 |
Pendant que l’avenir politique du pays était en discussion à Ouagadougou entre les deux hommes forts de la junte, le capitaine Dadis et le général Konaté sous les auspices du facilitateur, Blaise Compaoré, président du Faso, à Conakry, une rencontre secrète a réuni dans la matinée du dimanche 17 janvier dernier les proches amis des deux hommes.
Tenue dans une des résidences privées du ministre Papa Koly Kourouma, située à Nongo en haute banlieue de la capitale, cette réunion faisait suite à une conjugaison, une véritable imbrication circonstancielle de faits et de contingences auxquels nous nous sommes intéressés. Avant la prise de la décision interdisant toute manifestation de soutien par la junte le dimanche 17 janvier dernier, il faut dire qu’à Conakry, les partisans du capitaine Moussa Dadis Camara et ceux du général Sékouba Konaté étaient à deux doigts d’un affrontement qui pointait à l’horizon. Il a sans doute fallu les prières et la sagesse des uns et des autres pour éviter le pire. En début de la semaine dernière et après trois jours de suite de sit-in organisés à l’aéroport de Gbessia par les pro-Dadis réclamant bruyamment son retour à Conakry, les partisans du général Konaté, auxquels on avait laissé entendre que le premier groupe s’apprêtait à empêcher par tous les moyens possibles le retour de ce dernier au cas où il quittait Ouaga sans le capitaine Dadis à bord de son vol, avaient commencé à se mobiliser pour la réception de leur champion et éventuellement en découdre avec tous ceux qui y manifesteraient leurs velléités. Entre les deux camps, la tension avait atteint son paroxysme. D’autant qu’elle avait pris un relent ethnocentrique. Au delà de cette tension qui était devenue perceptible, voilà l’élément détonateur qui a précipité la tenue de ce conciliabule inédit entre les partisans des deux bords. En effet, entre la journée du samedi à celle de dimanche passé, des appels anonymes et des menaces d’une voix totalement inconnue reçus par les principaux lieutenants de chaque groupe auraient favorisé un discret conclave pour apaiser la tension entre les clans pros Dadis et Sékouba. Selon nos informations, la réunion aurait été convoquée sur l’initiative du ministre de l’Environnement, Papa Koly Kourouma, très connu pour être le plus proche de Dadis et de Sékouba, mais plus particulièrement du premier. Il a toujours été le troisième dans toutes les réunions secrètes qui ont eu lieu entre les deux hommes. Baïdy Aribot, ancien ministre et actuel Directeur général de la Caisse nationale de la sécurité sociale, Laye Kéïra, Directeur national du Fonds minier, Fodéba Isto Kéïra, ministre de la Jeunesse et des Sports, Gaucher Camara, ambassadeur de Guinée à Londres, Colonel Amadou Doumbouya, Fofana (oncle du général Konaté), Moussa Kabassan Keita Directeur du Centre National de Surveillance de Pêche, Colonel Mathurin Bangoura, ministre des Télécommunications, considérés comme des proches du général Sékouba Konaté, ont été les premiers à se rendre au lieu du rendez-vous. Ils seront suivis par le commandant Claude Pivi, ministre chargé de la Sécurité présidentielle et le lieutenant colonel Moussa Tiébgoro Camara, ministre à la Présidence chargé des Services Spéciaux, de la Lutte contre la drogue et le grand Banditisme.
