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En Guinée, les temps sont durs. Le chômage est entré dans les mœurs comme une fatalité avec son lot de ravages, la croissance économique n’est même pas évoquée par le pouvoir politique et une crise budgétaire sans précédent met tous les indicateurs du pays au rouge et place les gouvernements dans une crise permanente. Les conséquences de la récession économique mondiale, et surtout de la gabegie et de la mauvaise gestion des derniers gouvernements, et notamment celui de JM Doré, se font sentir et pèsent sur la vie des dizaines de milliers de Guinéens. Personne ne devrait donc être surpris que la classe politique actuellement au pouvoir soit à la recherche d’un bouc émissaire sur qui faire peser la responsabilité de tous les maux de la nation. Avec les tournures ethniques des dernières élections présidentielles, il n’est pas étonnant que le pouvoir ait des boucs émissaires tout indiqués. Ce sont les commerçants. Une catégorie d’opérateurs économiques dominée par les peulhs. Ce qui est quand même étrange, c’est le fait que l’actuelle présidente du CNT, issue du monde syndical confronté à cette crise depuis plusieurs années, garde le silence devant les dérives du pouvoir et son discours haineux à l’encontre de commerçant dont le seul tort est d’avoir soutenu le candidat malheureux.
Dans tous les pays, les responsables politiques tempêtent haut et fort contre les terribles abus des gouvernements en place et prennent des dispositions contre la gabegie et autre dilapidation des deniers publics.
Mais la tendance actuelle du gouvernement et de son président a ceci de pervers qu’elle méconnait les maux de notre économie. Personne ne nie qu’il faut se serrer la ceinture, ni que certains hommes doivent rendre des comptes à la nation. Mais lorsque l’on prend dans son gouvernement les responsables mêmes de la dérive et de l’instauration de la corruption dans le pays, des gens connus de tous (Mathurin Bangoura, Fodé Bangoura, Ibrahima Keïra, Kiridi Bangoura, Alassane Nabé, etc.), est-ce que l’on est légitime pour s’attaquer au dernier maillon de la chaine de corruption ? En d’autres termes, est-ce que ces gens, à la fois vendeurs et acheteurs des biens publics, sont légitimes pour s’attaquer à un soi-disant receleur ?
Il ne faut pas oublier cette vérité fondamentale qui tôt ou tard sera dite : Les commerçants n’ont pas causé la crise actuelle. Ils ne sont pas non plus responsables de l’éclatement de notre tissu économique et social. Ce ne sont pas non plus les commerçants qui ont dilapidé les finances publiques ou qui sont à la base du bradage des biens publiques. Ce ne sont pas les commerçants qui continuent de s’arroger les biens publics en revendant des concessions minières aux multinationales. A ce jour aucun commerçant n’a été impliqué dans un trafic de drogue ou autre crime organisé. Rappelons que lorsque le pouvoir de Dadis s’est attaqué aux trafiquants de drogue, aucun commerçant n’a été pris dans cette affaire. C’est au contraire des officiers de police, de l’armée et autres cadres de l’administration qui ont été arrêtés, et certains avaient même reconnu.
La plupart des responsables de cette situation sont encore là. Et certains sont récompensés par le pouvoir d’Alpha Condé.
Pourtant ce sont eux et non les responsables politiques et financiers qui sont pointés du doigt. Mais aux yeux d’Alpha Condé qui a une haine ancestrale contre les Peuls, les brebis galeuses sont les commerçants. Alors qu’en réalité les dignitaires politiques de ces dernières années sont à la base des dysfonctionnements de notre société, dans lequel les seuls perdants sont les populations.
Diaboliser ainsi une partie importante de la nation est une vielle tradition des extrémistes constitués hélas de Malinkés et surtout des « profito-situationnistes » à la Kiridi Bangoura, et ce en dépit de la faiblesse de leur proposition de solution pour sortir la Guinée de son impasse.
Aujourd’hui, en ces temps difficiles, les responsables politiques du RPG, en premier Alpha Condé, ressortent le bon vieux réflexe trotskyste des années 60, du grand méchant commerçant. Mais jamais la diabolisation des opérateurs économiques du pays n’a semblé aussi déplacée.
Diallo Ousmane, France
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