familles des victimes de la barbarie du régime qu'ils ont servi et plus généralement aux jeunes générations de Guinéens (avenir du pays), dans les termes suivants: " Le témoignage que nous apportons devant vous, n'est pas une recherche d'excuse facile mais une tentative d'explication. Notre génération a été phagocytée puis sacrifiée par la politique .Vous n'avez pas idée, pour les jeunes nés après 1984, de la férocité de la lutte pour la vie que nous avons dû mener. C’est que la Guinée de ces années de braises était entraînée dans une spirale invraisemblable qui a robotisé tout le monde sous la conduite de Sékou TOURE. Marche ou crève! était le commandement cardinal qui rythmait notre vie quotidienne. Un ange y aurait perdu son âme. La pression extérieure de l'impérialisme à laquelle était soumise la Guinée était réelle mais a été volontairement surdimensionnée par notre leader en transe perpétuelle. Il en devint de plus en plus dur pour les Guinéens. Soupçonneux envers tous y compris ses compagnons de lutte pour l'indépendance. Les seuls épargnés dans sa fureur destructive étaient les membres de sa famille alliée. Seul le pouvoir et comment s'y maintenir devinrent son obsession. Petit à petit chaque Guinéen tomba dans la lâcheté: des membres de la même famille allaient rapporter aux réunions du comité de quartier du Parti, les faits et gestes d'autres pour sauvegarder sa misérable petite vie. On témoignait de façon accablante contre un voisin, un ami en accusation qu'on savait innocent. Dans cette atmosphère de "chosification" du citoyen guinéen, nous en étions venus à perdre nos repères ancestraux de dignité, d'humanité et de moralité. Bref, nous étions devenus des dissimulateurs, des menteurs et des tricheurs sur tous les plans. On en voit les résultats aujourd'hui.

Nous tenons ce discours non pas dans la recherche d'excuse facile mais pour dire qu'un régime politique sans contrepoids peut rendre des hommes cruels pour leurs compatriotes. Ce fut le cas du régime guinéen".

C'est hasardeux d'imaginer un seul instant que des hommes qui ont gagné leurs galons civils ou militaires sous Sékou Touré puissent tenir ce genre de langage. Sans aller cependant jusqu'à des confessions aussi dures que celles qui viennent d'être dites, une disposition mentale dans ce sens de la part des acteurs du malheur guinéen, même à des niveaux subalternes, aurait eu des chances d'apaisement. On sait du reste que les crimes dénoncés en Guinée sont ceux d'un système et de son organisateur principal et ses épigones immédiats. Mais le silence ou la sortie arrogante d'anciens du système ne contribueront pas à faire disparaitre les décombres de notre pays. Ceux-ci ne disparaîtront que quand les créatures de l'Ancien régime et leur reproduction sociale auront disparu du paysage politique guinéen.

Pour terminer je voudrais dire encore une fois mon étonnement à ceux qui prétendent ne pas comprendre qu'on remonte tous nos problèmes actuels à Sékou TOURE ou qu'il faut s'inspirer de l'exemple de la réconciliation de l'Afrique du Sud pour régler nos problèmes.

Brièvement, pour ce qui est de notre référence à Sékou TOURE, la culture politique, la manière de gouverner, la corruption des agents de l'Etat sont des héritages négatifs qu'il a légués à la Guinée. Son Légataire universel, Lansana CONTE, même s'il a renversé en 1984les prétendants en vue de la succession, n'a pas renié son bienfaiteur puisqu'il a donné son nom au palais présidentiel. Les calamités répandues sur la Guinée par ces deux Présidents ne sont pas prêtes de s'effacer de la mémoire collective du peuple guinéen. C'est la règle que l'Humanité a appliquée aux dictateurs depuis la plus Haute-Antiquité. Dans son discours de Dakar en juillet 2007, le Président français Nicolas SARKOZY, avait dit que les Africains ne sont pas encore entrés dans l'histoire moderne. Ceux qui occultent l'histoire vécue ne veulent pas entrer dans l'histoire. En Guinée, ils ne veulent pas qu'on parle des calamités de Sékou TOURE sur ce pays .ILS donnent raison au Président Français. Ils ne sont pas encore entrés dans l'histoire de la Guinée encore moins l'histoire du monde.

Pour la référence à l'Afrique du Sud, c'est extraordinaire comme certains recourent à des comparaisons faciles. Il faudrait un article entier pour développer les incongruités à procéder à ce genre de comparaisons. L'Afrique du Sud, première puissance économique du continent africain sortie du système d'apartheid n'avait pas les mêmes problèmes à régler que la Guinée. Il faudrait un article là-dessus.

Ansoumane DORE, Dijon, France  pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Barry A., mardi 5 août 2008
sidibe, c`est encore vous et les vôtres qui voulez empêcher qu`on parle du drame encore plus grave de Sékou Touré et du système qu`il a enfanté. Sous prétexte que cela n`apportera rien aux guinéens. Bravo!
sidibe, vendredi 1 août 2008
Mr.Dore est tres bavard mais, reste curieusement muet au sujet du role joue par son ami et compagnon Siradio Diallo avec lequel il s est rendu au pays apres la prise du pouvoir par l armee. Il reste pratiquement silencieux sur le role joue par celui ci pendant l agression du 22 novembre qui a ete a l origine d un autre drame social en Guinee, avec le massacre de centaines d innocents

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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