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Bonfi, samedi 7 mai, un policier demande au chauffeur d'un mini bus son permis de conduire et toutes les pièces du véhicule. Calmement le chauffeur sort les pièces dont il est question et les remet au policier. Notre policier qui a trouvé toutes pièces au complet tourne son regard ailleurs et demande à voir le triangle. Le policier qui cherchait un moyen pour bouffer chez le chauffeur a gagné parce que notre chauffeur n’a pas de triangle. Au terme d’une longue discussion le chauffeur glisse cinq mille francs dans les mains du policier. On reprend la route. A Madina même scène. Mais le chauffeur habitué maintenant du jeu, n’engage aucune discussion. Tout doucement il a dit à son apprenti de glisser mille francs entre les mains du policier. Sitôt dit, sitôt fait. La barrière virtuelle est levée. Seulement notre aventure avec le ''magbana'' s’arrête là. Nous nous embarquons à bord d’un taxi pour le centre-ville. Avant le départ, c’est un autre agent qui bloque le passage. Sachant de quoi il s’agit, le chauffeur sort mille francs pour lui. Mais l’agent trouve le montant dérisoire. Sans discuter, le chauffeur fait le double. Le policier est content et il quitte la route.
Troublés par cette scène nous avons demandé au chauffeur pourquoi il a donné son argent au policier sans que celui-ci ne le lui demande. En réponse, il nous a dit que c’est la seule manière d’éviter une mauvaise journée. Il explique que si un chauffeur fait autrement c’est comme s’il défiait la police. Et cela peut lui coûter toute la journée. Même s’il est en règle. Calculant le nombre de postes de police le long des routes de Conakry, nous avons tout de suite conclu que les chauffeurs travaillent pour les policiers. En ces temps de vache maigre aggravé par la rareté des clients et les embouteillages dans tous les sens, la seule question que nous nous sommes posée était de savoir, si rien n’est fait pour ces pauvres chauffeurs, comment est-ce qu’ils vont s’en sortir.
Les chauffeurs de taxi et de ‘’magbana’’ rendent un énorme service à la population de Conakry. C’est eux qui assurent l’essentiel du transport à Conakry. Ils contribuent aussi en tant que membre à part entière du peuple de Guinée aux salaires des policiers.
Les tracasseries policières en Guinée ont rendu la vie difficile aux transporteurs guinéens, en particuliers et aux usagers de la route en général. La seule cause à la persistance de ce fléau, n’est autre que l’impunité dont jouissent les auteurs.
Alpha Condé prétend faire de la Guinée un Etat de droit mais ne regarde pas de ce côté. Même pas un mot dans ses innombrables interventions. Pourtant c’est régulièrement que des cas de tracasseries policières sont relayés par la presse. Y compris les médias d’État.
Le fameux Directeur de l’Agence nationale de lutte contre la drogue et les crimes organisés, Moussa Tiégboro Camara a engagé une lutte contre les cliniques clandestines qui pourtant ne font pas plus de mal que les tracasseries policières.
S’il y a lieu d’instaurer un véritable État de droit en Guinée, il y a lieu de partir en guerre contre les agents de police routière qui, en bande organisée, exproprient, aux vu et au su de tout le monde, les pauvres chauffeurs.
Heinan Goba de Conakry pour www.guineeactu.com
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