Ces derniers, en plus de leur hôte du jour, le ministre Papa Koly, sont jugés être des inconditionnels du capitaine Dadis. Arrivé parmi les premiers, Baîdy Aribot aurait avoué à Papa Koly qu’ils (les proches d’El-Tigre) avaient été informés bien avant leur départ que ce dernier cherchait à les mettre en état d’arrestation suite aux mouvements de soutien pro-El tigre. « Nous sommes là avec à l’esprit qu’on pourra nous arrêter à tout moment », confiera Baïdy à son interlocuteur, nous a rapporté notre source. Peu de temps après, c’est le commandant Claude Coplan Pivi qui débarque en force avec ses hommes. Cela aurait suscité, a-t-on appris, une véritable scène de panique. A peine installé celui-ci raconte aux autres le coup de fil mystérieux qu’il a reçu, dit-il, de Ouagadougou. Aux dires donc de Pivi, il aurait été joint sur son téléphone par un appel masqué avec une voie qu’il ne connaissait pas non plus. Cette voix lui a dit ceci : « C’est toi Pivi, oui répond-il, apprête-toi car à l’heure où je te parle un avion vient de décoller de l’aéroport de Ouaga avec à son bord des Marins américains et le général Sékouba Konaté. Ils viennent pour t’arrêter... » Après, c’est Tiégboro qui arrive. Et curieusement comme Pivi, lui aussi annonce qu’il a reçu un coup de fil anonyme en provenance de Ouagadougou l’informant de l’arrivée d’un avion militaire américain pour l’appréhender. Et cette scène d’appels anonymes mystérieux est loin d’être clos. D’une personne à une autre, tous les militaires et civils jugés proches de Dadis et Konaté vont recevoir à tour de rôle cet appel anonyme et avec des messages pourtant distincts. La panique va gagner finalement la haute hiérarchie militaire. C’est ainsi que le même appel dira au commandant Boundouka du Bataillon Autonome des Troupes Aéroportées (BATA), proche du ‘’Tigre’’ que le Lieutenant-colonel Samaké, chef d’état major adjoint de l’armée de l’aviation militaire, beau frère de Dadis chercherait à le neutraliser. Tout en lui précisant que toutes les armes lourdes du BATA sont en train d’être positionnées pour passer à l’attaque. Inversement et toujours du même appel masqué, on dit au commandant Boundouka que Samaké veut mettre main sur lui et qu’il aurait déjà chargé des Mig et les hélicos d’explosifs pour bombarder la base du BATA et ses munitions. Comme si cela ne suffisait pas, c’est un autre appel masqué qui informera commandant ‘JO’ Joseph, patron de la garde rapprochée du général Konaté pour lui dire que Pivi et ses hommes sont à ses trousses et que la moindre erreur lui sera fatale.
Et, le même message masqué informe Pivi que commandant ‘JO’ s’apprête de monter à son assaut. Quant à Papa Koly, lui, il recevra un appel de menace de mort contre sa personne, nous a confié notre interlocuteur. C’est dans ce climat délétère de panique et de désespoir que les deux factions se sont retrouvées le dimanche dernier chez Papa Koly Kourouma, l’homme de l’ombre du chef de la junte, mais qui tisserait aussi à cause de cette confiance de très bonnes relations avec le général El Tigre, apprend-on. A la faveur de cette réunion, un pacte de ‘’non agression’’ sera scellé entre les partisans de Dadis et de Konaté. Pivi et Tiégboro qu’on qualifie de bras armés du clan Dadis promettent et rassurent de faire allégeance à l’autorité du président par intérim, le général Sékouba Konaté.
En outre, elle décidera de la mise en place d’une commission consultative ad hoc représentant les deux groupes et qui devrait dorénavant se retrouver chaque soir au ‘’Zénith’’, une boîte appartenant à Laye Kéïra à Kipé. La convocation de la rencontre du collectif des membres du CNDD et des chefs d’état major particuliers des armées par la suite dans l’après midi, l’ordre de la dispersion des manifestants pro-Dadis et Pro-Sékouba, ont été entre autres mesures ayant sanctionné la réunion de réconciliation ou de conciliabule entre les différents blocs. A en croire notre source, depuis le mercredi 20 janvier, une forte délégation de 14 membres formée par l’inamovible Papa Koly, effectue dans toutes les préfectures et sous préfectures de la Région Forestière une tournée d’explication et de sensibilisation pour préserver le tissu social et la cohésion nationale, nous déclarera notre source. Cette délégation sur son chemin de retour passera par Kankan et d’autres villes de province pour porter le message de paix et de réconciliation, mais aussi et surtout un message d’allégeance au Président par intérim, le général Sékouba Konaté pour qui les deux états-majors ont voulu réserver une réception grandiose et historique à l’occasion de son retour de Ouaga. A cet effet, ils ont confectionné des banderoles et des Tee-shirts à l’effigie de Dadis et de Sékouba.
Camara Amara Moro Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |